Savoir s’entourer
Littérature Mauvaise Nouvelle https://www.mauvaisenouvelle.fr 600 300 https://www.mauvaisenouvelle.fr/img/logo.pngSavoir s’entourer
Je lis, j’écris, j’écris, je lis. Une merveilleuse boucle d’infini. Pour toucher du doigt, vivre pleinement cet infini, il faut lire et si possible, si Dieu veut, écrire. Il faut donc lire ? C’est la seule porte d’entrée. Lire ! Vivre ce que l’on lit, le pratiquer, mettre à l’épreuve les œuvres de ces Je singuliers, entiers, généreux. S’ils résistent au gris réel, au terne quotidien, à la répétition laide de la roue universelle, ils sont donc bien immortels.
Il faut savoir s’entourer. S’entourer de sages, de fous, d’érudits, de voyous. Ils sont trop peu nombreux. Ils ne le sont jamais assez pour ceux qui ne lisent rien, si peu. Ceux qui ne lisent que les médiocres, tous ces adorateurs du truisme, du centre, du peu, du laid, du veau d’or. Ils le sont trop peu pour les palais délicats. Suis-je un palais délicat ? Il l’est devenu avec le temps. La faute à certaines personnes, certaines œuvres. Il est des voix et des livres qui vous changent à tout jamais. Ces voix sont entrées en mon âme pour ne jamais la quitter. C’est pourquoi je suis entouré.
S’entourer de Steiner, de Boutang. S’entourer de Sollers, de Dominique de Roux. S’entourer de Raymond Abellio, de Jean Parvulesco. S’entourer de Nabe, de Rémi Soulié. S’entourer de Mishima, de Saint-Simon. S’entourer de Luc-Olivier d’Algange, de Sylvain Fabre Coursac. S’entourer de Richard Millet, de Yannick Gomez. L’Etc. est de rigueur. Il ne m’en voudra pas de faire court. Il est fait pour ça. S’entourer dis-je.
S’entourer, tout le temps, contre le Temps, contre l’époque, l’esprit malin du Monde. S’entourer, non par mal-être, ni par paresse. S’entourer non par idolâtrie. « S’entourer et se nourrir des autres, vivre par procuration, imiter-mimétiser. » Ce qu’on a pu me le reprocher ça. Qui ? Les salauds sont Légion. Ça, ça ne manque pas ! Les cœurs chagrins, les puceaux lettreux, les idéologues libéraux, les stalinoïdes mentaux. Cessons de chouiner ! Célébrons !
Je célèbre les grandes voix, les grands cœurs, les purs esprits, les peaux sur la table, les sabres des braves. Je vous donne d’autres noms. Encore des noms ! Mais enfin, il faut bien nommer les choses ! Les génies sont bien des personnes ! Et si ces personnes, mêmes disparus, vous entourent et vous parlent et vous enivrent…
Suarès, le grand Suarès, le seul Suarès, né à Marseille comme moi, comme Nabe, Fernandel et Artaud. Ne pas s’entourer de Suarès, ne pas aimer Suarès est une faute de goût, une déficience mentale, tout cela inacceptable. Nabe le disait, en d’autres termes, de ceux qui n’aiment pas Céline. Je le dis de ceux qui n’aiment pas Suarès.
Suarès, oui ! Sade, Céline, le grand, le pur, le dur Pasolini. Ernst Jünger, Ezra Pound, Paul Gadenne, mon cher Faulkner, mon frère Kerouac. Mon Léon Bloy, l’Ernest Hello, l’immense Barbey, Joseph de Maistre. Et Bernanos ! Seigneur ! S’entourer de tout cela ?! Mais oui et je n’ai pas fini. L’etc. me fait les gros yeux. Qu’il aille au Diable ! Et mon Proust et Thomas Mann ! Et Joyce et Homère ! Et Euripide et Nonnos de Panopolis ! Et Kierkegaard et Nietzsche ! Et le faux nazi de Heidegger ! Et l’infâme Rebatet et Drieu La Rochelle ! Et un verre d’eau pour calmer la soif !
Et Hölderlin et Novalis ! Et mon Nerval et le dandy de Goethe ! Et le dangereux Oscar Wilde ! Et Lord Byron ! Et Casanova et Machiavel ! Et Henri Beyle, pardon, Stendhal ! Le cher Giono et le tendre Lamartine ! Seigneur que je suis long ! Mon destinataire va me détester ! Mais non, mais non ! Ah oui, mon Balzac ! Et qui dit Balzac dit Simenon ! Et mon Dante et mon Bossuet ! Et mon Kafka et mon K. Dick ! Et le chêne Tolkien ! Et mon Racine et Montherlant ! Et le plus grand de tous, mon cher Saint Jean ! Je finis ainsi ! Les non-cités m’en voudront. Je reviendrai comme dirait l’autre !