Découvrez la collection Mauvaise Nouvelle, aux Éditions Nouvelle Marge.


Les promesses suicidaires des transhumanistes

Les promesses suicidaires des transhumanistes

Par  

Jacques Testart, biologiste et père scientifique du premier bébé-éprouvette français né en 1982, et Agnès Rousseaux, journaliste, ont publié Au péril de l’humain, sous-titré Les promesses suicidaires des transhumanistes. Difficile de faire plus explicite. On imagine ainsi toute la puissance de l’intention de Testart qui a connu son chemin de Damas, fait sienne la profession de foi du repenti qui se détourne de ses anciens maîtres : la Technique et la Science.

« Vous rêvez de devenir Spiderman ou un mutant immortel génétiquement amélioré ? Cela ne va pas être possible tout de suite. Mais des prothèses et des organes artificiels à la demande, c’est probablement pour bientôt, tout comme des interfaces homme-machine pour booster nos capacités intellectuelles, des molécules pour accroître notre durée de vie, ou la sélection génétique des embryons pour ne choisir que les « meilleurs » » Une chose est sûre, affirment les techno-prophètes, l’homme qui vivra mille ans est déjà né.

Sur pléthore de sujets, la réponse est contenue dans l’interrogation, alors questionnons-nous pour imaginer ce que sera notre futur immergé dans le technicisme : « Ces innovations, ces hybridations seront-elles réservées aux malades et personnes en souffrance, ou accessibles à chacun ? Seront-elles choisies ou subies ? Seront-elles rendues nécessaires par la pression sociale et la compétition exacerbée entre des travailleurs devant fournir toujours plus ? Verrons-nous demain une humanité à deux vitesses, tiraillée entre humains « bio » et des humains hybrides et connectés, nouvelle ligne de fracture de nos sociétés ? Comment ces évolutions vont-elles renforcer les inégalités entre les humains « augmentés » et les autres, toujours vulnérables, moins puissants, plus mortels ? » Il y a un « vrai délire qui vient » pour reprendre le mot de Jacques Testart, un temps post-humain, celui de la fusion avec la machine. Le « point de singularité » porte le nom du think tank transhumaniste, l’Université de la Singularité, située dans la Silicon Valley. Cette institution est financée par les géants de la Tech que sont Google, IBM, Microsoft, Nokia, Samsung, Boeing, son objectif est de vaincre la mort avec une étape décisive dans la quête de l’immortalité : l’atteinte, en 2050 vraisemblablement, du point de singularité, moment où l’Intelligence Artificielle égalera l’intelligence humaine. L’acmé de la technologie-reine et le mythe de Prométhée seront réunis dans les mains de l’homme. Ainsi, aux yeux des transhumanistes, « notre condition humaine, notre finitude, nos faiblesses, nos manques ne sont désormais qu’un problème pratique, en attente de résolution technique. » Il y a ici une vision globale du monde, un néo-messianisme qui, contrairement au premier, le christianisme, n’a pas de finalité humaniste. Il entend répondre à la soif de gloire de quelques génies associés à des intérêts économiques gigantesques. Même Gramsci pressentait les risques des mutations qui adviendraient un jour : « La superstition scientifique apporte avec elle des illusions si ridicules et des conceptions si infantiles que, par comparaison, même la superstition religieuse en sort anoblie ! ».

L’homme augmenté, l’human enhancement, objectif de ce néo-messianisme fou, est bien une réalité imminente. Les prothèses bioniques et organes de rechange sont les artefacts promis de la réparation mais surtout de l’augmentation. Car il s’agit in fine de s’arracher à la nature et de satisfaire l’hubris des sorciers savants mus par l’appât de la gloire et de l’argent. Notre auteur est donc catégorique : « Nous n’empêcherons pas l’avancée du transhumanisme sans abandonner le capitalisme et le consumérisme. »


L’exquise sensation du rejet
L’exquise sensation du rejet
Le dictionnaire du conservatisme
Le dictionnaire du conservatisme
Variations autour d’un arbre
Variations autour d’un arbre

Commentaires


Pseudo :
Mail :
Commentaire :