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Québec, les explorations françaises (1524 – 1597)

Québec, les explorations françaises (1524 – 1597)

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La fondation de la Nouvelle-France s'inscrit, au XVIème siècle, dans le vaste mouvement des grandes découvertes lancé par les grandes puissances de l'Occident chrétien (Angleterre, Espagne et Portugal), avec les voyages de Christophe Colomb en 1492, John Cabot en 1497, puis des frères Corte-Real en 1501. Pour autant, la France tarde à entrer dans la course à l’exploration du Nouveau Monde et ce retard s’explique par les prétentions d’hégémonie que les rois de France, Charles VIII, Louis XII et François Ier, ont successivement eues sur la Méditerranée, alors que les pays ibériques se tournent résolument vers l’Atlantique. Cependant, en 1522, François Ier s’interroge sur la validité de sa politique méditerranéenne quand le Portugais Fernand de Magellan prouve que la Terre est ronde c’est pourquoi, en 1524, la France organise sa première expédition officielle en Amérique du Nord.

Les expéditions de pêche

Toutefois, on peut faire débuter l'histoire de l'exploration française du Continent américain avant même la venue des premiers grands explorateurs. En effet, la présence de pêcheurs basques, bretons et normands, qui manifestent un grand intérêt pour les ressources poissonnières, est attestée dès la première décennie du XVIème siècle le long des côtes de Terre-Neuve qui regorgent de grands bancs de morue. Chaque année, un nombre croissant de bâtiments (une dizaine entre 1520 et 1530, une centaine au milieu du siècle) sont armés à destination de ces zones poissonneuses.

La première expédition française avérée date de 1508, date à laquelle le navigateur Thomas Aubert, embarque en qualité de capitaine pour la côte d'Amérique sur un vaisseau nommé La Pensée, probablement en compagnie de Giovanni da Verrazano. Au cours de cette expédition de pêche, il explore la région de Terre-Neuve et l'embouchure du Saint-Laurent où il capture sept autochtones de la tribu des Micmacs. Persuadé d’être le premier à avoir découvert un passage vers l’Asie, il rentre en France avec son « butin ». A son arrivée en 1509, il débarque en Normandie avec à son bord les sept Amérindiens qui, habillés de leurs vêtements traditionnels et transportant avec eux leurs armes et leurs canoës, suscitent un vif intérêt auprès de la population et de la part de l’Eglise. De ce voyage, Thomas Aubert rapportera que les régions explorées « pouvaient fournir de riches pelleteries (fourrures), que les mers voisines abondaient en morue et que la pêche de ce poisson serait un élément inépuisable de richesse par les bénéfices qu'elle procurerait. »

Dès lors, Louis XII puis François Ier commencent à mandater des navigateurs pour conquérir de nouveaux territoires. Ils envoient des colons vers le nouveau monde dans le but de faire de ces découvertes leur propriété légitime. En réalité, cette politique de colonisation est motivée plus pour des raisons économiques que de légitimation.

Le voyage de Verrazano (1524)

C’est donc en 1523 que le premier voyage officiel, commandité par des banquiers lyonnais et par François Ier, est organisé. Le roi missionne Jean de Verazzane (ou Giovanni da Verrazano, 1485-1528) pour explorer la zone comprise entre la Floride et Terre-Neuve, afin d'y découvrir un accès donnant sur l'océan Pacifique. Au mois de juin, il appareille de Dieppe puis fait route au sud vers le golfe de Gascogne. Il longe la côte nord de l'Espagne et met le cap sur Madère où il fait escale pour se ravitailler. Après avoir reporté son départ à deux reprises, le 17 janvier 1524, à bord de La Dauphine, il entreprend alors, à la tête d'un équipage d'une cinquantaine de marins, la traversée de l'Atlantique qu'il achève près de Cape Fear le 1er mars suivant.

Figure 1 - Voyage de Verrazzano en 1524

Après un bref mouillage, il longe la côte de ce qui est maintenant la Caroline du Nord en direction du nord et croit apercevoir l'océan Pacifique derrière une étroite bande de terre. Il ne s'agissait en réalité que du lagon de la baie de Pamlico, long de cent trente kilomètres et dont la largeur atteint par endroits 48 kilomètres, séparé de l'Atlantique par les Outer Banks, une barrière d'îles sablonneuses. Cette erreur conduit les dessinateurs de cartes, à commencer par Vesconte Maggiolo, en 1527, et le frère de Giovanni, Girolamo da Verrazzano, en 1529, à représenter l'Amérique du Nord quasiment coupée en deux parties reliées par un isthme. Cette interprétation erronée met un siècle à être corrigée. Poursuivant sa route vers le nord et l'est, il sonde continuellement chaque ouverture importante dans le littoral : la baie de Chesapeake, les embouchures des fleuves Delaware et Hudson…

Verrazzano découvre, le 17 avril 1524, la baie de New York, qu’il nomme « La Nouvelle-Angoulême » en hommage à François Ier comte d'Angoulême. Il poursuit en direction du Maine, longe le Cap Breton en Nouvelle-Écosse puis explore la côte de Terre-Neuve jusqu’au Labrador. Il attribue à ce territoire intérieur indéterminé le nom de Francesca, toujours en en l’honneur du roi de France et, en 1529, il inscrit sur la carte du monde dessinée par son frère la mention « Nova Gallia », c’est-à-dire la Nouvelle-Gaulle, revendiquant ainsi un empire continental pour la France.

Bien que son voyage soit un échec, car le passage tant convoité vers la mer de l'Ouest /de Chine n’a pas été découvert, Verrazano rentre non sans avoir été émerveillé par la beauté du paysage qu'il compare à une région de la Grèce qu'il connait probablement, l'Arcadie. Plus tard, on désigne sous le nom d'Acadie cette partie de la Nouvelle-France qui se trouve dans la Nouvelle-Écosse actuelle. De plus, ce voyage aura permis de préparer ceux de Jacques Cartier, dix ans plus tard.

Les voyages de Jacques Cartier (1534-1542)

La France, qui s’était laissé distancer par d’autres pays européens dans la course aux découvertes et jalouse des richesses que l'Espagne et le Portugal retirent de leurs colonies, entend bien combler son retard et, bien que le voyage de Verrazzano n’est pas eu l’issue escomptée, le mouvement est lancé. Les noms de « Mer de France », située au large du Golfe du Saint-Laurent, de Cap Breton et de Terre des Bretons, au sud du fleuve, apparaissent bientôt sur les cartes de l’époque.

En 1534, François 1er lance une nouvelle expédition et nomme le malouin Jacques Cartier (navigateur, explorateur français et écrivain par ses récits de voyage ; né en 1491 à Saint-Malo, il y meurt le 1er septembre 1557) à la tête de celle-ci afin de trouver « certaines îles et pays où l'on dit qu'il doit se trouver de grandes quantités d'or, d'épices ainsi que de soies » car, à cette époque, l’or, qui est la principale unité monétaire, se fait de plus en plus rare en Europe depuis que Constantinople est tombée aux mains des Ottomans, le 29 mai 1453. Ainsi la « Porte d'Or » passe aux mains des musulmans et le commerce de la soie et des épices se complique.

Lors de son premier voyage en 1534, et après seulement vingt jours de traversée (du 20 avril au 10 mai), Cartier atteint Terre-Neuve, avec ses deux navires et un équipage de 61 hommes. Il explore minutieusement le golfe du Saint-Laurent à partir du 10 juin mais il croit que le détroit qui sépare l'île d'Anticosti de la péninsule de Gaspésie est une baie. Il rate donc la découverte du fleuve Saint-Laurent. Le lundi 6 juillet, Jacques Cartier et son équipage entrent en contact avec les premiers Amérindiens de la Nation micmac, au large de la baie des Chaleurs. Les jours suivants, la confiance s'installe entre les marins et les autochtones, avec échanges de colifichets, couteaux, tissus… contre des peaux d'animaux. Le vendredi 24 juillet, il met pied à terre à Gaspé (habitée depuis des millénaires par les Amérindiens et les Inuits), où il plante une gigantesque croix, mesurant neuf mètres de haut, ornée de trois fleurs de lys et d'un écriteau portant l'inscription « Vive le roi de France », revendiquant ainsi la région pour le roi de France. « Après qu'elle fut élevée en l'air [lit-on dans le récit du premier voyage de Cartier], nous nous mîmes tous à genoux, les mains jointes, en adorant celle-ci. Les autochtones ne se rendent pas compte qu'ils viennent d'assister à une prise officielle de leur territoire au nom du roi de France. Ils ignorent que, pour les Européens, toute portion de terre qui n'appartient pas à un souverain chrétien peut devenir leur possession par ce simple geste. » La troupe des Français y rencontre des Iroquoiens du Saint-Laurent, venus pour la pêche, qui les accueillent sans grand plaisir. Le chef amérindien, Donnacona, après protestations, finit par permettre à Cartier d'amener deux de ses « fils » en France. La rentrée à Saint-Malo se fait le 5 septembre après une autre courte traversée de 21 jours.

Figure 2 - Arrivée de Cartier en Gaspésie

Figure 3 - Premier voyage de Jacques Cartier, 1534

Le deuxième voyage a lieu en 1535–1536 et débute le 19 mai. Cette expédition, pour laquelle quinze mois de vivre ont été prévus, compte trois navires, La Petite Hermine (60 tonneaux), L'Émérillon (40 tonneaux) et la nef qui transporte Cartier, la Grande Hermine (120 tonneaux). Une fois sur place, Cartier utilise les connaissances des deux « fils » du chef Donnacona, Taignoagny et Domagaya, qui parlent maintenant français, pour remonter le cours du Saint-Laurent (dont le nom provient du nom du saint fêté le 10 août, jour où Cartier fait relâche dans une petite baie). Cela lui permet de découvrir qu'il navigue sur un fleuve car l'eau devient douce. Par ailleurs, le 3 septembre il signale dans son journal de bord avoir aperçu des bélugas dans le fleuve. Il atteint l'île d'Orléans, le 7 septembre, située près de Stadaconé, où il retrouve Donnacona. Le chef essaie de dissuader les Français de remonter le fleuve car il veut s'assurer du monopole du commerce mais Cartier refuse et donne congé à ses « guides ». Il continue donc à remonter le fleuve sur l’Émérillon avec une partie des hommes, tandis que l’autre partie reste sur place pour construire un fortin, et préparer le premier hivernage connu de Français au Canada. Lorsqu’il arrive au lac Saint-Pierre, il lui est impossible de continuer avec l’Émérillon car le tirant d'eau est trop faible : il ancre donc la nef et l'équipage poursuit en barques.

Le 2 octobre 1535, Jacques Cartier et ses compagnons arrivent dans la région du village iroquoien nommé Hochelaga. Après une marche d’environ 8 kms sur un chemin aménagé, ils aperçoivent une bourgade « palissadée de tronc d'arbres, sur une colline et entourée de terres cultivées, pleines de maïs » (dit « blé d'Inde » au Canada). Il nommera mont Royal, cette montagne de l'île et de la ville qui est aujourd'hui nommée Montréal. La bourgade, qui compte une cinquantaine de « maisons longues » communautaires, n'a dans son rempart circulaire qu'une seule porte d'entrée (sortie). Le chef du village affirme que l'on peut continuer à remonter le fleuve vers l'ouest durant trois lunes et, de la rivière des Outaouais, se diriger vers le nord et pénétrer dans un pays où l'on trouve de l'or (qui est l'actuelle grande région de l'Abitibi).

Figure 4 -Jacques Cartier visitant le village de Hochelaga

Figure 5 - Plan La Terra De Hochelaga Nella Nova Francia, avec à gauche, le Monte Real

Après cette visite d'un jour, les Français rebroussent chemin et retournent à Stadaconé afin d'hiverner au mouillage, à côté du fort Sainte-Croix, sur la rivière du même nom (aujourd’hui appelée rivière Saint-Charles, à Québec). Le premier hiver est désastreux car le scorbut (une maladie causée par une alimentation déficiente en vitamine C) frappe, et beaucoup de membres de l'équipage en meurent avant que Cartier ne se résolve à accepter le secours des Amérindiens qui se soignent de cette maladie grâce à des infusions riches en vitamine C, à base d'écorce de cèdre blanc. Les rapports avec les Iroquoiens du Saint-Laurent sont bons, malgré quelques disputes sans gravité, qui ne dégénèrent jamais en violence. Cartier découvre cependant les premiers scalps dans la maison de Donnacona et il goûte aussi le tabac, qu'il n'apprécie guère.

En avril 1536, profitant du dégel, Cartier met le cap sur la France, abandonnant La Petite Hermine, « faute d’un équipage assez nombreux » (25 des 110 équipiers sont décédés du scorbut) avec à son bord, Donnacona (qui mourra trois ans plus tard sans avoir revu son pays), emmené de force avec ses deux « fils » et sept autres Iroquoiens, pour les présenter à François Ier. Au cours de son voyage de retour, Jacques Cartier contourne Terre-Neuve, prouvant ainsi qu’il s’agit d’une île et, après un passage par Saint-Pierre-et-Miquelon, il arrive à Saint-Malo en juillet, en croyant avoir exploré une partie de la côte orientale de l'Asie.

Figure 6 - Second voyage de Jacques Cartier

Le roi de France, alléché par les récits du chef indien qui, comprenant bien ce que cherchent les Français leur fait la description de ce qu’ils veulent entendre en leur parlant des richesses du royaume de Saguenay, engage Jacques Cartier à entreprendre un troisième voyage, dans le but de rapporter de l’or, des pierres précieuses et des épices, mais aussi pour implanter une colonie et propager le catholicisme. L'organisation de l'expédition est confiée à un seigneur de la cour, Jean-François de La Rocque de Roberval (1500-1560), natif de Carcassonne, nommé lieutenant-général de la Nouvelle-France et Jacques Cartier, qui n’appartient pas à la cour, ne sera, cette fois, que le second de Roberval. On prépare l'expédition, arme cinq navires, embarque du bétail, libère des prisonniers pour en faire des colons mais Roberval prend du retard dans l'organisation et Cartier, qui ne goûte probablement pas le rôle de second qu’on lui impose, s'impatiente puis décide de s'engager sur l'océan sans l'attendre. Après une traversée difficile, il arrive sur le site de Stacadoné en août 1541. Après trois ans d’absence, les retrouvailles sont plutôt chaleureuses avec les autochtones, malgré l'annonce du décès de Donnacona mais, les rapports se dégradent rapidement par conséquent, Cartier décide d’aller s'installer ailleurs. Il fait édifier, au confluent du Saint-Laurent et la rivière du Cap-Rouge, le premier établissement français en sol américain qu'il nomme Charlesbourg-Royal. Bientôt, l'hiver arrive et Roberval, avec le reste de l'expédition, est toujours invisible. En attendant, Cartier négocie avec les Iroquoiens du Saint-Laurent « l'or et les diamants », qu'ils disent avoir ramassés près du camp. En 1542, alors qu’il est toujours sans nouvelles de Roberval, Cartier décide de lever le camp. En chemin, il croise Roberval à Terre-Neuve, qui arrive enfin pour prendre le commandement de la colonie et qui lui ordonne de retourner dans le Saint-Laurent mais Cartier refuse et met le cap vers la France. Arrivé en France, une amère déception l'attend car son or n'est que de la pyrite de fer, communément appelé l'or des fous, tandis que ses diamants se révèlent être des cristaux de quartz. Le Canada devient, en France, synonyme de sottise et une maxime se met bien vite à circuler : « faux comme un diamant du Canada ». Quant à Roberval, il arrive à Charlesbourg-Royal l’année suivante, qu'il renomme France-Roy. Il explore le Saguenay à la recherche du merveilleux royaume décrit par Donnacona et ses « fils » à François Ier. Il espère également découvrir un passage vers le nord-ouest jusqu’à la mer qui bagne les Indes mais cette exploration demeure vaine. Après avoir passé, lui aussi, un hiver bien pénible, puisque les nouveaux colons sont décimés par le scorbut, il rentre en France ruiné et la colonisation est temporairement abandonnée. Cette expérience est donc la première tentative d'implantation française dans la vallée du Saint-Laurent.

Par ailleurs, si Jacques Cartier n’est pas, au sens strict du terme, le découvreur du Canada actuel puisqu'il n'a pas parcouru le Nouveau-Brunswick, ni la Nouvelle-Écosse, ni l'île du Prince-Édouard, il est le découvreur de la vallée du Saint-Laurent. C’est également lui qui donne le nom de Canada car, en entendant le mot iroquois kana-ta que les deux autochtones énoncent en revoyant leur village, Cartier croit que le terme désigne le pays tout entier.

L’abandon temporaire de l’exploration (1543-1597)

Après les trois voyages de Cartier, Francois Ier, déçu de n'avoir trouvé ni passage vers l'Asie, ni richesses, ni terres hospitalières, refuse d’investir davantage dans une aventure d'exploration et de colonisation incertaine et commande le retour en France de la colonie. De plus, la France, paralysée par les guerres de religion depuis l’affaire des Placards de 1534 (affiches contre la messe, collées par des protestants jusque dans les appartements du roi), a d’autres soucis que de coloniser l’Amérique du Nord. En suit donc une longue période de désintéressement de la part des autorités françaises et il faut attendre la toute fin du 16e siècle pour que renaisse un intérêt certain pour ces lointaines contrées nordiques. Mais, même si la France n'envoie plus d'explorateurs et de découvreurs, cela ne veut pas dire que les Français ne se rendent plus dans la région de Terre-Neuve et dans le golfe Saint-Laurent. En effet, les pêcheurs Bretons et Basques continuent de venir s'approvisionner en morues et en huile de baleine (qui sert à alimenter les lampes) car, à l'époque, le poisson est d'une grande importance pour les catholiques qui doivent vivre 150 jours par an dans l'abstinence et renoncer à toute autre chair que celle du poisson, sous peine de péché mortel. Comme les pêcheurs doivent passer un certain temps près de la côte Américaine, ils commencent à échanger leurs objets en métal contre les fourrures des autochtones. Peu à peu, ce commerce devient de plus en plus rentable et l'intérêt renaît pour cette « terre de Caïn ».  


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