Laideur suprême
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Quand je sors le nez de mes livres, quand il m’arrive d’en sortir, je ne vois que laideur. Laideur est Légion. Mais une laideur emporte la Palme d’or de Cannes, tous les Oscars du médiocre 7e Art : la politique. Disons les choses, disons la vérité, la seule qui compte ! La politique est laide. C’est la chose la plus laide du monde. Du monde connu, non-connu, multivers inclus. La chose la plus laide, la plus plate, la plus bavarde. « La politique, ce n’est pas un peu vague, Monsieur Joan ?! » Il n’est jamais content. Le ventre mou du Monde, le corps chétif, athée, centriste, libéral, content de soi, au bilan centenaire catastrophique. Il n’est jamais content. Qu’il se rassure ! Je suis en forme. Il en aura pour son argent. Il ? Monsieur Jourdain, Tartuffe, ventre plein, ventre mou, Canapé-Roi, à vous de voir !
Ils sont laids, cons, vulgaires. Ils ne croient pas en Dieu. Ils croient en des mots, leurs mots, mots vides qu’ils remplissent à l’aide de p’tites fiches de lecture. Parce qu’ils ne lisent pas de livres, bien sûr ! Le livre, c’est le Passé, le temps, la respiration, le silence, tout cela. Le temps ! Ils ignorent tout du temps, ignorent même son existence. Ils vivent l’instant présent. Ils ne vivent qu’une seconde durant laquelle ils parlent. Parlent pour ânonner un slogan, un concept, qu’ils moulent comme un étron. Ils sentent l’étron. L’étron sadien ? N’insultez pas le Marquis ! Ils en sont loin, les bougres. Ils sont loin de tout. Mais ils savent tout. C’est pourquoi ils puent. L’ignorance a une odeur. Parce qu’ils ne savent pas, ils parlent. Un type revenu des tranchées, de Corée, du Vietnam, d’Irak, de Kiev leur parlerait, qu’ils ne l’écouteraient même pas. Ils sont pleins d’eux-mêmes. Pourquoi écouter la parole d’un autre ? Ils lui couperaient la parole pour aussitôt le contredire, lui sortir des chiffres, des graphiques, des vidéos du dernier gars subversif, comique, chantre de toutes les gentilles dérisions. Ils lui couperaient la parole pour le sermonner, le moraliser. Ah, la Morale !
Ils en sont parés. Des vrais paons de morale. Ça, ils connaissent ; ça, ils maîtrisent ; ça, ils « gèrent ». Ah, j’entends des chuchotements, les murmures du gentil parterre ! « Il est sans diplôme, plein d’aigreur, encore un qui n’a pas honoré bobonne. P’tain, on m’a fait venir pour ça ! Au fait, tu as reçu mon vocal ? » Les politiques sont des enfants. Ils ne tiennent pas une minute sans fléchir. Ils consultent leur banque, leurs données, leurs comptes clients, les tendances les plus fructueuses. Ce sont des gens toujours occupés. Et les gens les plus occupés sont les plus creux, les plus bruyants du monde. Ils sont un système, un système peu intelligent, peu vivant, immensément agissant. Ils sont la banque centrale du monde. Si vous n’êtes pas de leur monde, vous êtes un raté.
Je suis un raté. Je m’en réjouis, j’en suis fier, je suis heureux. Ils ne le sont pas. Ils sont hantés, obsédés, névrosés. Ils n’aiment rien. Le silence, le chant d’une pie, la pluie qui tombe. Ils sont hantés, j’insiste sur le mot. Hantés par ceux qui « ne sont pas comme eux ». Ceux qui ont les mains occupées par un livre, l’esprit libre, ignorant souverainement l’actualité, l’imagination peuplée d’histoires, de contes, de songes, de beautés inactuelles, éternelles. Ils sont comme ça. Ils n’aiment pas le silence. Ils haïssent Dieu, le Vrai, le Bien, le Beau. Ils n’aiment pas les religions mais sont superstitieux. Ils aiment le bitume, les barres d’immeubles, la drogue, les survêtements. Ils aiment les affiches électorales. Tout ce que Baudelaire détestait ! Il en avait la nausée. S’il voyait mon temps, mon époque, les poulains de toutes les écuries politiques… Je fais un peu vieux con. Je suis un vieux con mais un vieux con heureux.
Je dis simplement une chose. Que la politique est laide, qu’elle suinte partout, laisse des traces, des traces tenaces. Nous pourrions être amish, figés dans un temps révolu, nous serions quand même tâchés par leur étron fumant. Ils nous emmerdent. Ces gens bavards, actifs, experts en tout, érudits en rien. Ils nous emmerdent. Ces gens pleins de ressentiments, obsédés par les vieilles idées qu’ils croient neuves. Ils nous emmerdent avec leur progrès, le vilain passé qu’il faut éternellement crucifier, noircir, nous jeter à la figure. Ils nous emmerdent avec leur révolution pure, belle, chantante, romantique. Ils nous emmerdent avec leur guerre sainte, leur pimpante vertu, leur sinistre virginité. Ils nous emmerdent avec leurs complots, leur roman familial, historique, psychiatrique non résolu. Ils nous emmerdent avec leurs mobilisations, notifications, pétitions. Ils disent ne pas aimer l’argent mais nous en demandent souvent. Ils prennent aussi de notre temps. Notre temps c’est leur argent.
La quête est finie ! Allez-vous faire f…. ! Nous voulons la paix, le silence, la belle tranquillité. Nous voulons lire Virgile sous l’olivier. Nous voulons rire avec Swift, Rabelais, Céline. Vivre heureux, vivre caché. Lire Sollers, Montaigne, Saint-Simon, Madame de Sévigné. Ecouter Mozart, Haydn, Haendel, Fauré. Nous voulons nous promener, siroter un blanc sec, parler à nos chats, nos chiens, nos poules, nos jolies moitiés. Nous voulons lire et tout ignorer. Vaste programme ! Essayons quand même !
Vive le Roy !