L’abstraction et de la figuration chez les primitifs européens et non-européens
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L’abstraction et de la figuration chez les primitifs européens et non-européens
Quelques réflexions sur le thème de l’abstraction et de la figuration chez les primitifs européens et non-européens, inspirées pour partie de L'Ordre caché de l'art de Anton Ehrenzweig et pour une autre partie d'une bonne connaissance de l'art africain.
Pour l'art africain traditionnel et rituel, l'abstraction est légitime et nécessaire. En effet, le sujet, au sens artistique commun, de l'art primitif est l'esprit, le fantôme, la présence, l'au-delà. Par conséquent un des courants de l'art primitif a pour thème le silence, le silence de la pensée, des conceptions et des émotions, ce que l'on peut appeler l'intériorité, autrement dit la vie à l'état pur. L'abstraction est naturellement adaptée et même nécessaire, puisqu'il s'agit de la présence, à ce sujet, supra humaine. Une figuration trop humaine n'est pas adéquate pour faire sentir la présence à l'état pur. Einstein disait : "Le plus beau sentiment du monde, c'est le sens du mystère." Non seulement c'est un sujet de l'art en soi, mais aussi il est à noter l'intensité et la nécessité qui régissent cet art. D'une part, il faut bien comprendre que pour l'esprit primitif il ne s'agit pas de croyance au sens où on l'entend ordinairement, la croyance est une conception occidentale actuelle qui s'ignore, apparue en même temps que le moi avec Freud, l'apparition de la psychologie individuelle et la montée en puissance de la technologie. Autrefois le collectif, l'intégration au groupe et l'imitation, étaient beaucoup plus prégnants et déterminants dans la constitution individuelle même. Ce qui semble croyance du primitif est une réalité vécue lors de la transe et d'autres façons, on peut parler aussi de foi sincère, pure et naïve. D'autre part, en l'absence de science et de contrôle massif sur la nature, le recours aux esprits est d'une nécessité vitale pour la chasse, la fertilité, les récoltes, soigner les maladies, etc. Cela, au départ, avec la même nécessité et intensité dans l'intention que l'on met naturellement, sans s’émerveiller désormais, dans le recours à la science et à la médecine.
Aussi pour le primitif il y a une continuité entre le rêve et la réalité, l'objectivité et la subjectivité, l'observateur est l'observé, à grands traits disons que l'abstraction lui est naturelle plutôt que la figuration, cela sans nuire à l'intensité et à la nécessité artistique. De la même façon, en Occident, l'aplat abstrait des primitifs participe à l'expression intense d'artistes qui vivent pleinement une réalité spirituelle que nous appelons aujourd'hui aussi croyance. Enfin il est à noter que pour l'Occidental désormais individualisé, il est dommage d'ignorer à quoi tient la forme (la technique académique), puisque pour lui il y a une tendance naturelle à la recherche de l'objectivité de type scientifique dont il se distancie en tant qu'observateur. La figuration est naturelle, la forme donnera le maximum d'intensité à son expression.
Changer primitif pour premier, sous prétexte politique, est du révisionnisme culturel. La figuration d'un primitif européen du temps des cathédrales et non-européen, est d'une autre nature, d'une autre intention (la pensée magique avait cours avant la science, le recours aux esprits, aux saints, etc., était le rapport protecteur vis-à-vis de la nature menaçante et enchantée), d'un autre genre que celle parfaite et se voulant parfaitement objectivante qu'on connut au 19ᵉ siècle. En changeant le mot, on efface tout un pan de connaissance pour les générations à venir.



