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De Henri V à Henry le Bal : la permanence de la tradition

De Henri V à Henry le Bal : la permanence de la tradition

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Le premier Henri — cinquième du nom — refusa le trône de France d’un revers de manche, en dépit du consensus de son temps qui semblait vouloir l’y reconduire. Le second entretient, contre vents et marées, la flamme royaliste au milieu du techno-nihilisme de notre époque.

Est-il bien nécessaire d’être royaliste à une époque où règne le téléphone portable ? That is the question.

Deux Henri. Deux époques. Deux attitudes contradictoires — en apparence seulement.

Pour les royalistes conséquents, le roi incarne à la fois une personne et un principe. Sa présence est tout à la fois naturelle et surnaturelle. Comme le soleil autour duquel s’organise la vie terrestre, il représente quelque chose de l’ordre cosmique. Les habits du sacre brodés d’étoiles, les sceptres et les rituels témoignent probablement de cette dimension.

« Mon principe est tout ; ma personne n’est rien » est une phrase qui, paraît-il, fut prononcée par Henri V lorsqu’une délégation vint lui offrir la couronne. Il faut dire que le peuple de France, malmené par une Révolution dont il n’avait jamais souhaité les dérives exterminatrices, épuisé par les interminables guerres napoléoniennes et par une colonisation de l’Afrique destinée à enrichir quelques-uns, méritait sans doute mieux qu’une République dirigée par les copains et les coquins.

Si Henri V refusa la couronne, c’est pour ne pas servir de bibelot de vitrine. En 1873 — l’année où l’on vint le visiter à Frohsdorf — l’oligarchie industrielle avait déjà remplacé la tour crénelée du château par la cheminée d’usine, le paysan autonome par l’ouvrier réifié. Dans ces conditions, le prince, le roi, le sacre, auraient-ils encore eu un autre sens qu’un simulacre ? Dans une société de moins en moins organique — et donc de plus en plus inhumaine — la royauté risque de devenir un opium plutôt qu’un réveil. Pour les députés de la Chambre, Henri V (le « comte de Chambord » pour les intimes) eut tort de refuser la couronne ; pour l’Histoire, avec un grand H, il eut sans doute raison.

On présente souvent sa réplique comme une simple anecdote, alors qu’elle est de ces phrases qui balisent l’avenir. Elle demeure encore aujourd’hui l’une des définitions les plus lumineuses de la royauté. Elle possède une « esthétique » qui, comme le souligne Henry le Bal, manque cruellement à notre époque.

Le sacre d’un roi, agenouillé devant la Sainte Croix, pourrait-il briser d’un seul coup les idolâtries accumulées depuis des lustres ? Henry le Bal le croit, et ses proches affirment même qu’il en est profondément convaincu. Certes, « un homme persuadé persuade autour de lui », selon le mot de Victor Hugo. Je pense toutefois qu’un roi ne se décrète pas : il se secrète. Pourrait-il être « secrété » par un peuple depuis trop longtemps soumis au primat de l’économie et de l’individu, ces deux mâchoires de l’étau libéral ? Sommes-nous seulement encore capables de comprendre la geste d’Henri V après deux siècles de journalisme ? La question mérite d’être posée.

Certes, l’idée royale n’est pas la propriété exclusive d’une poignée de réactionnaires tiraillés par des querelles dynastiques. En dépit de la propagande républicaine, le peuple demeure, dans ses tréfonds, attaché à son histoire, à ses châteaux et à ses légendes.

Outre cette mémoire souterraine, le système électoraliste semble, de l’avis de beaucoup, parvenir au terme d’un cycle. Nombreux sont ceux qui le considèrent désormais comme une sorte de miroir aux alouettes, une « fausse fenêtre » interposée entre le peuple et des préoccupations concrètes qui demeurent irrésolues.

Si l’élection nous conduit quelque part, pourrait-on penser, c’est davantage vers les oubliettes du château que vers le château lui-même.

La fameuse phrase d’Henri — « Ma personne n’est rien ; mon principe est tout » — demeure largement énigmatique, surtout en un temps où l’individu est tout et où les principes ne sont plus grand-chose. Est-il encore possible de s’en approcher par la poésie ? Essayons.

Les références à la tradition jalonnent la littérature française. Elles résonnent, par exemple, dans ce « soleil qui ne se couche jamais » cher à Jean Parvulesco. René Guénon parlait, lui, d’une « Tradition primordiale » que le monde moderne regarde avec une hostilité instinctive. Quant à Luc-Olivier d'Algange, il nous invite à chercher la tradition non dans les archives de l’Histoire, mais dans l’âme elle-même. Autrement dit, le principe demeure latent en l’homme tant que la Terre tourne autour du soleil. La royauté entre en résonance avec la semence qui dort sous la terre hivernale, avec les plantes et les animaux. Pour l’apercevoir, il n’est pas forcément nécessaire d’empiler les livres. Il suffit parfois d’ouvrir sa fenêtre — et, plus difficile encore, ses paupières. Car ce principe « royal » est partout dans la nature. Chaque printemps nous rappelle qu’aucune mort n’est définitive et qu’aucun hiver ne règne éternellement.


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