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Le Verbe

Par  

Je lis Dominique de Roux. Je suis subjugué, envoûté. Tenu par une fièvre toute singulière. La toute dernière, ce fut Mishima. Hier Yukio, aujourd’hui Dominique. Dominique de Roux, singulière étoile, étoile mordante. Quel aigle ! J’entre dans sa phrase et j’en sors les yeux humides et le corps redressé. C’est une drôle d’histoire. C’est une folle histoire. C’est un beau dévoilement. Cela fait longtemps. Le Verbe est bien souvent surprenant. Il n’est pas là pour rien. Parlons-en !

Le Verbe ! Mon prénom, le premier écrivain de la Bible. Le premier écrivain de la Bible ? Saint-Jean. Mon prénom ? Joan. Tout cela n’est pas le hasard. « Le Hasard, ce Dieu des matérialistes. » Phrase belle, pure de mon premier maître, Dantec ! Je m’appelle Joan. Prologue de Saint-Jean : « Au commencement était le Verbe ». Et toute la littérature devient feu. Tout est feu ! Le bouillonnement permanent. Dieu n’aime rien d’autre. Le ventre mou, le ventre plein, les soupçonneux, les cyniques, les centristes, Dieu les vomit. Il faut bouillir, il faut brûler. Et qui nous aide ? Dans cette folle aventure ? Le Verbe !

Le Verbe ! Ce compagnon de route, l’ange non visible, bavard, la pie voleuse. C’est le Verbe, le premier Acte. Et c’est le Je qui met le doigt dans le sable. Le Je à l’écoute du Verbe, la liberté pure, le libre-arbitre en mouvement. Le Verbe, une brise, une douceur, une attente désirée, un cadeau du Ciel. Un arbitre ? Nullement ! Un trait d’union, deux traits d’union. Un H, coucou de Roux ! Le Verbe s’invite. Il ne fait que cela. L’invité surprenant, l’ami souriant, le conseil permanent. Il entre, se met à table, verse tranquillement son breuvage. Divin nectar, Fée bleue parfaite, verte prairie, mystique charnel.

Le Verbe ! Silence dans les plaines, furie sous nos murs, beauté en nos cœurs. Le Verbe, ton Verbe, mon Verbe, notre Verbe. Être à l’écoute du Verbe, se taire parmi l’époque, entrer en sa chambre, se verser une larme de quelque chose, ou pas, ou beaucoup, susurrer la paix pour faire la guerre. Faire la guerre, pour la paix des braves, les seuls, les écrivains.

Je ferme le ban. Je mets un point final à mon texte. Je regarde sagement le Maître. Sensei Mishima, au-dessus de ma tête, dans un beau portrait, tout cela encadré dans ma bibliothèque. La bibliothèque, le Royaume de Joan, le laboratoire du Verbe. Je me tais. Il suffit. Je reprends ma lecture. Quelques pages encore de L’Harmonika-Zug et j’ouvre un nouveau livre. La jeune fille au ballon rouge, et ensuite La mort de L. -F. Céline et enfin, enfin L’écriture de Charles de Gaulle. Et pourquoi ne pas relire Les châteaux de glace de Dominique de Roux. De qui ? De Rémi Soulié ! Ce Verbe occitan si discret et si érudit et si joyeux et si contagieux. La vraie vie, amis, c’est le Verbe. Vive le Roy !


De Verbe et de chair Henri Quantin
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