Brigitte Bardot : la trajectoire d’une étoile
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Brigitte Bardot : la trajectoire d’une étoile
À l’orée de sa quarantaine, Brigitte Bardot, « star à la française », quitte le regard des hommes pour celui des animaux, retrait de la vie publique dans une époque d’apocalypse médiatique où la création d’une « arche de Noé » devient l’urgence. Nous avons demandé à Anne Brassié, journaliste, son opinion sur cette étoile qu’elle a eut l’occasion de rencontrer à la faveur d’un salon du livre. Voici son témoignage vivant : « Paul Morand écrivait : la vie d’une jolie femme est semblable à la course d’un lièvre à travers champs. Ainsi en a-t-il été pour Brigitte Bardot ».
Brigitte Bardot était une chic fille, indubitablement. Je l’ai rencontrée dans son âge mûr, lors d’une remise de prix pour ses mémoires. Je me suis modestement présentée à elle en évoquant le quotidien où je travaillais. Elle m’a immédiatement répondu, avec son sourire si chaleureux :« Je lis ce journal et je vous lis », a-t-elle dit.
La chic fille était donc aussi un beau cerveau. Ce n’était pas une adorable idiote. Je n’ai pas aimé ses films, à part La Vérité. Je n’ai pas aimé ses chansons : elle n’avait pas de voix. Mais il m’arrive de chanter : Je ne crains personne en Harley Davidson !
J’ai aimé ses jupes Vichy, ses ballerines plates, sa manière de danser. Mais ce n’était pas une icône. Les Français ne connaissent plus leur langue : l’icône est une image sacrée dans la religion orthodoxe. C’est devenu un mot du langage informatique. Mais on ne peut oublier le sens premier.
Voulant fuir sa famille qui ne l’aimait pas — on lui préférait sa sœur, plus malléable sans doute —, on la punissait, on la frappait. Elle est devenue le sex-symbol d’une industrie du cinéma qui a vu en elle un joli morceau de viande à exposer. Tout le monde y a gagné beaucoup d’argent.
Mais les femmes de ce temps-là ont voulu l’imiter : elle est devenue le modèle des femmes libérées. On ne fait pas d’enfant, ou juste un ; on change de mec comme de téléphone. Cela aussi était voulu : elle a été instrumentalisée pour libérer les mœurs des années d’après-guerre.
Puis, un jour, elle a compris, et d’« objet » elle est devenue « sujet ». Elle s’est retirée, ne voulant plus être désirée mais aimée. Elle s’est remariée une dernière fois, a trouvé la paix et a consacré la seconde partie de sa vie à la défense des animaux. Refusant l’égorgement des animaux vivants dans les abattoirs selon la loi coranique, il s’en est suivi une prise de conscience politique qui lui a valu cinq procès et la haine de toute la gauche. Elle a tenu bon, et ses positions ont fait d’elle un compagnon de route du Front national, qu’elle a eu l’élégance de ne jamais renier. Ses propos sur notre civilisation bafouée ont touché le grand public. Mais elle a défendu les bébés phoques sans défendre les bébés humains ; elle s’est occupée de la mort des animaux, mais nos vieillards n’ont pas bénéficié de sa sollicitude.
Cette célébration de la nature et des animaux était — et est toujours — dans l’air du temps. Attali vient encore d’insister sur la nuisance des hommes. Ils oublient tous deux que Dieu a créé le monde et l’a donné aux hommes : « Faisons l’humanité à notre image, à notre ressemblance, afin qu’elle puisse régner sur les poissons dans la mer et les oiseaux dans le ciel, sur le bétail et tous les animaux sauvages, et sur toutes les créatures qui se déplacent le long du sol. »
J’aimerais qu’elle fût encore en vie pour lui parler de ce récit de la Création. Je lui aurais volontiers concédé que l’Homme a tendance à saccager aujourd’hui tout ce qu’il touche : les femmes, les enfants, les animaux, la terre elle-même. Il faut donc lui rappeler les paroles de son Créateur. Mais achevons ce portrait en disant : Dieu créa Brigitte, et Il vit que cela était bon…



