La haine et la peur sont des erreurs du patriotisme.
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La haine et la peur sont des erreurs du patriotisme.
La récente évolution médiatique et politique encense les diverses appartenances particulières à un troupeau, un groupe, notamment le patriotisme comme une force majeure de cohésion locale, voire nationale, étatique, occidentale, européenne. Ceci parait incohérent. La société contemporaine occidentale est gréco-judéo-chrétienne, mais elle ne s’affirme pas comme l’héritière de ces traditions. Cet héritage impose quelques notions archaïques.
Origines et évolutions des notions de communauté
La civilisation grecque est le seul berceau « endémique » de l’Antiquité européenne : sa civilisation, la science et la culture polythéiste de villes-états ont été effacées par la suite par l’arrivée du monothéisme humaniste chrétien (en Europe), celui-ci, comme une branche rebelle au monothéisme hébreux abstrait, vétérotestamentaire, avec une seule possibilité créatrice du réel, celui du Père Céleste. La rébellion chrétienne a consisté en l’avènement d’un seul Dieu unique et trinitaire qui s’est fait Homme, Dieu-Homme. L’évolution consécutive depuis les temps modernes, la Renaissance, puis Descartes et ses catégories positivistes et positives, a signifié que l’Homme est devenu Dieu. Si le polythéisme antique gréco-romain a été basé sur la similitude des multiples, Dieux semblables aux hommes terriens avec leurs défauts et leurs vertus, l’humanisme moderne, comme rejeton du christianisme, a créé un Homme-Dieu abstrait qui englobe tous les hommes terrestres dans leurs singularités sublimées, dans leur globalité, leur universalité, dans tous leurs défauts et toutes leurs vertus. Les péchés capitaux : l'orgueil, l'avarice, la luxure, l'envie, la gourmandise, la colère et la paresse transposent vers les catégories transcendantales tous les « petits » péchés d’un individu.
Les Grecs ont transposé leurs imperfections sur leurs Dieux selon les circonstances. Les monothéistes ont atteint cette transcendance dans une seule catégorie. Les Hébreux insistent sur le fait qu’ils sont les premiers monothéistes encore vivants et célébrant leur foi. C’est vrai : ce sont eux les gardiens du monothéisme judéo-chrétien européen. Auparavant il y avait le monothéisme Zoroastrien en Perse, voire celui d’Akhénaton en Égypte, les deux hors Europe, les deux ont presque disparu (les zoroastriens subsistent uniquement comme Izidi, implorant le Dieux Soleil et le Phoenix comme symbole, en Azerbaïdjan, Géorgie, Arménie, Turquie et Iran.) par l’avènement du monothéisme abrahamique au fil des siècles : mosaïque, chrétien, islamique. La création du monde est, d’un point de vue géologique et cosmogonique, beaucoup plus ancienne que la doctrine monothéiste.
En Europe, le polythéisme fut la base de la civilisation des Cyclades, de l’écriture à Akrotiri à Saint Irène et donc de la narration transcendantale de la création du monde. Le Judaïsme est la plus ancienne religion monothéiste occidentale, importée, non endémique en Europe, ainsi que le christianisme et l’islam et aujourd’hui l’islamisme. L’Hindouisme comme religion cosmogonique polythéiste est encore plus ancien que les monothéistes Zoroastrien ou hébreux. Le polythéisme endémique européen, slave, viking, germanique ou celte, fut effacé au début du Moyen Âge par ce monothéisme productiviste.
Les temps modernes compliquent cette simplicité mono-idéiste par la mise en question de l’originalité de la Création et surtout par une multitude d’approches différentes, souvent antagonistes de ce questionnement. Ce scepticisme est visible autant dans les grandes ethnies européennes (Latins, Celtes, Slaves, Germaniques, Anglo-Saxons, et Sépharades, Ashkénazes, Albanais, Sumi, Basques…) comme dans les cultures plus spécifiques (définies par les langues), et, finalement, dans le questionnement uniquement positiviste, technocratique, ou la science remplace et devient, au dernier siècle, une nouvelle religion. Les Protestants, Anglicans, Orthodoxes, Catholiques sont les dérives de ce questionnement. Sur d’autres continents, les religions Arménienne, Ethiopienne, … marquent plus leur histoire locale.
La nation, entre abstraction et centralisation
Dans cet imbroglio de foisonnement de raisonnement rationnel sans réponse possible (Kant, le premier, prouva que la raison est incapable de saisir la transcendance, même si les mathématiques et leurs simulations s’approchent à merveille de cette transcendance), l’arrivée de la notion de « Nation » au dix-septième siècle parait aussi incongrue qu’hallucinatoire.
Le Moyen-Âge, officiellement dogmatique sous le règne non partagé du catholicisme romain, en Europe, préféra encore la localité individuelle (village, ville, tribu, ordre monacal, etc.) à l’appartenance linguistique forcée de la nation. L’universalisme gothique était l’effacement de ces traits locaux au profit d’idéaux abstraits de l’homme chrétien. Au Moyen-Âge, le terme de « nation » désignait, dans les universités, les origines géographiques des étudiants. La langue n’était pas codifiée comme centrale et unique, mais de nombreux patois et dialectes étaient utilisés dans le pays d’Oc comme dans le pays d’Oil.
Dans l’Italie, berceau de ce renouveau rationnel, de la Renaissance, les États pontificaux, emblème de la période gothique universelle, globale, « internationale », étaient en concurrence avec des états, villes marchandes, militaires ou financières. En absence d’Etat centralisé, ces villes se sont livrées à de violentes guerres pour garder leur « indépendances ».
La Révolution française a ouvert une nouvelle ère, en faisant passer la France féodale, l’État royal et centralisé, vers le capitalisme moderne. L’Âge des Lumières a rayonné sur toute l’Europe. Certes, comme toujours et partout, il y avait des exceptions, des originaux, des artistes, mais la société rassemblait à un amas de petits États féodaux en France, comme en Allemagne, même si la centralisation depuis François 1er avança à grands pas. La notion de nation, avec le sens « État-Nation », est élaborée à ce moment par Jean Bodin.
Les Lumières ont concrétisé cette notion de souveraineté nationale. À la Révolution française, une fois de plus, la haine fut un élément constitutif de cette centralisation contre les villes de province (Marseille fut une ville sans nom !). Le Roy décapité, la France a ouvert la voie à tous les peuples européens de concevoir et gouverner une « démocratie républicaine parlementaire ». Les discussions se sont suivies sans cesse, mais la hiérarchie décisionnelle positivement définie obligea chacun à se plier aux dictats. Le Roy ordonnait comme les gouvernements postrévolutionnaires, ou le 49.3 de nos jours. Napoléon a détruit le Saint Empire romain germanique et est devenu un dictateur par excellence, soi-disant éclairé, si l’obstination, la ruse et la force sont nécessaires à une gestion « progressiste ». Les réussites de Napoléon ont été l’élaboration du Code qui porte son nom et la distorsion conceptuelle de l’État-Nation : les autres États et les personnes ne faisant pas partie de l’État-Nation étaient des ennemis. La haine, une fois de plus, est devenue la seule liaison interne sociétale et garante de sa cohésion. La réunification des états germaniques sous Bismarck qui a créé le Deuxième Reich, fut une réponse encore plus tragique que la fanfaronnade du caporal corse, car l’union des Allemands, tous le disaient, c’est la force. La force efface celui qui n’est pas du bon bord. Les années de Terreur après 1789 montrent bien que la notion du bon bord est trop fluctuante en fonction de trop de facteurs. Caudillo, Duce, Führer, Vojd’… sont les produits de l’industrialisation économique, du productivisme et du nationalisme (monoïdéisme) culturel (idéologie).
La philosophie du subjectivisme moderne : une voie de sortie
La naissance du subjectivisme philosophique moderne depuis Kant est la voie de sortie de ces massacres idéologiques. Les sociétés modernes s’individualisent. Les systèmes démocratiques ne font que cacher cette impuissance positiviste de faire vivre en harmonie avec la réalité diversifiée. La cacophonie remplace l’harmonie. L’individualisation de la société signifie l’érosion des vérités « universelles ». L’émancipation des minorités est son parallèle. Le relativisme devient ubiquitaire. La ligne positiviste d’Aristote-Thomas d’Aquin-Descartes-Hegel-Marx fait place à cet idéalisme subjectif de Kant-Nietzsche-Kierkegaard-Husserl-Heidegger-Popper qui traite la notion du vacant, du Néant, comme principal reflet du monde positiviste, et non comme son anti-idée satanique, purement négativiste. La haine de l’autre n’y existe point comme liaison du positif, car le néant permet la révélation de l’Être. Autrui prend une figure de complément, reflet, différent de l’individu et non de la posture d’un ennemi à abattre. René Girard saisit bien le rôle central culturel du bouc émissaire dans ses « origines », de celui qui est un « mauvais » autrui. La religion du scientisme d’aujourd’hui profère une nouvelle haine de « l’obscurantisme ». L’agnosticisme comme religion cède la place à ce scientisme positiviste.
Conséquences contemporaines : diversité et rejet
Les conséquences aujourd’hui ? Elles sont manifestes. Tandis que l’Occident positiviste est incapable d’absorber autrui et est en manque de « diversité » face à l’hégémonie américaine (sur les mêmes principes de l’industrialisation, centralisation du capital, … sic !) il anime cette haine contre autrui, en passant des homosexuels par les libéraux et les indépendants jusqu’aux autres cultures et religions ; les pays multiethniques (non Etat-Nation), multiculturels, mais traditionnels au sens séculaire, non-globalisants mais relatifs, non universels mais peu idéologiques (comme les anciens empires Russe, Ottoman, Austro-Hongrois ou Allemand, et les empires décolonisés français ou britannique) absorbent et s’enrichissent de cette diversification qu’incarne l’afflux des autres modes de la pensée et de la vie.
Une brève remarque à propos de la décolonisation française : c’est une fois de plus cette notion d’État-Nation qui est à l’origine de cette dislocation. La FAB (les forces démocratiques Franco Americano Britanniques après 1919) avait réussi temporairement à exporter cette idée d’indépendance nationale aux empires Russe, Habsbourg ou Ottoman ou Allemand en les dissolvant. Ce concept était aussi à l’origine du jugement d’Helene Carrère d’Encausse qui s’est trompée à peu près sur tout, notamment à propos de la dissolution de l’Union Soviétique, ignorant sa restructuration plus égale avec les anciens états vassaux ou amicaux. L’Empire Britannique a su se modifier en créant le Commonwealth, en abandonnant la confusion et fusion entre l’État et la Nation, entre l’administration centralisée et la diversité culturelle sur « son » territoire administré avec la perpétuité d’un échange économique. La France, en revanche, insista sur la spécificité culturelle française, exporta et garda ses écoles, systèmes administratifs, comme un prosélytisme caché au lieu de coopération économique pure. Le wokisme exacerbé de nos jours ainsi que le retour du bâton rompu en immigration de masse en résultent.
Patriotisme, identité et projet commun
Le patriotisme est un concept qui m’échappe. Je suis naturalisé français et fier de l’être, je suis d’origine tchécoslovaque et j’en suis fier, je suis fier de mes parents, de mon saint père et de ma sainte mère, mais je me félicite moins de mes autres compatriotes, français, tchèques ou slovaques. Je travaille et paye mes impôts (comme tributaire du bien commun) en France. J’aime ce biculturalisme. Au-delà de ces deux citoyennetés, je suis Européen.
Le patriotisme, la fierté et l’engagement pour « sa patrie » (État ? Nation ? impôts ?) sont bien sûr une vertu. Mais la Patrie n’est ni l’État, ni la Nation, ni le territoire ou chacun vit et où il est né. Je suis immigré français et je suis toujours fier de mes deux patries : de la France par adoption, de la Moravie par naissance. Dans le discours des patriotes, il n’y a pas l’Europe, car il est impossible de s’identifier avec le bureaucratisme corrompu et centralisé, institutionnel européen sans un moindre projet individuel plausible. Les deux pays ont des valeurs différentes, mais je vis en France, je respecte les valeurs françaises et je me sens intégré. Je ne ressens aucune haine contre un concitoyen, quel qu’il soit, s’il ne m’impose pas ses valeurs contraires aux miennes ou aux valeurs de la communauté française, morave et européenne. La haine n’est pas dans mon cœur. J’ai souvent un dégoût, une répulsion ou un mépris, mais jamais une pulsion suffisamment brutale pour commettre une violence « défensive » ou « préventive ».
La patrie est cet agrégat d’affirmation, d’autodéfinition, de traditions, d’indépendance, d’histoire commune ou individuelle mais surtout un projet d’épanouissement individuel dans un cadre commun.
La politique actuelle voit dans la haine un facteur mobilisateur des troupes (plutôt des troupeaux) pour bien mener les changements « nécessaires » face aux « urgences » (pseudo urgences). J’ai du mal à soutenir ce mépris désastreux qui propose une abysse au lieu d’un projet.
La sagesse nous rappelle que « celui qui sème le vent, récolte la tempête », « il faut de tout pour faire un monde » et « on ne règne sur les âmes que par le calme. »
Dans cette nouvelle hystérie, la sélection, l’exclusion et l’agitation animent les patriotes. L’avertissement à tous nos politiciens qui remuent la peur sans autre projet, peut s’exprimer en ces mots : ne semez pas le vent, car le Néant nous vaincra. Avec la peur, ils préparent des troubles.
Hélas, pour que de ce chaos possible resurgisse une nouvelle entité, miroitée dans le Néant, il nous faudra un projet pour les individus qui s’épanouissent dans un jardin commun. Le patriotisme de ce projet ne se présente dans aucun des discours d’aujourd’hui.



