Cette âme est voyageuse au soleil ou dans l’ombre…
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Cette âme est voyageuse au soleil ou dans l’ombre…
Cette âme est voyageuse, au soleil ou dans l’ombre
Qui file, pas maladroite, dans son espace amer
Sous les cernes des jours, lèvres closes sur la nuit :
Elle vogue d’entre les corps, dans les hamacs songeurs
Se glissant dans les heures du sommeil sans mensonge
De chaque marin muet, en vous, mousses siffleurs ;
Elle danse avec la vague, puis elle prend possession
De toutes les vertus comme des vices légers,
Elle place aux chevilles nues ce mince anneau d’esclave,
Mélange douloureux de fer et de cuivre mûr.
Cette âme est née violeuse des bonheurs au long cours :
Elle corrompt toutes fiançailles des novices aux gueules d’anges
Dont les boucles si dorées, dont les fiers gestes bruns
Sont coupés nettement, toutes leurs splendeurs éteintes
Quand cette âme en élan, fouettant mieux qu’en galère
Fait sombrer les trésors, fait s’étouffer d’écume
L’innocence trop limpide de la jeunesse sourieuse
Dans un tumulte vert où tout craque, tout éclate.
Dans la tempête qu’elle guide, qu’elle force d’encre de sang
Comme elle choque et sait rompre les corps d’une aile saisis :
Ils iront par malchance, sans une chanson douce,
Enfants pauvres nourriciers des profondes noirceurs
Joindre au gouffre nocturne des prisons océanes
L’étonnement floral de leurs navigations
Pour laisser sans un cri Tahiti hors leurs cœurs :
Tout ce qui annonçait le début des triomphes,
(Non pas le masque étroit de la mort et du givre),
Visages blêmis de sel, pelures froidies d’étoiles.



