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Et si Mauriac avait écrit des polars ?

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Plus je relis l'étonnant bonhomme Mauriac, sec en apparence et mince comme un fil de haricot, notamment ses romans à la fois étouffants ou étouffés et lumineux, plus je suis épaté et confirmé dans et par sa virtuosité. Plus je me dis aussi qu'il a, en partie, effleuré sans aller au bout d'un genre romanesque particulier et de belle vigueur (quid de Thérèse Desqueyroux, après tout ? C'est plus profond et différent, je crois). Oui, François Mauriac aura sans doute manqué à un genre qu'il ne détestait pas : le roman policier, sa finesse et son degré de capacités aiguisées pouvaient y faire merveilles, après tout, des romanciers catholiques aussi passionnants que Bernanos et Chesterton furent à son rendez-vous.

Mauriac a une force et un climat qui aurait offert un cycle policier de grand style et de vivacité poisseuse ou angoissée, ou fervente et étrange, qui aurait été une source passionnante à remonter, à suivre. Mais il aimait le roman policier en lecteur, lui, le temps des vacances ou dans l'espace d'une grippe ou d'une fièvre. Pourtant, l'ambiance de Genitrix, celle de tant d'autres de ses pages voilà qui aurait pu donner quelque puissance au genre en France. Quelque chose de racinien et de pascalien aussi dans le polar après tout, cela aurait-il été absurde ? Je crois bien que non… En plus, chez le Mauriac polémiste ou journaliste, il y avait le sens du fait-divers, du détail vrai, du souci qu'on trouve chez Claudel pour le Stendhal du Rouge et le Noir, assez de noirceur, assez d'humour froid ou glacé, assez de vivacité et de sens du coup de patte et de dent, assez de férocité encore, de mauvaise foi, de sens outragé ou scandalisé de la vérité, bref: tout un mélange noir et or, rouge sang et sombre, pour nourrir tout une vitalité policière ou d'intrigues dans une autre puissance romanesque que celle, déjà immense, qu'il sut offrir et donner. Le genre policier, incontestablement, y aurait encore gagné. Et en prime, discrètement ou pas, il me semble y avoir assez de sauvagerie de tigre à voix de verre pilé chez Mauriac pour créer quelques grands fauves criminels et chasseurs policiers. Un mélange de Vautrin et de Maigret à la sauce bordelaise, avec une pincée d'éloquence sacrée, pourquoi pas ? Pour un passionné du genre romanesque ou de la nouvelle de ton policier, il y aurait une piste à ouvrir et un style à retrouver en filant ou en filochant Mauriac, qui sait ? Un pari à tenter en tout cas… Après tout, on peut aussi se dire que, dans les oraisons funèbres de Bossuet, celle de Madame Henriette-Anne d'Angleterre, en particulier, il y a place pour une enquête sur de possibles poisons, n'est-ce pas ?

De là à faire de Bossuet un Sherlock Holmes de 1670, il y a un pas que je ne franchirai pas, mais quant à Mauriac, ou à son ton :"Why not ?"…

 


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