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Messe noire de monde dans la rue Morgue

Messe noire de monde dans la rue Morgue

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Si cela leur avait été donné, en ce dimanche 11 janvier 2015, Cabu et ses compagnons auraient-ils bêlé « Je suis Charlie » ? Auraient-ils acclamé les grands maîtres du mensonge et de la langue de bois, les usurpateurs mondialistes de la Parole ?

Ceux que l’on nomme « Charlie » ont été assassinés deux fois, ils sont les victimes d’un double crime. Les fondamentalistes islamistes n’avaient réussi qu’à tuer leur corps, puisque le peuple de France avait recueilli leur âme. Cet acte souverain, surgi du fond des âges, a été ignoré, bafoué par les vautours de la centralisation démocratique : après avoir sidéré la rue, ils ont capté télévisuellement leur âme. Ce double assassinat a été perpétré à la face d’un monde fasciné par une colossale mise en scène, une prodigieuse messe pour la masse. Bien sûr, Cabu et ses compagnons étaient athées et ne croyaient pas en l’âme. À leurs yeux d’« anars » matérialistes, seule la liberté existait, alors que la liberté incarnée se trouve dans l’âme humaine.

 « Aujourd’hui, dimanche 11 janvier 2015, Paris est la capitale du monde », a fanfaronné François Hollande. En effet, en ce dimanche hystérique, toutes les forces idéologiques de la mondialisation ont été concentrées en un même endroit du globe, pour une grande messe oculaire de la religion des droits de l’homme : « Paix mes brebis ! » Le spectacle concentré du monde s’est manifesté en ce point focal hypnagogique. La marche des esclaves cathodiques n’était qu’allégeance à la globalisation du marché.

Dans cette mascarade, on ne doit pas minimiser la question de l’exclusion du FN. On pourra toujours dire que ce n’est pas un parti républicain, mais personne ne peut nier que ce parti appartient au « système républicain » : ses élus qui siègent dans les plus grandes institutions de la République, même s’ils ne sont que des leurres, existent bel et bien. Que le système républicain les utilise comme des leurres, n’en fait certes pas de bons républicains, mais ils sont les garants « négatifs » des valeurs de cette République et absolument indispensables à sa « mise en spectacle ».

La mondialisation de la société entraîne le développement irrémédiable du centre au détriment de la périphérie. Où pouvait-on localiser la périphérie en ce dimanche 11 janvier 2015, sinon dans le leurre FN, rejeté dans quelque insignifiante province, inexistante en regard de la « capitale du monde » ?

Aucune impulsion sociale créative ne peut advenir si tout le monde consent au jeu servile de la centralité. La diabolisation de la force sociale de la périphérie rend le centre immuable. C’est le principe de tous les systèmes autoritaires. Le FN est le « mur de la honte » qui préserve les privilégiés du système des forces contestatrices de la périphérie.

Dans l’ordonnance du spectacle orchestré par le pouvoir, le FN est l’occupant topologique de la périphérie institutionnelle. La périphérie est constituée par toutes les personnes qui sont socialement rejetées, démunies et dépossédées de tous les pouvoirs annexés par le centre et ses multiples foyers territoriaux. L’occupation de cet espace et son obstruction par le FN interdisent toute possibilité d’émergence de réels « centres de libération » issus du peuple.

Sois Charlie et tais-toi

Sociologiquement, la périphérie est plus « profonde » que le centre car elle est le lieu du sans pouvoir, des « sans dents ». Le blocage et le détournement du flux vital de la périphérie fait du centre du pouvoir le lieu où règne la mort. Par conséquent, si l’on veut, du point de vue politique, libérer l’espace de la périphérie, il n’y a plus aujourd’hui qu’une seule alternative :

1)  Utiliser stratégiquement le leurre FN en votant massivement pour lui, de façon à le placer « réellement » au centre politique des institutions qui l’ont suscité. C’est le scénario de l’arroseur arrosé.

2)  Exiger des politiciens qui affirment que le FN n’est pas un parti républicain d’aller au bout de leur logique en demandant immédiatement la dissolution de ce parti.

Choisir la vie, c’est oser se confronter à cet inéluctable dilemme.


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