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Succession de Clovis : de l’unité à l’unité

Succession de Clovis : de l’unité à l’unité

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Partage du royaume de Clovis

A sa mort, Clovis laisse derrière lui quatre fils : Thierry, né d’un premier mariage avec une princesse rhénane ; ainsi que Clodomir, Childebert et Clotaire, nés de son union avec Clotilde.


Figure 1 - La descendance de Clovis

Ces derniers, conformément à la tradition, se partagent donc le royaume des Francs à la mort de leur père. Ainsi, en 511, le royaume de Clovis est divisé en quatre lots équivalents comprenant chacun un quart des vieux pays francs situés au nord de la Loire et un quart de la riche Aquitaine, par ce que cette dernière, annexée par Clovis à la fin de son règne est également plus difficile à gérer que les autres régions.

À l'aîné, Thierry Ier (511-vers 534), reviennent les terres situées dans le cœur historique du royaume des Francs à savoir, les territoires orientaux situés entre la Seine et la Thuringe ainsi que le Massif central et la frange est de l’Aquitaine. Le second, Clodomir (511-524), faisant d’Orléans sa capitale, reçoit les pays dont l'axe est marqué par la vallée de la Loire. Le troisième, Childebert Ier (511-558), s’installe à Paris et reçoit la Gaule du Nord-Ouest entre l'Armorique et la Somme ainsi que le Bordelais. Enfin, le quatrième, Clotaire Ier (511-561), hérite du vieux pays salien, berceau de la puissance mérovingienne, situé entre la Somme et la Meuse, avec Soissons comme capitale.

Ce partage brise les particularismes régionaux particulièrement vivaces en Aquitaine et en Provence notamment grâce au regroupement, au cœur du Bassin parisien, des capitales des quatre souverains : Reims, Orléans, Paris et Soissons, dont la relative proximité peut favoriser l'élaboration d'une politique commune malgré les conflits.

Restent en dehors du partage la Bretagne, qui, bien qu’ayant fait soumission à Clovis, reste indépendante ; le Languedoc, encore conservé par les Wisigoths d’Espagne ; la Provence, possédée par les Ostrogoths d’Italie ; et la Burgondie (l’actuelle Bourgogne).


Figure 2 - Le royaume Francs en 511

Première offensive en Burgondie et mort de Clodomir

Poursuivant l'œuvre de leur père, les quatre nouveaux rois mènent des opérations de conquête et se tournent en premier lieu vers la Burgondie.

En effet, suite à la mort en 516 de Gondebaud, roi de Burgondie, c’est son fils Sigismond qui monte sur le trône. Après une machination de sa nouvelle épouse, qui souhaitait écarter son beau-fils de la succession, il étrangle son unique fils, Ségéric, mais, pris de remords, il décide d’aller s’enfermer dans un monastère. En apprenant cela Clotilde, veuve de Clovis, invite ses fils à déclarer la guerre à la Burgondie, jugeant Sigismond indigne de régner notamment parce que cet épisode n’est pas sans lui rappeler le meurtre de ses parents et de ses frères par son oncle, Gondebaud, en 485.

En 523, une première expédition est donc organisée par Clodomir, Childebert et Clotaire. A noter que Thierry n’y participe pas, non seulement parce que ce dernier n’est pas le fils de Clotilde, mais également parce qu’il est marié à Suavegothe, une des filles de Sigismond. Les armées de Sigismond sont rapidement battues et, alors que les armées franques pénètrent en Burgondie, Sigismond est détrôné et livré à Clodomir (vraisemblablement par l’aristocratie burgonde, restée fidèle à l’arianisme). Sigismond, emmené à Orléans est exécuté au printemps 524 avec sa femme et ses deux fils, sur ordre de Clodomir.

En 524, Gondemar III, frère de Sigismond, monte sur le trône de Burgondie mais le début de son règne est mouvementé puisque Clodomir et ses frères veulent s'emparer de ce qu'il reste du Royaume burgonde c’est pourquoi, ils se remettent en campagne dès le printemps. Ils s'avancent sur Lyon, s'en empare sans combattre et cherchent à contacter l'armée ennemie qui se replie vers les Alpes. La jonction s’effectue aux environs du village actuel de Vézeronce (dans l’actuel département de l’Isère), vaste zone de plaine, où les deux armées s’affrontent le 25 juin 524. Lors de la bataille, les troupes franques du roi Clodomir prennent rapidement l'avantage et repoussent les troupes burgondes. Mais croyant rejoindre un parti de cavaliers francs, Clodomir se jette au milieu de guerriers adverses qui s'emparent de lui et le tuent. Décapité, sa tête est fichée bien haut sur une pique et présentée en trophée sanglant aux guerriers francs qui déposent les armes. Cependant, les écrits diffèrent sur l'issue de la bataille car, si l'on en croit Grégoire de Tours, les Francs, voyant leur chef décapité auraient eu un regain d'énergie et remporté la bataille ; or, Agathias, historien de l’empereur byzantin de Constantinople, attribue la victoire aux Burgondes car, les Francs, déconcertés par la mort de leur roi, auraient été contraints de quitter la région ; enfin, Marius, évêque d'Avenches, ne fait que signaler la bataille et la mort du roi. Quoi qu’il en soit, cette deuxième expédition s’est soldée par un échec pour les Francs car Gondemar reste sur le trône à la tête d’un royaume intact.

Au lendemain de la mort de Clodomir, et pour la première fois depuis l’accession au trône des quatre frères, les ambitions des fils de Clovis à réunir les quatre couronnes se manifestent ouvertement. Or, conformément à la loi salique, le royaume de Clodomir devait être partagé entre ses trois jeunes fils (Théodebald, Gunthar et Clodoald), ce qui ne plaisait guère à Childebert et Clotaire. C’est pourquoi, dissimulés derrière la nécessité d'assurer en commun l'héritage de Clovis, les deux rois assassinent leurs neveux de 7 et 11 ans, tandis que Clodoald (vers 522-vers 560), encore bébé, échappe au courroux de ses oncles qui, pour survivre, doit renoncer à la royauté et entrer en religion à l’âge adulte. Il s'établit à Novigentum, où il fonde le monastère auquel sera donné son nom : Saint-Cloud.


Figure 3 - Meurtre des fils de Clodomir

Suite au décès des fils de Clodomir, les oncles assassins se partagent le royaume de leur défunt frère. Ainsi, Childebert récupère une frange de territoires situés sur la rive nord de la Loire et notamment les villes de Chartres et Orléans (qui perd son rôle de capitale) ; Clotaire, quant à lui, agrandit ses possessions en Aquitaine en s’attribuant Tours et Poitiers. A noter que Thierry ne fut pas en reste, récupérant le Berry, qui lui permet d’obtenir une continuité territoriale dans ses Etats.

Grandeur et disparition de la lignée de Thierry

À l’occasion d’une guerre de succession entre frère, Thierry est appelé en Thuringe comme allié d’un des belligérants finalement victorieux. Celui-ci, Hermanfried, se hâte alors d’oublier qu’il avait promis la moitié de son royaume à Thierry en cas de succès. Thierry, appuyé par son frère Clotaire, lance alors une nouvelle offensive sur la Thuringe qu’il annexe rapidement.

Vers 530, Thierry procède à une expédition contre l’Auvergne qui s’était révoltée. La région est alors pillée par les troupes franques venues rétablir l’ordre. 

Après la disparition de Théodoric, roi des ostrogoths, en 526, la relative désorganisation de ses successeurs donne l’occasion aux Francs pénétrer en Burgondie. Thierry, Childebert et Clotaire s’emparent d’Autun puis déposent Gondemar en 533. La Burgondie est partagée entre les trois frères : Thierry récupère le nord ; Childebert, le centre et Clotaire, le sud.


Figure 4 - La Gaule vers 540

Thierry meurt en 534 et ne laisse qu’un fils, Thibert Ier ou Théodebert (né vers 504) qui, par conséquent est déjà un homme à la mort de son père. À cette occasion, Childebert Ier tente sans succès de s’emparer du royaume de son neveu. En 540, il s’associera à celui-ci pour essayer, toujours aussi vainement, d’éliminer Clotaire et récupérer ses terres.

Sur les Alamans, déjà battus en 496, Thibert conquiert la Rhétie en 534 ; puis il soumet les Bavarois, tout en leur laissant leurs ducs nationaux. Il descend ensuite vers l'Italie et, après avoir défait successivement les Goths et les Romains, s'empare de la Cisalpine, que lui cède Vitigès (roi des Ostrogoths de 536 à 540).

En 542, Thibert parvient à occuper le nord de l’Italie, violant l'accord avec les ostrogoths qui avaient cédé la Provence aux Francs quinze ans auparavant, en échange de leur neutralité. Il pille la plaine du Pô, mais le roi des Francs est cependant contraint de se retirer à cause d’une maladie qui frappe ses troupes. En effet, le bassin méditerranéen est alors frappé par la peste de Justinien, une épidémie venue d’Ethiopie qui s’est propagée en Italie, puis en Gaule et en Bretagne.

La même année, Clotaire et Childebert décident de s’attaquer aux Wisigoths, qui possèdent encore une partie du Languedoc. Cependant, si les Francs parviennent à s’emparer de Pampelune, ils échouent devant Saragosse. Theudis, le roi des Wisigoths, décide alors de contre-attaquer, poursuivant les Francs au-delà des Pyrénées.


Figure 5 - Le royaume des Francs en 548

En 548, Thibert chute de cheval au cours d’une chasse et meurt sur le coup. De son mariage avec Deoteria il ne laisse qu’un fils en bas-âge, Théodebald (né vers 534) qui lui succède. Piètre stratège, les troupes de Théodebald sont écrasées en 553 par les byzantins qui ont repris pied dans la péninsule italienne à la place des ostrogoths (qui quittent définitivement l'histoire) : les mérovingiens sont alors contraints d'abandonner les terres conquises en Italie. Théodebald meurt en 555, vraisemblablement à cause d’un handicap physique, sans laisser de descendant. 

Retour du Regnum francorum

A la mort de Théodebald, Clotaire s’empresse de se rendre à Metz pour s’emparer de l’héritage du défunt sans effectuer le partage voulu par la loi salique ce qui irrite naturellement son frère.

Contrairement à Thibert Ier et à son fils Théodebald, qui ont pratiqué une politique de rapprochement entre Romains et Francs à la suite de la révolte de l'Auvergne en 532, Clotaire Ier préfère surveiller la région par l'intermédiaire de son fils Chramne. Ce dernier, très ambitieux, et conscient de la situation tendue entre son père et son oncle, demande à Childebert de l’aider à s’attribuer la couronne d’Auvergne. Celui-ci, désirant se venger, accepte de s’allier à son neveu pour renverser Clotaire. Chramne réunit alors une armée et, épaulé par les comtes de Tours et de Poitiers, se rend à Limoges et proclame son autorité sur toute la région.

Clotaire, occupé à réduire un soulèvement des Saxons, ne peut intervenir personnellement. Il envoie donc ses fils Charibert et Gontran mener une armée à la rencontre de Chramne. Ils se rendent en Auvergne, puis à Limoges, et enfin le retrouve à Saint-Georges-Nigremont, dans le canton de Crocq (de l'actuel département de la Creuse). Alors que leurs armées se font face, les deux frères incitent Chramne à rendre les terres appartenant à leur père ; celui-ci refuse mais une tempête empêche la bataille.

Chramne monte alors un stratagème consistant à faire croire à ses frères que leur père a perdu la vie en combattant les Saxons. Charibert et Gontran se rendent aussitôt en Burgondie et la rumeur disant que Clotaire est mort en Saxe se répand dans toute la Gaule, y compris aux oreilles de Childebert. Dès lors, Chramne en profite pour étendre son influence jusqu’à Chalon-sur-Saône. Il assiège la ville, la conquiert, puis se rend à Dijon où il se voit refuser l'accès par le clergé qui refuse de livrer leur cité à un prince qui a trahi son père. Chramne n’insiste pas et prend le chemin de l’Armorique par la vallée de la Saône. Chramne rencontre une nouvelle fois Childebert à Paris qui lui confirme son soutien.


Figure 6 - Le royaume des Francs en 556 - 560

Mais le 23 décembre 558, Childebert meurt d’une longue maladie, ce qui permet à Clotaire de s’emparer de son royaume. Ce décès brise net la consolidation du royaume de Chramne. Dénué de soutien, ce dernier est contraint de se soumettre à l’autorité de son père qui, bien qu’accordant son pardon à son fils, le place tout de même sous surveillance.

Clotaire s’empresse alors de récupérer l’héritage frère mort sans héritier, devenant ainsi unique roi des Francs, près d’un demi-siècle après la mort de Clovis. Le « Regnum Francorum », territoire occupé par les mérovingiens, est alors à son apogée : il englobe toute la Gaule (à l'exception de la Septimanie) et une partie de l'Allemagne.


Figure 7 - Le royaume de Clotaire en 560

Clotaire ne survit pas longtemps à son frère puisqu’il décède en 561 après avoir été pris d’une violente fièvre alors qu’il chassait. Il est enterré dans la basilique Sainte Marie, à Soissons. A peine réunifié, le royaume mérovingien est à nouveau partagé car, comme son père, il laisse quatre fils. La situation de 511 se reproduit donc en 561.


Clovis, Roi des Francs
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La succession de Clotaire ou la faide royale
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