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Proudhon parle Gilet Jaune

Proudhon parle Gilet Jaune

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"Il faut avoir vécu dans cet isoloir qu’on appelle une Assemblée nationale, pour concevoir comment les hommes qui ignorent le plus complètement l’état d’un pays sont presque toujours ceux qui le représentent." Ainsi parlait - ou plutôt écrivait - Pierre-Joseph Proudhon. Son expérience de parlementaire lors de la IIème République l'aura davantage convaincu de la nécessité d'une démocratie directe que des vertus de la démocratie représentative.

Dans Les Confessions d'un révolutionnaire, Proudhon conclut son propos en égratignant tous les partis "socialistes […] n’osant saisir le pouvoir" ; "jacobins, démocrates-gouvernementalistes, [incapables d'] étudier un seul problème d’économie sociale" ; "parti absolutiste, […] dans les convulsions de son agonie sanglante et liberticide". Les "hommes de l'insipide juste-milieu" ne valent pas mieux à ses yeux. Si toutefois c'est l'un d'eux qui fut élu à la tête de l'Etat, ce n'est pas par conviction que les Français l'ont fait, affirme Proudhon, mais par dépit de la chose politique : "Louis Bonaparte a été prophète : La France m’a élu, dit-il, parce que je ne suis d’aucun parti ! Oui, la France l’a élu, parce qu’elle ne veut plus qu’on la gouverne."

Au-delà du parlementarisme, Proudhon critique le pouvoir centralisé dans son essence même, auquel il préfère les "fédérations ou fraternisations qui se formèrent spontanément" pendant la Révolution car "elles prouvaient que la souveraineté du Peuple n’est autre chose que l’harmonie des intérêts, résultant d’un libre contrat, et que la centralisation des pouvoirs, telle du moins qu’elle est entendue et pratiquée par nos hommes d’État, est l’aliénation même des libertés." Une situation qui n'est pas sans rappeler celle d'un autre temps, où le mépris du Peuple pour son élite politique n'est pas moindre… Certes les pages des livres de Proudhon ont peut-être jauni depuis qu'elles ont été écrites, mais cette teinte est à la mode. Loin d'aller contre l'esprit de démocratie directe et de reprise de la souveraineté par le Peuple, la langue de Proudhon est aujourd'hui parlée par les gilets jaunes comme la prose l'était par Monsieur Jourdain.


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