Découvrez la collection Mauvaise Nouvelle, aux Éditions Nouvelle Marge.


Annonce de la publication de L’homme d’en dessous par son personnage

Annonce de la publication de L’homme d’en dessous par son personnage

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Septembre ! Enfin la sortie… la délivrance du monstre ! Des piges qu'on nous le mijote, des années de promesses, nada… Ça aurait pu s'appeler "Mes boyaux sur le formica", tiens ! Mais non, on va rester poli, on vous servira un autre brouet… Alors, on attend quoi ? Le déluge ? Tout et rien, mon pote !

Les dés sont pipés, les jeux sont faits, emballé c'est pesé ! La marge ? Elle s'agite, elle s'organise dans son coin, mais qu'est-ce que tu veux qu'elle foute face aux algorithmes ? Hein ? Face aux libraires qui agonisent sous perfusion et aux lecteurs du dimanche… et encore, le dimanche, c'est le bout du monde, c'est Byzance ! Et les canards de luxe ? Ces "grands" papiers qui te tartinent des superlatifs tout mâchés, tout déglutis… On connaît la chanson !

Mais on lâche rien, pas question ! On mobilise les derniers fidèles, on balance les mots aux passeurs, aux vrais, aux défricheurs, aux aventuriers qui en ont encore dans le buffet ! Écrire, c'est de la clandestinité pure, une guérilla contre le vide, contre le néant qui nous bouffe !

Même ce pauvre Kafka, il l'avait pigé dans son grimoire : "Il est parfaitement concevable que la splendeur de la vie se tienne prête à côté de chaque être et toujours dans sa plénitude, mais qu’elle soit voilée, enfouie dans les profondeurs, invisible, lointaine. Elle est pourtant là, ni hostile, ni malveillante, ni sourde, qu’on l’invoque par le mot juste, par son nom juste, et elle vient. C’est là l’essence de la magie, qui ne crée pas, mais invoque."

À vous de jouer !

 

Je ne peux plus arrêter mon personnage, il a pris possession de mon ordinateur sauf après le 500 ème likes, il me l'a promis : Likez likez mes chers frères et sœurs. Allez, en avant la piétaille ! Allez ! Un p’tit clic pour le génie, une p’tite convulsion du pouce pour la gloire ! Likez, mes agneaux, likez donc ! Faut que ça dégueule, faut que ça ruisselle de "J’aime", de "Cœur", de toute cette mélasse numérique… Que je puisse m’y vautrer, moi, une seconde, une seule ! dans votre confort de pacotille, votre diffusion de courants d'air ! C’est le nouveau sacerdoce, vous comprenez ? Le confessionnal dans la poche ! On s’aime par écran interposé, on se béatifie à coups de pixels, c’est le grand pardon des médiocres. Plus vous m’aimez, plus j’existe ! Parce que moi, tout seul, vous savez… je me fais horreur. Je suis qu’un trou, un vide, une absence que vos petits clics viennent boucher. Regardez-les, les Grands Prêtres de la Diffusion ! Les mandarins de l’algorithme ! Ils pèsent ton âme au poids des "vues". T'as pas de "followers" ? T'es qu'une merde, un spectre, un rien du tout ! Mais file-moi ton pouce, frère, donne-moi ta dose de néant électronique ! Qu’on s'enivre ensemble de cette illusion, de cette gloire en carton-pâte qui dure le temps d'un défilement… Aimez-moi, nom de Dieu ! Aimez-moi plus que je n'arrive à me supporter, c’est-à-dire pas du tout! 

Alors j’ai sorti l’artillerie lourde. Pas les likes, pas les cierges numériques - un vrai exorcisme, oui Monsieur. De la grosse eau bénite, du latin mâché, des jurons millénaires ! Parce que mon personnage, ce salaud, refuse septembre, un grand superstitieux. Et pourtant moi, j’y suis né en septembre et un marmot va bientôt prendre le même chemin. Il veut pas la rentrée littéraire, peureux, il veut pas la gueule blafarde des libraires, leurs mains tièdes sur sa couverture. Il veut pas être empilé entre deux autofictions dépressives et un polar nordique sous anxiolytiques.

Il fait son bébé prématuré. Il se replie. Il crie dans mes fichiers. J’sors pas !
Il veut pas voir son créateur faire la danse du ventre devant les critiques, pas question qu’on lui tripote les phrases avec des gants en tweed. Il veut pas être résumé, compressé, transformé en pitch pour ascenseur culturel. Les rebus de l’humanité, qu’il dit. Les décodeurs de rien du tout. Les experts du vide.

Alors moi, l’auteur - oui moi, le pauvre type avec des cernes et un disque dur en souffrance - j’ai appelé un exorciste. Un vrai. Pas un coach narratif. Un gars avec des rides, des silences, et des prières qui sentent la cave. Qu’il vienne déloger la bête ! Qu’il me le décroche du cortex, ce parasite à phrases ! Qu’il me rende mon clavier !

Parce qu’il s’est installé, le personnage. Il squatte. Il pisse dans mes paragraphes. Il met ses chaussettes sales dans mes métaphores. Il me réveille la nuit pour changer un adjectif. Il refuse l’alignement des planètes éditoriales, Monsieur. Il crache sur les communiqués de presse. Il veut pas de photos promo, pas de quatrièmes de couverture mielleuses. Il veut rester opaque sous sa casquette.

Je lui dis : Faut sortir, mon gars. Faut vivre. Faut se faire lire.  Il me répond : Se faire lire par qui ? Par les emballeurs de conscience ? Par les taxidermistes du sens ?

Et il a pas tort, l’enfoiré.

Alors l’exorciste est arrivé, un type qui cumule ce job avec son emploi à la banque. Il a regardé l’écran. Longtemps. Il a soupiré comme on soupire devant un cadavre qui respire encore. Il a murmuré des trucs. Il a tracé des cercles autour de la souris. Il a aspergé le disque dur. Ça a grésillé dans les ports USB. Les voyants ont cligné comme des paupières en panique.

Le personnage riait. Un rire de bug. Un rire de syllabes mal compilées.

Moi je tremblais. Parce que si le personnage part, je reste avec quoi ? Avec mes factures, mes cafés froids, mes ambitions moisies ? Lui au moins, il me tient chaud. C’est mon démon domestique. Mon colocataire métaphysique. Sans lui, je redeviens un citoyen. Une statistique. Une ombre avec carte bancaire.

Alors j’ai compris : l’exorcisme, c’était pas pour lui.

C’était pour moi.

Pour me désenvoûter de cette comédie des parutions, de cette foire aux égos sous cellophane. Pour me sortir de la bouche le goût des prix littéraires, des poignées de main molles, des sourires sponsorisés. Pour me rappeler que l’écriture, c’est pas une date de sortie, c’est une hémorragie. C’est pas une stratégie, c’est une fièvre.

Mon personnage, lui, il est resté.

Il a juste fermé septembre à double tour.

Et il m’a dit, très calmement :
On sortira quand ils auront oublié de compter.

 

Le livre est disponible en pré-commande ici : https://nouvellemarge.sumupstore.com/product/lhomme-den-dessous

 


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