Découvrez la collection Mauvaise Nouvelle, aux Éditions Nouvelle Marge.


Joël Mansa cherche le poème qui peut tout partager

Joël Mansa cherche le poème qui peut tout partager

Par  

Je l’ai lu trop tard le recueil de poèmes de Joël Mansa, L’impartagée. Je l’ai lu trop tard, c’est-à-dire quand il fallait, à l’heure. Le texte immuable était sur l’établi du lecteur, sans impatience, dans la certitude d’être lu puisqu’il est fait pour ça, pour cette petite mort qui m’arrache un morceau de certitude pour me modifier. Joël Mansa nous confie : « Je cherche le poème qui peut tout partager. » Cette quête peut s’avérer sans fin. Comment dire « Cette part de nous que l’on ne partage pas avec les autres. » Il faut trouver une langue, c’est le rôle du poète, la malédiction dans laquelle il est inscrit. « Un poète se doit aux autres et je veux partager mon effroi. »

Pour dire l’impartagé il faut forer en soi, le poète s’exécute : « Mon cœur descend si loin en moi que je perds toute forme humaine. » Chaque chapitre est un droit de suite du précédent, un rebond pour ne jamais croire que tout a été dit, il s’agit d’approfondir, ne surtout pas laisser croire au lecteur qu’il aurait tout saisi. Il faut dire ce qu’il est impossible de partager, relever le défi, prendre un dérivatif, virer des bords, prendre un média. Comme la musique a besoin du silence, au poème, il faut l’ellipse. Le recueil est partagé en trois parties le triptyque qui seul, en fragments, dit la vérité de l’être : l’enfance, l’amour et la mort.

« Je redeviens un enfant enchaîné à sa peine ». Le poète se doit de rester seul et intranquille, les deux doigts sur la plaie plutôt que sur la couture, ce n’est pas pour rien que les poètes sont toujours les premiers à y passer quand survient le dictateur. La nostalgie se doit d’être cultivée Le romantisme n’est pas une plainte mais un gargarisme, il faut encore aimer souffrir comme on dit à certaines de souffrir pour être belles. « Aimer est une joie qui est une souffrance. »

Si le poète souhaite tout partager, il ne rencontre qu’obstacles. La vie n’est que mensonge et ce mensonge s’appelle narration, l’histoire que l’humanité se raconte pour se positionner en surplomb de la création, l’histoire que le quidam invente pour être un héros. L’enjeu de la poésie est toujours de dire ce qu’il est impossible de dire. Et pourtant, il convient de ne pas tout dire pour ne pas tout abaisser, les murmures appellent à se taire car le silence est l’élan du vers suivant. Le poète se lamente devant ce gâchis du langage. L’objectif d’un poème est de désaffadir le langage, de le dégâcher. L’amour vient alors au secours de la langue pour en faire de la poésie. « Écrire l’amour est alors décider le renouvellement du langage. » L’amour est une autre solution, si non la même traduite dans la chair, que le poème pour vaincre l’impartagé. « Et entre nous, il y a eu tant et tant de silences qui nous aurons unis pour toujours ».

Si la vie est une énigme à résoudre, c’est que l’on fait partie de la foule des malheureux qui ont commencé à mourir dès l’enfance. Quel scandale qui fait de chaque être un paradoxe, le lieu de l’irréconciable, le lieu du combat :

« Qui me dira qu’en mon cœur ne se superposent pas le plus souvent

L’envie de fuir, le désir de tout détruire et celui de demeurer en paix. »

Et pourtant, il demeure assoiffé d’être tant qu’il n’a pas tout partagé : « il faut vivre, tout vivre, en sage et en sauvage. »

 

Alors comment faire pour écrire le poème qui peut tout partager ? La réponse est dans la malédiction du poète :

« Alors oui, je le sais

Un poète est voué à se fermer sur lui-même

Pour mieux atteindre les autres. »

 

L’Impartagée, recueil de poèmes de Joël Mansa, Ed. Le Nouvel Athanor, 104 pages, 18€


Poètes dans le monde ?
Poètes dans le monde ?
Le livre de la prière
Le livre de la prière
Garnier Duguy nous incorpore au corps du monde
Garnier Duguy nous incorpore au corps du monde

Commentaires


Pseudo :
Mail :
Commentaire :