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MN revient en septembre, en attendant, fouillez dans nos 8 ans de textes


Quousque tandem

Quousque tandem

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On voudrait assurément qu'il y eût une limite à ce… à cette… mais quel nom donner au déferlement de fausse sollicitude, d'hypocrisie bâveuse et d'altruisme contristé auquel donne lieu et prétexte, depuis bientôt un an (hé oui), la dite épidémie de Corona virus – à cette avalanche de mesures et de recommandations plus débilisantes les unes que les autres à laquelle s'ajoute ce dégueuli sans fin de commentaires journalistiques assaisonné de considérations scientifico-statistiques suivant immanquablement chaque dénombrement de cas vivants testés, de  cas morts attestés, de cas morts-vivants en réanimation plus ou moins détestés ? On voudrait aussi, on voudrait surtout que ce ne fût que ridicule, si du moins le ridicule tuait. Mais hélas, non seulement le ridicule ne tue pas, mais on dirait qu'il fait vivre, qu'il donne à certaines espèces de nuisants particulièrement bien adaptés la capacité de s'accrocher désespérément à leur propre nullité pour en faire un moyen irrésistible de domination sur les autres, sur ceux qui, dans leur honnêteté fondamentale, préfèrent ne voir dans le grotesque ou le risible que des formes passagères d'un mal qui ne peut que passer et sur lequel il convient de ne pas arrêter trop longtemps son attention.

            D'où cette étrange patience qui nous fait endurer cette insupportable collique logorhétique de l'appareil d'Etat brusquement mué en gigantesque garde-malade de tout un peuple d'assistés mentaux à qui il faut quotidiennement administrer sa dose de champoing hydro-alcoolique afin de l'empêcher de s'infecter lui-même en se grattant la tête.

             Le ridicule, toutefois, n'est pas seul en cause. Noël approche, qui a beau n'être pas pour tout le monde le jour très saint où S'incarna (par une mise-bas qui honore infiniment Sa bonté) le Très-Haut – n'en est pas moins le moment où, nous sentant tous redevenus plus ou moins des enfants, nous accédons ensemble au sens véritable d'une vie qui est d'abord celui d'une communauté de destin et où l'extrême pauvreté que nous confère la nécessité de mourir nous fait entrevoir la beauté d'un Royaume auquel les riches et les puissants n'auront accès qu'à condition de se départir d'une morgue qui les fait irrésistiblement ressembler à leurs propres tombeaux. Comment supporterons-nous qu'à l'approche de cette fête (sacrée au moins pour ce qu'elle apporte de rêve à ceux qui s'y livrent en toute simplicité, les enfants), l'abus de pouvoir dont la raison sanitaire est le masque châssieux pousse les choses au point (abutere, Catilina) d'oser porter son regard de fouine sur nos tables de fêtes et nos assemblées ? Avons-nous mal entendu ou ces faces de carême ont-ils osé insinuer qu'un nombre maximum de personnes y seraient admises ? Avons-nous rêvé, ou ont-ils osé mesurer l'espace qui serait imparti à chaque chrétien autour de la table eucharistique? Six mètres carrés… quand chaque chrétien sait bien qu'il n'aurait pas assez de tout le parvis de Notre-Dame pour loger ceux qui, par leur absence à la table du Seigneur, font pleurer le pain que nous mangeons? Espérons qu'il s'agissait d'une de ces plaisanteries de carabin qui ne font rire que ceux qui les disent et qu'on n'excuse qu'en considération du dégoût que ces pauvres gens-là contractent pour eux-mêmes à force de fréquenter les salles de dissection. A moins qu'il y eût là un sens caché qui voulait signifier par ce chiffre mystérieux qu'un seuil est là qu'il faut franchir pour entrer dans un âge Nouveau ?

            Reprends ton bien, César, dont nous n'avons nul besoin, et laisse-nous rendre à un autre qu'à toi ce qui nous est plus précieux que le sang.

 

                                        Egletons, le 6 décembre 2020, en la fête de saint Nicolas.


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