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Virus politiques : comment les traiter ?

Virus politiques : comment les traiter ?

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La construction dramatique actuelle orchestrée par nos « troupes d’occupation mentale[1] » nous invite à réfléchir sur la religion des nombres et des statistiques[2] ainsi que sur leur efficacité dans un régime dictatorial moderne. Mais il aura également sans doute permis à certains français de mettre en perspective la question de l’obéissance à une loi manifestement injuste[3], puisque les hommes et les femmes encore lucides auront compris ce qu’a bien exprimé, parmi d’autres, Jean-Dominique Michel : « D’après ce qu’on sait aujourd’hui, les caractéristiques de l’épidémie de Covid, en termes de contagiosité, de dangerosité et de létalité, sont exactement les mêmes, en termes d’ordre de grandeur, que les épidémies d’influenza qu’on a années après années. Ni plus, ni moins[4] ». Dans cette brève exploration, nous prendrons comme éclaireur un auteur réaliste reconnu pour peser ses mots et qui, à la suite de son maître Aristote,  a entretenu dans son œuvre philosophique le souci constant de faire correspondre son narratif aux faits concrets.

« Ce que la raison dicte à l’homme, est naturel à l’homme selon la raison naturelle » rappelait Thomas d’Aquin[5].

La boussole de la justice naturelle et du droit naturel, c’est la nature elle-même[6]. De même que la raison droite est la boussole du droit positif. Le même Thomas d’Aquin précise en effet : « Dans les relations humaines, une chose est dite juste en ce qu’elle droite, en conformité avec la règle de la raison[7] ». Et c’est l’office de la saine philosophie d’exposer le mode des opérations de la raison humaine.

Il peut donc exister une harmonie entre les affaires humaines et la justice naturelle. La loi positive doit ainsi, autant que possible, rester conforme aux lois que l’homme constate dans la conscience morale de la plupart des hommes droits et honnêtes.

De son côté, la dictature légaliste affirme : « Non à une loi morale qui primerait sur la loi civile ». Mais quand la loi morale naturelle n’est plus le moteur non-négociable des lois positives, qu’est-ce qui les rendrait digne d’obéissance ? C’est ce genre de question qui devrait nourrir les débats véritablement démocratiques. Si la loi humaine (civile) est contraire à la raison, comment peut-elle s’imposer sereinement aux citoyens qui cherchent à comprendre avec leur raison ? Si les décisions étatiques ne sont plus éclairées par les délimitations rationnelles, ne seront-elles pas motivées par les passions du Législateur ? A-t-on encore affaire à un « Etat de droit », autrement dit à un régime humaniste ?

Ne plus s’adresser à la raison du citoyen en lui exposant les causes, n’est-ce pas l’infantiliser, voir l’animaliser ? Gouverner par la peur est une vieille recette. Nous retrouvons là la définition classique du régime tyrannique. Un tyran, ou un groupe de tyrans, n’opère pas nécessairement dans la violence physique, mais son gouvernement n’élève pas les citoyens et méprise sa nature. Aristote avait listé les techniques « bien connues » des régimes tyranniques, parmi lesquelles l’entretien de l’ignorance (Politique, V, 11[8]).

Selon la philosophie réaliste qui conserve ses yeux et ses oreilles, une loi est juste quand elle est adéquate à la droite raison et donc quand elle ne contredit pas la loi naturelle. Thomas d’Aquin intègre la définition de la loi dans sa conformité avec la raison : seul ce qui est réellement juste peut être nommé « loi ». Une loi injuste est une dénaturation de la loi : elle ne devrait donc pas avoir d’impact dans nos consciences.

En dehors de tout légalisme[9], Aristote et Thomas d’Aquin[10] envisagent la possibilité de lois positives injustes. Le Législateur doit toujours chercher à conformer ses lois positives en fonction de la loi naturelle : c’est un impératif non-négociable s’il veut être légitime. La première signification du terme de justice est exprimée dans la justice naturelle (premier analogué dans l’ordre naturel[11]) qui rend à chacun ce qui lui est dû.

L’obligation légale doit donc se fonder sur un devoir moral légitime et justifié. « Si la loi écrite contient quelque prescription contraire au droit naturel, elle est injuste et ne peut obliger[12] ». Ces lois injustes sont donc des violences psychologiques graves qui perturbent la paix des citoyens.

Pour le citoyen éclairé, obéir à une telle loi injuste est une violence à sa conscience : ce serait faire le mal en pleine conscience… L’honnête homme ne peut obéir à une telle loi. Ce bon citoyen n’est pas ici de façon habituelle un rebelle opposé à l’unité de la communauté, mais un amoureux de la justice.

Par conséquent, obéir à des lois positives injustes, c’est non seulement insulter la dignité humaine en soi, mais également altérer le bien commun de son pays. Tout ordre émanant de l’autorité politique établie ne peut pas être automatiquement justifié : l’organisation efficace n’est pas une fin en soi.

Thomas d’Aquin conçoit des raisons objectives de résistance mais peut-on envisager que l’injustice de la loi soit assez grave pour que son observation nuise plus au bien commun que tous les inconvénients de la résistance ?  Ici, désobéir serait un acte vertueux qui demande d’opérer avec force.

La désobéissance est un devoir moral quand les lois positives sont manifestement contraires au bien commun. Les lecteurs de Thomas d’Aquin connaissent les deux conditions qu’il énonce pour justifier la désobéissance civile. La vertu et la paix demeurent les biens politiques absolus à sauvegarder. La vertu est en en péril quand les citoyens qui observent l’acte de désobéissance ne comprennent pas, par manque de culture, les raisons de celle-ci. Cela serait encourager le désordre et le chacun pour soi. C’est ce que Thomas d’Aquin nomme d’un terme un désuet aujourd’hui : le scandale. Le thomisme reste plutôt conservateur en politique :

« On n’est tenu d’obéir aux princes séculiers que dans la mesure requise par un ordre fondé en justice. Et c’est pourquoi, si les chefs ont une autorité usurpée, donc injuste, ou si leurs préceptes sont injustes, leurs sujets ne sont pas tenus de leur obéir, sinon peut-être par accident[13], pour éviter un scandale ou un désordre[14] ».

On sait ce qu’on perd mais on ne sait pas toujours ce qu’on va gagner. Selon l’expression traditionnelle : le mieux est parfois l’ennemi du bien. C’est pourquoi la philosophie politique de Thomas d’Aquin n’est pas un moteur pour l’insurrection révolutionnaire : en renversant l’ordre établi, on risque aussi d’engendrer un désordre encore plus grand. Et un mal social plus dommageable encore. A priori, on ne le sait jamais… Mais il ne recommande pas non plus l’aveuglement volontaire ou la lâcheté généralisée : « Il est louable de causer discorde contre ce qui pose une mauvaise concorde[15] ».

Ce qui suggère la question de l’efficacité d’une insurrection uniquement intellectuelle : « monsieur le tyran, ne comprenez-vous pas que vous êtes immoral ? ». Et ce qui pose encore notre étonnement face à la violence verbale du Christ devant les marchands du Temple… La mesure de notre adhésion intime DOIT rester la justice réelle, et non les ordres de décideurs du moment, surtout quand leurs actes s’opposent de façon quasi-systématique au bien commun. Le respect de l’ordre établi a ses limites. « Il faut tolérer les fautes [du chef] si on ne peut le punir sans scandaliser la multitude, à moins que la faute du chef soit telle qua la tolérer nuise davantage à la multitude, par des effets spirituels et temporels[16] ».

Avec un président élu avec moins de 20% du corps électoral potentiel[17], après les Gilets Jaunes et leur répression violente et démesurée, après les multiples trahisons des intérêts du peuple de France, peut-on dire que le renversement de tels décideurs scandaliserait la population ? Doit-on poser la question aux familles dont le quotidien a été perturbé par ces décisions irresponsables, ou encore aux entrepreneurs dont les efforts se trouvent anéantis par ce confinement ?  

Pour finir notre évocation, nous proposons un plus long extrait du De Regno du même Thomas d’Aquin :

« Ce n’est pas seulement dans les choses corporelles que le tyran accable ses sujets, mais il empêche aussi leurs biens spirituels, parce que ceux qui désirent plus gouverner qu’être utiles, entravent toute élévation chez leurs sujets, interprétant toute excellence chez ceux-ci comme un préjudice à leur domination inique. En effet, ce sont les bons plus que les méchants qui sont suspects aux tyrans, et ceux-ci s’effrayent toujours de la vertu d’autrui. Les tyrans dont nous parlons s’efforcent donc d’empêcher que leurs sujets devenus vertueux, n’acquièrent la magnanimité et ne supportent pas leur domination inique; ils s’opposent à ce qu’aucun pacte d’amitié ne s’affermisse entre leurs sujets ni qu’ils jouissent des avantages réciproques de la paix, afin qu’ainsi, personne n’ayant confiance en autrui, on ne puisse rien entreprendre contre leur domination.

A cause de cela, ils sèment des discordes entre leurs sujets eux-mêmes, ils alimentent celles qui sont nées, et ils prohibent tout ce qui tend à l’union des hommes, comme les mariages et les festins en commun et toutes les autres manifestations de ce genre qui ont coutume d’engendrer l’amitié et la confiance entre les hommes. Ils s’efforcent encore d’empêcher que leurs sujets ne deviennent puissants ou riches, parce que, soupçonnant les sujets d’après la conscience qu’ils ont de leur propre malice, comme eux-mêmes ils usent de la puissance et des richesses pour nuire, de même ils craignent que la puissance et les richesses de leurs sujets ne leur deviennent nuisibles. (…) Il découle de ceci que les chefs, qui devraient conduire leurs sujets à la pratique des vertus, jalousant indignement la vertu de leurs sujets et l’entravant dans la mesure de leur pouvoir, on trouve peu d’hommes vertueux sous le règne des tyrans. » (Thomas d’Aquin, De Regno, Livre I, chapitre 3)

Bien-sûr, les procédés actuels sont bien plus élaborés mais conservent le principe fondamental : les structures tyranniques sont les ennemis de la dignité du genre humain ; même quand leurs institutions prétendent s’occuper de sa santé[18]. Mais alors, qui doit-on suivre en politique ? Qui peut prétendre répondre concrètement, ici et maintenant, à cette question ? Nous pouvons quand même interroger celui que suivait Thomas d’Aquin en philosophie :

« S’il existe quelqu’autre homme supérieur en vertu et en capacité d’accomplir les meilleures actions, c’est cet autre qu’il est noble de suivre, et c’est à lui qu’il est juste d’obéir » Aristote, (Politique, VII, 3, 1325b 10). Sous-entendu, il serait injuste d‘obéir à un usurpateur qui s’est emparé du pouvoir par manigances passionnelles ou qui est soumis à des groupes privés.

Nous aurons sans doute l’occasion de revenir sur ces questions lorsqu’il s’agira d’accepter ou non le vaccin obligatoire…

La peur[19] est facteur de soumission et altère la raison, autrement dit le discernement critique. N’est-il pas temps de lutter contre la véritable pandémie politique ? Ne faudra-t-il également diagnostiquer, isoler, traiter ?

Cet attentat contre le peuple de France, organisé à la perfection par des sophistes professionnels  qui manipulent avec brio les vraisemblances, a malgré tout manifesté les qualités de certains hommes libres qui ont su le rester : ceux qui ont résisté intellectuellement à cette ingénierie sociale criminelle en sortiront plus forts et plus déterminés. Plus le temps passe, plus deux camps semblent se dessiner dans le paysage social français. Nous allons vers une renaissance, mais encore faut-il que nos concitoyens s’initient à la culture politique de base qui permet de discerner, comme le païen Aristote il y a plus de 2300 ans, que ces manœuvres, opérées par des gens qui n’ont rien à faire à leurs postes, « sont d’une profonde perversité[20] » (Politique, V, 9).

[1] Nos « journalistes » - qui obéissent à une dizaine de propriétaires -  ne sont-ils pas au fond des sophistes au service d’intérêts privés ?  Jusqu’à quand nos compatriotes qui se disent « raisonnables » vont-il suivre leurs injonctions ?

[2] A lire à ce sujet : Olivier Rey : Quand le monde s'est fait nombre, Stock, coll. « Les essais », 2016.

[3] D’un autre côté, il est vrai aussi que ce genre de pathologies renferme de nombreux inconnus et donc de multiples contingences qui rendent difficiles les projections probables. Seuls quelques praticiens qui ont suffisamment d’expérience peuvent se prononcer avec autorité. Ceux qui ont suivi la saga du protocole Raoult comprendront. C’est l’absence de définitions  sûres qui a entretenu la panique, tout comme l’illusion de croire que seules des structures étatiques pouvient faire face.  Mais l’injustice du décret de confinement ne peut sauter aux yeux que si l’on définit ce virus avec objectivité et nécessité. Or, le pouvoir civil a entretenu un flou constant quand à sa définition scientifique, ce qui a suscité la passion de la crainte dans la population.  En d’autres termes, on ne peut pas le définir mais c’est le mal absolu…

[4] http://jdmichel.blog.tdg.ch/

[5] Somme Théologique, Ia IIae, qu. 57, a. 3, corpus.

[6] Il faut bien comprendre que toute la philosophie moderne et contemporaine est une vaste propagande contre les capacités de la raison à définir de façon objective, universelle et nécessaire. Le règne du positivisme, au service de l’ultra-libéralisme.

[7] Somme Théologique, Ia Iiae, qu. 95, a. 2, corpus.

[8] "Il y a les procédés que nous avons mentionnés antérieurement, destinés à assurer dans la mesure du possible la tyrannie : nivellement des élites et anéantissement des esprits supérieurs ; il faut y ajouter l'interdiction des repas en commun, des hétairies, de la culture intellectuelle et toutes autres choses de cette nature ; mais on se tient en garde contre tout ce qui engendre habituellement deux sentiments : noblesse d'âme et confiance… » (Politique, V, 11).

[9] Ce que nos ecclésiastiques devraient méditer un peu plus sérieusement…

[10] Docteur commun du catholicisme authentique.

[11] Le premier analogué absolu étant en Dieu.

[12] Somme Théologique, IIa-IIae, qu. 60, a. 5, ad 1um.

[13] Malheureusement, à notre connaissance, Thomas d’Aquin ne précise pas ce qu’il entend par là mais sans doute devons-nous interpréter ce «par accident » ainsi : de façon consentie, et non selon une collaboration engagée et volontaire.

[14] Somme Théologique, IIa-IIae, qu. 104, a. 6.

[15] Somme Théologique, IIa-IIae, qu. 37, a. 1, ad2um.

[16] Somme Théologique, Iia-IIae, qu. 108, a. 1, ad5um.

[17] Au premier tour, et moins de 40 % pour le second tour.

[18] Cette compétence est une captation relativement nouvelle dans l’histoire des états modernes. Nos concitoyens auraient pu endiguer la propagation de ce virus par des gestes simples sans les décisions démesurées des états babéliens.

[19] Le mode de gouvernement humaniste se fonde sur les arguments de raison et non la crainte qui altère le jugement.

[20] Nous rappelons à nos ecclésiastiques catholiques que le « prince de ce monde » n’est pas Jésus-Christ mais une autre personne qui octroie la puissance temporelle à qui il veut (Luc, IV, 6).


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