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De Margelle à Marelle

De Margelle à Marelle

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Marelle est le titre d’un conte fantastique de Luc-Olivier d’Algange ! La promesse est donc énorme et le vertige immédiat. Sans doute le moment était-il venu pour l’ange de la littérature de nous faire pénétrer ses rêves, de nous emmener sans retour possible à sa suite. Avec sa poésie énigmatique, il nous fait partager sa passion pour le déchiffrement. « N’est-il point dit que toutes les épiphanies du monde sont contenues dans une seule goutte d’eau ? »

Au début, on croit s’être trompé de livre car le mot qui l’obsède a une lettre de trop, il s’agit de MARGELLE. Ce mot est entendu en dedans du narrateur. De quel appel peut-il s’agir ? Et puisque c’est insistant, cela ne peut être qu’une question de vie ou de mort. Un voyage en taxi commence. Où va-t-on ? Qui conduit ? Tout à l’air évident, sauf pour le narrateur, sauf pour le lecteur. Néanmoins aller de l’avant, néanmoins se soumettre à l’exil et s’aventurer dans les marges extrêmes de l’improbable. La quête est toujours celle du lieu et ce dernier échappe à la fois à l’espace et au temps. Le narrateur se pose bien des questions et pourtant se laisse guider dans une sorte de fidélité et avec curiosité. Nous sommes sans doute dans un rêve, je ne vois que ça. Cette succession d’images sans liens de causalité en est la preuve. Il faut encore avoir recours au poème pour tisser des liens entre elles.

Et quand il arrive quelque part, c’est avec l’impression d’y être revenu. « La certitude fulgurante me traversa que jamais je n’avais quitté cet hôtel ». L’exil est éternel retour. Il ne s’agit donc pas de partir mais de revenir. Le narrateur se prend la tête en pérégrination, il est dans un enchevêtrement d’hypothèses comme s’il était dans l’« Expiation d’une faute ancienne, mais de cette faute il ne restait que la honte. » État d’âme qui amène ses yeux à se poser sur le mot CIEL écrit à terre. Voilà donc la MARELLE. Exit la lettre de trop du début. « Cette Marelle était une cathédrale et cette cathédrale, un univers. » Il conviendrait, à cloche-pied, en jouant, de passer du narthex au déambulatoire en passant par la croisée des transepts, de la Terre jusqu’au Ciel en passant par la croix du Christ.

Il faut aller plus loin, creuser en soi, faire de soi une carrière. « Je cherche ta légende dans les puits du monde, dans toutes les nuits de l’homme. » Tout réécrire pour encore et toujours transcender la mort en transfigurant un texte, le configurer à la lumière, comme par magie. C’est en s’épaississant que le mystère se rapproche de nous, jusqu’à nous toucher, jusqu’à nous confondre. Nous ne pouvons pas vivre sans jamais retrouver notre musique natale. Il faut décrire pour déchiffrer, il faut poétiser pour trouver un raccourci dans le labyrinthe qu’est ce texte. « Scindée en l’impitoyable songe des labyrinthes, ta nuit natale demeure, coiffée de miroirs, de rires, dans la commanderie des miroirs. »

Soyez-en certains, cela vaut le coup de se perdre dans ce petit conte fantastique. Nous ne sommes pas une grande perte au regard des images démultipliées qui nous sont offertes pour convertir notre regard.

 

Marelle, conte fantastique de Luc-Olivier d’Algange, éditions Alcor


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