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Marelle, Triple Enceinte

Par  

Méditations su le conte fantastique Marelle de Luc Oliver d’Algange, Alcor éditions 2026

 

« Il est un jeu divisé en autant de cases qu’il y a de mois dans l’année. La table contient trois pièces de chaque cotés. Pour gagner il faut les ranger toutes les trois sur la même ligne. »

Ovide, L’Art d’aimer

« Quand bien même y mettrais-je ma main au feu, je puis assurer au lecteur encore sceptique que l’on a le devoir de tenir LOA comme l’un des plus grands écrivains de ce siècle, tant par l’originalité et la profondeur de sa pensée que par les qualités d’une stylistique que bien peu possèdent encore.

 Dans la nuit apocalyptique où nous périssons lentement, cette Étincelle d’Or est peut-être la lueur qui permettra au nouveau soleil de surgir… »

Jean Bies Introduction à Etincelles d’Or

 

Mérelle viendrait du latin Merrelus. Pion. Origine : sous le règne du pharaon Seti 1er ? Jeu du moulin ou de Charet qui se joue en deux camps et 18 pions en deux couleurs. Bien antérieure à l’utilisation ludique les merelles sont des symboles propitiatoires, protecteurs que l’on retrouve de l’Antiquité jusqu’au Moyen Age. Et en tant que symboles spirituels on doit remonter du Moyen Age à l’âge de Bronze voire au néolithique, cupule, étoiles croix apparaissent dans l’art rupestre. On le retrouve dans l’iconographie médiévale par exemple le manuscrit de la Règle de l’Ordre du Temple. Mais le conte fantastique de notre poète est installé dans le cadre aussi précieux que mystérieux que mythique, à savoir celui de l’Alchimie Traditionnelle. Merelle est un jeu d’intelligence, voyons si la nôtre a été au rendez vous de cette sollicitation.

Est-ce que nous aurions dès lors une triple enceinte dans le corps même du livre quand nous le prenons comme une table de jeu sur lequel le narrateur aussi bien que le lecteur sont invités à se déplacer ?

Absolument oui trois enceintes ou trois fenêtres, elles sont délimitées par les trois Illustrations qui divisent « Marelle » tirées du traité alchimique du seizième siècle, écrit en allemand, mais dont le titre est forcément en latin : Splendor Solis. Splendor Solis est le plus beau traité alchimique jamais créé. On ne se mouche pas du coude ! Mais il faut ce qu’il faut car avec Luc Olivier d’Algange nous avons la preuve par 9. Nous avons la preuve par les 9 muses, c'est-à-dire que nous avons la preuve poétique par la Beauté. Est-ce que Luc Olivier d’Algange est novateur en liant comme il le fait poésie et alchimie ? Certainement non puisque Chrysopoeia déjà publié en 1515, est un célèbre poème néo-latin, qui associe la fabrication de l'or à l'art poétique dont l’auteur est l’humaniste italien Giovanni Aurelio Augurelli. Krysos, c’est l’or en grec ancien et Poieine veut dire créer, c’est la même racine que le mot poésie.

Alchimie ! Vous n’y pensez pas gémissent plaintivement les lecteurs réguliers de la revue Mauvaise Nouvelle. Abyssus abyssum invocat ! L’épouvantable alchimiste serial killer, c’est encore pire de le dire en anglais même s’il nous a aidé contre la perfide Albion, on ne le connaît que trop c’est Machecoul, Gilles de Laval Baron de Rais !!! Alchimie ! Un mot arabe en plus grognent certains !

Mais il est temps de vous le révéler : Le Maréchal de France accusé d’avoir navré tantôt 80 tantôt 140 tantôt 200 tantôt 600 tantôt 800 enfants, qui a alimenté la légende de Barbe bleue, sa culpabilité avouée sous la torture est très improbable… Les disparitions d’enfants étaient très courantes dans cette période troublée, un peu comme la nôtre. Le témoignage des témoins de la défense n’a pas été retrouvé dans les heures du procès et ses aveux même n’ont pas été signés par le Président du Tribunal. De plus trois ans après son exécution à Nantes, le roi Charles VII a demandé la révision de son procès. Celui qui est devenu le symbole du mal absolu était-il vraiment coupable ? Alchimiste il l’était vraiment, mais comme nombre de bons chrétiens de l’époque, y compris des Princes de l’Église, mais lui était de haut lignage. On n’aurait exécuté un héros national pour raisons d’homosexualité, de pratique de l’alchimie, ou sorcellerie très facilement s’il avait été un manant. Mais il était de noble lignage donc il fallait des accusations plus graves pour soutenir ses ennemis. D’où la dénonciation fabriquée dénonçant un ogre. Il était dépensier ? Il a aidé la couronne qui était fauchée. Tout cela semble une histoire de gros sous. C’est en tout cas ce que pense à notre époque l’avocat des Gilets Jaunes, Juan Branco. Alors Gilles de Laval ne serait pas en enfer ? J’en doute.

Mais Luc Olivier d’Algange lui-même, s’il a écrit un livre entaché d’alchimie, serait-il entouré par de mauvaises rumeurs ? Qui est-il ? Un gnostique hein ? Cette sempiternelle gnose dont l’église ne parvient pas à se débarrasser au cours des siècles comme la capitaine Had Hoc de son sparadrap ? Mais attention tous les albums de Hergé RG sont cryptés sur l’alchimie comme l’a très bien analysé l’alchimiste opératif Patrick Burensteinas en allant plus loin que l’analyse mythologique. Tintin un chemin alchimique ? Mais oui car il se lit de 7 à 77 ans : 7 l’échelle, c’est la triple enceinte… !

Hadock est Dyonisos « mille sabords », « tonnerre de Brest » et « bachi-bouzouk » https://www.tiktok.com/@lareality5/video/7316250484803751200

Et d’ailleurs, la fameuse lettre du mot margelle au début du conte pour arriver au mot du titre Marelle, celle lettre disparue, c’est bien la lettre G ! Le conte de notre poète n’a pas été entaché mais il est de teintures alchimiques. La teinture qui nous attrape est celle de l’illustration de couverture, à savoir la couleur verte. Alors la couleur verte et si Luc Olivier à la main verte, c’est le mercure alchimique.

Le Splendor Solis n’est pas un traité de recettes alchimiques, c’est plutôt un florilège de citations d’auteurs anciens, c’est une sorte de livre d’heures comportant 7 traités et 22 miniatures pour attraper au vol des clés de kabbale, d’astrologie et de symbolisme. Les 3 sur 22 illustrations du Slendor Solis sont aux pages 10, 30 et 49, la dernière. À ce stade alors que nous écoutons en boucle le 12e quatuor à cordes en mi bémol majeur de Beethoven depuis que nous sommes arrivés à la page 19, la question qui se pose est : pourquoi ces trois vignettes sur 22, comment furent-elles sélectionnées ? 22 comme les 22 arcanes majeurs du Tarot et les 22 lettres de l’alphabet hébraïques. Dans l’alphabet hébraïque il y a trois lettres Mères. Vingt-deux lettres fondement, trois mères, sept doubles et douze simples. (Sepher Yetsirah 2, 1) Âlèph, Mèm, Šhîn.

 

Revenons à cette couverture de Marelle.

Nous avons le blason de l'éditeur Marseillais ALCOR comme une partition mantelée de la couverture qui porte cette étude au vert passé, présence du Spiritus Mundi du peigne et des cheveux de la Reine Guenièvre, trophée de Lancelot. En relisant la quatrième de couverture dont le texte de présentation se balade en 23 lignes on peut reprendre la longue phrase finale, la reprendre avec son souffle car elle fait presque les deux tiers. « J'avais beau me révolter et user de stratagèmes divers pour échapper à cette fatalité… ne participent que les poètes, les amoureux, et certains désespérés dans l'essor de leur philosophie la plus ardente, la plus alchimique. » Bien ce n’est donc pas « tiré par les cheveux » la lecture alchimique, l’auteur le dit lui-même !

D’ailleurs le peigne de Guenièvre est le peigne de Vénus, en alchimie traditionnelle il évoque le tri (le triple), la purification, la séparation du subtil et de l’épais. Il a cette signification dans les contes initiatique et Marelle annonce la couleur. Mais ce qui s’est passé quand j’ai vu cette couverture, pas avant de recevoir ce live physiquement ; en l’ayant vu sur écran, mais quand j’ai reçu le paquet envoyé par l’auteur par poste, je sais maintenant cela m’est revenu qu’il y avait deux exemplaires et que j’ai envoyé aussitôt l’un des deux au Docteur Ananda Bose pour le Gouverneur du Bengale le docteur Ananda Bose. Le livre dédoublé c’était déjà en soi un symbole de l’attention suprême requise en manifestation de l’être profond. Ce qui s’est passé le voilà : J’ai repensé au roman de Jean Parvulesco paru chez Guy Trédaniel Editeur 1995, Le Gué des Louves. Est-ce que j’ai corné la page ? Oui heureusement. Ce roman de Jean Parvulesco a une dédicace : « Pour Thérèse de Lisieux, dans sa marche circulaire, dans ses élévations et dans son Anéantissement sur les Sommets, dans le Secret de son Retour Clandestin ». Et justement, p210, Jean Parvulesco nous parle du rêve d’une supérieure d’un couvent carmélite Italien troublée par un rêve prophétique dans lequel une jeune carmélite lui avait annoncé qu’après sa mort il ne resterait plus rien d elle. Et page suivante : « Aujourd’hui on sait que le jeune corps de la sainte de Lisieux, peut être, en effet, ainsi que l’avait vu Saint Pie X, la plu grande sainte de l’histoire de l’Eglise, est entièrement tombé en poussière et disparu, qu’il n’en est plus rien resté si ce n’est sa longue chevelure blonde, qu’on lui avait coupée à son entée au carmel. »

Ma propre femme m’avait raconté une histoire familiale de son côté que je viens de lui demander de me rappeler. Ses grands-parents pendant la deuxième guerre mondiale avaient été séparés longtemps par la captivité prolongée du résistant toujours repris après ses évasions des camps de travail en Allemagne. Après guerre, les deux époux sous la chape de plomb du silence retrouvaient une intimité dans un rituel : lui assis sur une chaise et elle debout peignant ses cheveux pendant de très longues minutes. La petite fille adolescente pense avoir un message post mortem de son grand père avec une vision. Elle lui décrit la scène d’intimité du couple que personne ne pouvait connaître.

 « Chaque fois que tu m’appelais je suis venu. » Et maintenant elle devait comprendre qu’il était toujours avec elle par delà la mort

Aussi ce roman évoque-t-il la jonction de Vénus avec l’éclipse du 11 aout 1999. Et ce jour-là, moi-même, j’ai failli perdre ma femme enceinte de mes œuvres quand elle a perdu son bébé évacué par les pompiers au Mont St Michel. Le roman lui-même se termine en sa dernière phrase par l’évocation du 11/08/1999, le 11 on se souvient, est nombre nuptial avec un roman rappelé Paroles gelées, Emmanuel Chabrury, édité chez l’ami Trédaniel où se trouve rappelé et comme prouvée La Jonction de Vénus.

J’aurai voulu être Marc Le Vibroturgien pour capter par la palpation tactile de la couverture de Marelle les réverbérations amoureuses de la haute nuptialité inouïe qui gisent dans les interstices de ce livre qu’est d’abord Margelle, m’appuyer des deux mains avant de sauter dans le puits de la voyance hallucinée. Mais la Vibroturgie je vais y revenir bientôt quand je vais enfin, après 1 an d’attente, livrer mes réflexions sur le roman de Maximilien Friche : FOL.

En tout état de cause ma rencontre avec Luc Olivier d’Algange date de 1990 quand je découvrais Cahier Jean Parvulesco, deuxième publication des Nouvelles littératures Européennes/Style rassemblé par le Septuor sous a direction d’André Murcie. Luc Olivier d’Algange y contribuait, c’est Jean Parvulesco qui me l’avait offert et envoyé par la poste. C’était mon premier livre offert par lui, les autres étant de sa signature. Ce livre était une bombe dans mon esprit non déniaisé en mal de virilisation gnostique. Mais je dois avouer que l’article le plus extraordinaire que je découvrais à part les textes de Jean Parvulsco lui-même, ce fut L’oracle polaire de Luc Olivier d’Algange. Et quand je pense que Luc Olivier écrivait déjà ainsi et touchait à cette profondeur de pensée il y a presque 40 ans, je me demande bien quel doit être son niveau d’être et de conscience aujourd’hui en 2026 au moment où il publie Marelle et se prépare à publier encore un livre. Je me demande aussi qui le comprend vraiment, qui se rend compte, qui suit ? Et alors la phrase de Jean Bies citée en début de cet article qui a pu choquer le lecteur tellement elle est élogieuse, je l’assume complètement car je la crois absolument juste. Et ce n’est tellement pas superflu, c’est tellement incontournable même de revenir à ce vieil article pour situer Luc Olivier vis-à-vis de la gnose et de l’alchimie au moment de lire Margelle ! Mais j’espère que les lecteurs que ne n’ai pas encore perdus dans mon présent article ont bien lu l’article de Maximilien Friche admirable de professionnalisme éditorial : De Margelle à Marelle, 5 juillet 2026. Car notre éditeur excelle à dire tout ce qui peut être dit pour inciter à lire sans être trop intimidé par ce texte.

Vérifions que ce que disait Luc Olivier de l’œuvre de Jean Parvulesco n’est tout de même pas loin de s’appliquer à l’auteur de Marelle aujourd’hui.

« Héraclitienne par son ontologie des éléments, platonicienne par la hiérarchie ascendante des trois mondes dont elle fonde l’ordonnance en toute chose, chacune disposant d’un corps, d’une âme et d’un esprit, chrétienne par la passion de l’incarnation, de la crucifixion et de la résurrection, kabbalistique, enfin par le déchiffrement miroitant des Signes du Livre et du Monde, l’Alchimie, dont l’œuvre de Jean Parvulesc ne cesse de raviver les puissances, mérite ainsi, on ne peut mieux, l’appellation de Voie Royale que revendique pour elle ses nombreux adeptes catholiques au véritable sens d’universelle et non plus au sens étroit, dévotionnel, voire quelque peu fondamentaliste, l’Alchimie s’avère être le cœur ardent de la Religion et pou tout dire sa pierre philosophale, son principe de renouvellement et de fidélité au-delà de ce que Jean Parvulesco nomme les appartenances spécifiantes. »

La mise au point sur la valeur alchimique de texte de notre poète échappe à la critique de la fantaisie débordante mystificatrice si nous avons déjà compris dans cette triple enceinte que c’est bien la tradition alchimique qui est présentée dans l’anthropologique acceptation d’une constitution trinitaire de l’homme cosmique corps âme esprit. La suspicion du jargonner en alchimie est vite atteinte, avec le plaisir narcissique de n’être pas compris du Béotien ce qui peut exister dans d’autre domaine. Par exemple, les férus de mathématiques pures peuvent jubiler de n’être compris que de quelques uns ou même que par eux même. Mais en examinant la définition que Luc Olivier s’approprie de la gnose, on découvre peut-être ce que l’on avait senti intuitivement à la fréquenter, une authentique et non feinte humilité. Dans ses entretiens avec Philippe Barthelet chez Arma Artis : « Si pour Umberto Eco, la “gnose” est, “le fascisme éternel”, si, pour les nostalgiques du maréchal Pétain, elle est une variation du “complot judéo-maçonnique”, pourquoi ne pas tenter de la comprendre, à rebours de ces “binaires”, tout simplement comme la Parole Perdue ? Non certes la parole de Marcion, qui tente vainement d’arracher le Christ à la royauté davidique, ou celle des puritains, de toutes obédiences, qui méprisent l’héritage grec, mais bien la parole perdue (car elle est perdue hélas !) de saint Augustin, de Jean Scot Erigène, de saint Bernard de Clairvaux, d’Hugues de Saint-Victor, de Jean de Salisbury, d’Angèle de Foligno ou de Maître Eckhart… La véritable gnose n’est pas outrecuidance, mais humilité. Ce n’est pas le savoir péremptoire du chrétien qui parle “en tant que” chrétien, du chrétien soucieux de sa “spécificité” chrétienne, mais l’humble sapience du Bien et du Vrai qui, pour citer Scot Erigène, surpasse la perception de tout esprit et de toute raison ».

Umberto Eco ne nous surprend pas, puisque c’est lui qui sortit cette ineptie : « René Guénon c’est Hitler sans les chars ». On peut être spécialiste pointu de la sémiotique, de l’herméneutique et de la linguistique, on peut être le Pic de la Miandole moderne avec sa bibliothèque principale riche de plus de 30 000 ouvrages, hébergée dans son appartement milanais de la Piazza Castello, en plein cœur du centre historique de la capitale lombarde et justement s’être perdu dans ce labyrinthe du point de vue de la gnose, de la connaissance. Il a aussitôt en concurrence la bibliothèque d'Alain de Benoist qui est estimée à environ 100 000 volumes. On se souvient de la conjonction des 50 ans de la revue Éléments et des 80 ans de l’écrivain au rendez vous de cette bibliothèque. https://www.revue-elements.com/alain-de-benoist-lhomme-bibliotheque/

Nous ne nous ne penserons pas en termes de « règne de la quantité » pour reprendre une expression Guénonienne. Umberto Ecco peut se moquer de l’ésotérisme dans ses deux romans Au nom de la rose et Le pendule de Foucault, il s’en est cependant servi pour promouvoir sa notoriété et son succès.

La véritable gnose en tout cas n’est pas outrecuidance, mais humilité, la solide culture classique de Luc Olivier d’Algange se complait elle dans l’érudition ? Je n’en ai nullement l’impression. Si Marelle doit être lu comme l’odyssée de l’âme, ce conte disert pour obscur qu’il puisse se refuser à notre compréhension immédiate se déroule dans l’économie de moyens qui a dépassé la passion sentimentale aussi bien que l’orgie intellectuelle : L'âme n'est pas chose vague et sentimentale, mais feu de forge du réel absolu. L.O.A

Pour ce qui est de la partie narrative du Conte Marelle qui occupe les trois premières enceintes, Maximilien Friche a dit tout ce que l’on pouvait en dire en se gardant bien d’entrer dans le déchiffrement dont je n’ai fait moi-même ici qu’une esquisse. Mais la troisième enceinte est introduite par le poète avec des mots qui pourraient encore plus nous intimider puisque cette partie onirique pure ou inspirée est elle-même encours de déchiffrement de son propre aveu par le poète lui-même. Et j’avoue que le verbe de Luc Olivier d’Algange n’a d’égal dans ma mémoire littéraire que l’œuvre poétique de Jean Parvulesco contenue dans son Traité de la chasse au faucon qui m’avait subjugué jadis. Pourtant le style du poète Luc Olivier me semble plus procéder de l’épervier que du faucon. Rappel de la différence entre ces deux rapaces : Le faucon possède des ailes pointues et chasse en piqué dans les grands espaces. L'épervier a des ailes arrondies et fonce par surprise à travers les arbres.

Le dernier chapitre du conte est introduit par la formule alchimique des cabinets de réflexions : « Visita Interiora Terrae Rectificando Invenies Occultum Lapidem. » Attrapons au vol : « Ainsi s’exhaussent les rêveries tropicales de l’Epervier et la chimie nerveuse de nos tempes : l’équivoque des persiennes et des corolles solaires des ancêtres, les linceuls chamarrés d’insectes bruissants et d’or crépusculaire ! »

Quoique le plus immédiat rapprochement avec la poésie hermétique de Jean Parvulesco soit celui avec son poème sur l’œuvre au rouge : Yosis.

« O janvier de sang et de brillances rouges du Jour Déchiré, aujourd’hui je dis ton nom le plus occulte, Mania Iosis… et moi je ne sais plus si je veux te désier, xanthosis lumineuse et s belle d’or vivant en toi en tes chants anciens de nos Siciles perdues à jamais, fugitive hermine et colombe de feu et entaille vive en nous, suppliante-suppliciée anamésis. »

J’ai laissé le marque page de ce livre perdu et retrouvé à cet endroit précis du livre. Ce marque page n’est autre qu’une carte de vœux avec son texte manuscrit d’une écriture que je reconnais entre toutes quand elle se donne à voir dans la boite aux lettres. C’est une carte de mon frère aîné Pierre Gandonnière pour le début de l’année 2026. C’est une carte affectueuse et délicate avec un aîné avec qui j’ai eu toujours des relations pacifiques calmes et respectueuses qui faisaient fi de dérisoire divergences idéologiques. Dans l’âge adulte nous ne nous sommes battus qu’une seule fois quand j’avais 9 ans et cela ne s’est plus jamais reproduit, ce qui est rare dans une fratrie. Mais il est vrai que tout le monde avait cru que j’allais le faire passer de vie à trépas, les armes à la main au fil de l’épée.

Il y a trois teintures dans les opérations du Grand Œuvre alchimique, l’œuvre au noir, l’œuvre au blanc et l’œuvre au rouge. Mais comme c’est le cas en théologique ou en métaphysique cette trinité recèle une quaternité secrète.

À partir du XVe siècle il semble que si l’alchimie a continué à survivre et se transmettre elle a escamoté la quatrième étape du processus : On connaît le Nigrido, pourriture, l’Albédo la distillation et le Rubedo la sublimation, mais on aurait méconnu la phase intermédiaire entre le blanc et le rouge, à savoir Citrinas de la couleur jaune du citron ou Xantis. C’est la phase ataraxique entre la cristalisation du blanc l’intégration de ses acquis et la sublimation du rouge. Dans cette phase comme l’a retrouvé C.G. Jung en l’appliquant à sa méthode psychanalytique renouvelée surtout traditionnellement restaurée le chemin vers le Soi est débarrassé de la concupiscence du savoir. Comprenez que nous en parlons après dégagé la gnose de l’érudition volontaire ostentatoire et vaniteuse.

Le moyen de progresser dans cette phase est de retrouver la vie onirique qualifiée. « Lors des heures vastes et profondes du demi-sommeil médiumnique que j’évoque dans ce récit, me vinrent aussitôt des plages de phrases, non convoquées, offertes au songe et au déchiffrement, et peut être plus profondément à la musique et au silence qui tombent au petit matin et au crépuscule comme sur une forêt ou un océan, une pluie diluvienne ou une neige d’avril. Je les livre ici, sans autre justification, à la suite du récit, comme des mystères que je n’ai pas encore éclaircis. »

D’offrir au lecteur ces plages de phrases non encore déchiffrées par l’auteur lui-même, est ce là la preuve pas ls 9 muses, la preuve par la beauté, et la preuve si on veut bien s’en rendre compte de la véritable humilité gnostique du poète ?

On se souvient que Jung a voulu retrouver des bases de la psychologie de l’inconscient dans la tradition hermétique en étudiant le corpus doctrinal en particulier et surtout Aurora Consurgens qui est attribué à Saint Thomas d’Aquin pourtant le fondateur de la rationalisé occidentale. Le titre "Aube naissante") est tiré du Cantique des Cantiques.

Il s’agi bien de déchiffrer et donc de chiffre puisque Jung lui-même caractérise l’avancer vers le Soi dans Carl Gustav Jung, Les archétypes et l'inconscient collectif :

« C'est un chiffre comparable à Hianyagarbha, Purusha,

Atman et le bouddha mystique. C'est pourquoi j'ai choisi de l'appeler le "soi", par lequel je

comprends une totalité psychique et en même temps un centre, qui ne coïncide pas avec l'ego mais l'inclut, tout comme un cercle plus grand en enferme un plus petit. "

Marie-Louise von Franz, a traduit et commenté Aurora Consurgens, elle en arrive à dire que son maître avait identifié une connaissance, soit une gnose absolue : « La conscience de l'homme est réceptive à ce que Jung a appelé la « connaissance absolue » un principe cosmique ou une quasi-intelligence en dehors de la psyché. Toute pensée qui se déroule dans l'ego obscurcit cette « connaissance ». Une tranquillité de l'ego est nécessaire avant de pouvoir l'approcher. »

Notre ami poète m’avait bien envoyé deux exemplaires du conte Marelleun pour moi et un autre pour le Gouverneur du Bengale et une fois que j’ai pu retrouver le livre qui m’étais destiné, il m’écrit : « Tout s'ordonne à merveille cher Marc, la lettre manquante du conte et la lettre retrouvée, - et celles envoyées dans la contrée du "mystérieux sancrit de l'âme" selon la formule de Novalis, vers les Indes ; et que vous saurez évoquer dans votre article »

Est-ce l’incendie de la forêt de Fontainebleau en ce juillet caniculaire, qui s’ajoute à ces incendies estivaux plus nombreux que jamais mais que certains ballots vont continuer à attribuer au réchauffement planétaire quand c’est tellement ciblé, qui me ramène à la lecture du dernier roman de Jean Parvulesco ? Il est préfacé par Tony Baillargeat dans quoi je ne m’en souvenais plus il rapporte un échange avec Jean Parvulesco au sujet d’Arsène Lupin et Maurice Leblanc. Luc Olivier d’Algange disait que ce roman de Parvulesco est une prodigieuse mise en abîme héraldique. Tony Baillargeat dit que Parvulesco était un de ces auteurs hermétiques qui portait comme le poète Lithanien Oscar Vladislas de Lubiz-Moloz, l’étoile au front. Evidemment, comment ne pas penser que Luc Olivier lui-même est inscrit dans cette lignée surtout en tant que poète.

« Les paysages des romans de Maurice Leblanc reviennent dans la mémoire comme des ressacs. Il y a une sorte de mystériosohie néoplatonicienne de la réminiscence, qui est en effet, comme vous dites, de l’ordre de l’éveil d’un monde à l’autre. »

Une marelle fraîchement dessinée comme un tableau de loge maçonnique, mais de quel grade, pour quel passage ? La marelle dessinée à la craie par des enfants, coloriée avec ses carrés bleus, rouges, blancs et jaunes sur le perron d’un hôtel du XVIIe siècle, et nous sommes au seuil. Il nous faut retrouver la Beauté bouleversante de moments gracieux et fragiles que nous avions sacrifié à l’utile ou aux ambitions futiles.

« Cette sagesse-là, sans doute, ne m’était pas étrangère, alors que la Marelle grandissait dans mon âme et retrouvait ses originelles prérogatives religieuses.

Cette marelle là était une cathédrale et cette cathédrale un univers. »

L’intensité poétique de la dernière enceinte de « Marelle » est en quelque sorte exponentielle.

La déchiffrée cette chiffrée en profondeur ?

 

Venons-en à un chiffre, celui de l’arcane 17 du Tarot qui inspira André Breton :

« En ces jours de clarté lumineuse, nous étions comme les masques de nous même et l’éclaboussure des lettres d’écumes sur la page noire des basaltes. Or pour toi seule Isis nos gestes absurdes, nos éperdues rêveries détruites et ressuscitées aux cercles de pages hiélophages, refuge de nos ivresses chimiques. Pour toi la colère, les anagrammes de la terreur et les pleurs de nos enfances hallucinées en l’orbe majuscule des arlequins. Pour toi l’a jamais des paroles magiciennes écloses un jour d’orage. Pour toi et par toi la Pierre tant recherchée et trouvée, je l’affirme en ce jour dans dix sept ans. »

 

Un aujourd’hui projeté dans le futur de 17 ans, et c’est vrai que c’est assez Rimbaldien tant il est vrai que « On n’est pas sérieux quand on a 17 ans »

 

Mais ces vers particulièrement m’évoque les voyelles de l’alchimie du Verbe.

« I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
Dans la colère ou les ivresses pénitentes ;

U, cycles, vibrements divins des mers virides,
Paix des pâtis semés d’animaux, paix des rides
Que l’alchimie imprime aux grands fronts studieux
. 

…/O l’Oméga, rayon violet de Ses Yeux !»

 

Rayon violet de Ses Yeux le violet (rouge et bleu) est la couleur de haute fréquence spirituelle. C’est comme la gnose humilité et passage/ destruction du monde car 4000 angstrom est à peu près la limite entre le violet visible et l’ultraviolet invisible.

Il y a beaucoup de violet dans la dernière vignette de Slendor Solis.

Au Moyen Âge, la couleur violette dans les vitraux était obtenue grâce à la pyrolusite.

Verre violet rare et subniger plus que nuance entre rouge et bleu.

Pour toi et par toi, que reste il de la division Anumus Anima ?

 

L’épervier d’ailleurs a son épervière, ou l’épervier était une épervière, c’est à la page qui fait face à la dernière planche de Slendor Solis.

« Tu peux t’enfuir sorcière découronnée épervière somptueuse aux gorges des cantiques, couvertes d’ailes mercenaires aux chevaux du soleil ! Tu peux t’enfuir éclatante fée des marelles. Louange à ta bouche bleue aux bacarrolles de ta chevelure d’ondine rêveuse, louange an sang vif de tes jambes, louange à tes prunelles de neige…

Drapé d’un jour lointain, le dernier jour vers toi foudroyé m’est un signe de gloire ancienne.

Mais comment savoir Jadis brisé en la seconde lumineuse ?

Le jour y projette la rencontre du sujet et de l’objet. »

 

Avec ce dernier vers je me suis cru dans un poème inspiré du Swami Isa.


De Margelle à Marelle
La triple fonction de la raison réaliste dans la recherche de Dieu
Eugène Onéguine, tueur de poètes