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Valéry Molet dénoue son nœud de pendu

Valéry Molet dénoue son nœud de pendu

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Voilà la suite du nœud du pendu. Suite et fin ? Dénouements. Le nœud du pendu évoquait l’aberration du sentiment amoureux, Dénouements ose y revenir.  Quand un grand écrivain parle d’amour, on s’y vautre volontiers. Le nœud du pendu évoquait l’impasse du sentiment amoureux, Dénouements y fonce tout droit. Il faut bien vivre bon sang !

Le salut par le SMS

Ça commence par le suicide raté d’un raté. D’un homme qui est suffisamment négligeant avec son âme pour dire : « J’étais mort et non enterré. » Le rappel à la vie, à l’ordre, est opéré par un SMS. C’est bien connu, il faut certes payer la facture de gaz mais également ne laisser aucune notification derrière soi avant de mourir… Le SMS ou le mail convoquent d’ailleurs le héros à plusieurs reprises. Les rappels à l’ordre sont des rappels à la joie opérés par la femme qui sait se faire désirer. Etre amoureux à 50 ans est ridicule. Et pourtant… tomber amoureux est sans doute la seule chose honnête à faire si on est encore vivant. C’est une négation de l’âge adulte, la possibilité d’insulter l’avenir à nouveau. Et oui, « Nous avons l’amour pour ne pas succomber à la vérité. » L’amour pour remplir la vie plutôt que d’attendre la mort.

Le pornocrate et la déesse

Si je vous disais que l’homme est un pornocrate et la femme sa drogue. Vous me diriez : la nature humaine crie. Si je vous disais que la femme est une beauté divine totalement offerte, ouverte au désir de l’homme, vous me diriez : fantasme. C’est un rêve d’adolescent ayant trop vécu, tout vécu. La femme offerte prend d’ailleurs des allures de déesse, d’abord en se rendant par intermittence inaccessible. Il faut dire qu’elle est mariée. C’est la société et ses cordes de rappel qui font vivre l’homme au régime alternatif. La vie de la femme devient discrète comme celle des anges pour l’homme. C’est ce qui la rend inaccessible. Une légende ? L’absence renforce cette perception pour le héros. Sa présence renforce la nôtre.

A chaque fois que Nathalie décide de se draper de son statut social, elle ne lui appartient plus. Et son absence le fait revenir à la case départ. Pire même. Il retrouve sa haine, celle qui le rend incapable de vivre, impuissant. La haine qui n’est que l’âge adulte de l’ado trop fier de son goût de la destruction et de la dérision. Nathalie chez son mari lui fait désirer la mort complète, intégrale de l’humanité. Cette humanité incluant évidemment et surtout la fameuse Nathalie. La femme par qui est venu le salut apparait immédiatement comme une drogue. Car il suffit que celle qui avait oublié qu’elle l’avait oublié revienne et l’homme redevient l’amant aimant fou de désirs et ivre de ce qu’il reçoit. Il avoue : « Ma haine avait disparu par son enchantement. » Et nous nous sentons élus à sa suite. Notre haine disparait également par enchantement à la lecture de cette courte histoire, ce long poème de Valéry Molet.

C’est là que le statut social s’évanouit pour faire place à la déesse. « Elle n’avait aucune morale sur aucun sujet, hormis son statut social. » Elle s’offre entièrement grâce à cette absence de morale, sans aucune réserve, « Sa pornographie devait donc être excellente. » C’est ainsi que le gringalet devient beau, l’impuissant devient pornocrate, et tout repas devient un festin… « Elle rendait tous les ridicules princiers. » Pour le suicidé éternel, aucun doute, tout cela relève de la transsubstantiation. Comme ce sont des adultes consentants, on pourrait dire que la pornographie devient, par la même opération, le lieu de l’amour. Tout s’élève par la grâce d’une femme. Nous nous élevons par la grâce de la littérature de Valéry Molet.

La morale ne peut être que sexuelle

« Dans la vraie vie, seuls les actes comptent. » Le sexe s’impose donc. Exit le discours, les raisonnements, les intentions, … les projets. A cinquante ans, il y a une urgence d’être encore incarné. La haine de soi trouve sa solution dans l’amour de l’autre et surtout dans l’élan vers l’autre, celle qui est son exact opposé. « L’amour est une dissipation de l’Univers. », un oubli de la condition humaine, un rejet de l’inutile tragédie, la possibilité d’une existence dans la plénitude. C’est une morale qui dépasse les autres car elle ne met personne en prison et nous sommes gré à Valéry Molet de nous la rendre sinon possible du moins imaginable.

Le nœud du pendu comme seul horizon

On pense immédiatement que ça ne va pas durer. Ça ne peut pas durer. Le suicidé éternel se croit au paradis avec cette femme soumise par intermittence à ses désirs, cette déesse qui l’élève à mesure qu’elle se donne. On croit rêver, cette histoire ne peut pas être vraie. Cette femme n’existe pas, c’est impossible ! « Ce n’était pas une femme, c’était le tendeur entre deux néants, celui de ne pas l’avoir connue avant et celui de ne plus être aimé par elle. » Le ténébreux que je suis pourrait bien penser : Il verra bien, le raté, qu’il reviendra forcément de façon pathétique à la case départ, au nœud du pendu. Et pourtant pourquoi vouloir que le bonheur s’arrête ? Si je reviens à la case départ, je peux recommencer la lecture de Dénouements et comme je m’y suis senti bien, croire moi aussi au paradis.


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