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Tragédie migratoire et chute des empires

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« Il nous faut vivre dans les deux cités qui sont tissées ensemble comme le ciel et le vent. » Ainsi parle la philosophe chrétienne Chantal Delsol dans son ouvrage La tragédie migratoire et la chute des empires. De quelles cités parle-t-on ? De la cité de Dieu et de la cité terrestre en référence aux écrits éponymes du Ve siècle de Saint-Augustin.

Alors que Rome se trouve assiégée par les Vandales et qu’une civilisation est sur le point de disparaître, l’évêque d’Hippone, pénétré de la grandeur de sa culture ne garde pas moins le cap de la continuité historique et de l’espérance qui le meut. Chantal Delsol affirme : « Dès lors, évènements, destinée des empires, succès et défaites du grand théâtre terrestre, perdent de leur importance. Sur le plan terrestre, seule compte la profondeur existentielle et spirituelle. Augustin se trouve dans cet état d’esprit. Il ne s’intéresse qu’au présent des êtres qui souffrent et espèrent, et à l’éternité. L’histoire advient pour ainsi dire sous cape, sans que la grande histoire, celles des épées et des royaumes, en ait le moins du monde connaissance. Il se produit comme un dédoublement. L’acteur chrétien du « temps qui reste », du temps messianique, intègre l’éternité à l’intérieur même du temps et s’applique déjà à vivre le surnaturel. »

Les similitudes, on le sait, entre la chute de l’empire romain d’Occident et la disparition probable de la civilisation occidentale d’aujourd’hui sont grandes. La référence à Saint-Augustin doit montrer que la fin des civilisations, par nature mortelles, n’exclut pas les motifs d’espoirs pour les pauvres hères que nous sommes plongés dans les affres de la tourmente destructrice. Même si « le désespoir saisit l’Occidental contemporain plongé dans un monde sans dieux ni Dieu », désarroi aggravé par sa totale responsabilité qu’il s’agisse de la bombe atomique qui le détruira peut-être ou de la crise climatique qui semble inéluctable, ou encore par le renversement des velléités universalistes qui l’animent, d’abord le christianisme qui héritait de Rome puis les Lumières qui héritaient du christianisme et maintenant le relativisme absolu d’une civilisation à bout de souffle prônant le gender, l’antispécisme, le wokisme, le transhumanisme, l’IA prométhéenne, le bon vieux cap augustinien enjoint malgré tout de garder une flamme au cœur et à l’âme.

Chantal Delsol explique que les pusillanimités de nos contemporains, et précisément des hommes politiques, n’invitent cependant pas à l’optimisme béat quant à un éventuel redressement moral des pays occidentaux.

Il est à ses yeux impossible de comprendre pourquoi la culture occidentale accepte passivement de se laisser remplacer par des cultures plus jeunes et plus conquérantes comme l’arabo-musulmane, au lieu d’essayer de maintenir les héritages millénaires : « Si l’on tient à défendre à la fois la politique et la morale, il faudrait accomplir un effort immense pour tenir tous les fils de cette situation tragique. Autrement dit, user à la fois de la plus grande lucidité (pour la politique) et de la plus grande solidarité (pour la morale). La lucidité : accepter d’expulser vraiment les clandestins qui n’ont rien à faire ici (tous les gouvernants le disent, aucun gouvernement ne le fait) ; passer par un contrat d’intégration (l’apprentissage de la langue, les mœurs) avec ceux qui désirent entrer, et le faire respecter réellement ; tenir un langage de vérité à propos de l’islam (on en est très loin). La solidarité : travailler de façon directe, humaine et solidaire (non pas en envoyant de l’argent « par hélicoptère » sur les banlieues) à l’accueil et à l’intégration. »

Vaste programme à l’allure de gageure. Sic transite gloria mundi…


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L’âme de Lord Arthur Balfour (2)