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MN revient en septembre, en attendant, fouillez dans nos 8 ans de textes


La pampa secondaire

La pampa secondaire

Par  

LENTEURS

 

Elle travaillait à s’absenter

Et écrivait au féminin, avec la constance

Gracile

Des apprentissages précoces qui lambinent

Sa répétition avait la pugnacité des automates

Vélocité du langage dedans et lenteur du geste Pensées autos-tamponneuses

Électrons heurtant les arbres, arrachant une fêlure

Aux nuages

Partout sur la pampa des secondaires

Nef toutes voiles tendues sur un lac intérieur

– une nappe

Couvert de cris épais

 

 

« LES HIRONDELLES »

 

Sous un mouchoir de lait, une dent gratte le parquet Il fait doux, à midi, dans un ventre à l’arrêt

Les arbres s’effilochent dans un monde de refuges remués par les vents qui sèchent les cordes à linge

Celles, éphémères, du piano, tremblent, verticales, quand on est allongée, et tu entends le soir

Le grand cerf du sixième traversé d’une faille – paysan sans armoire, homme –

fleur à la rougeur d’étoile, quand il joue à deux mains, tu l’entends dans le noir

Il donne un nom à cette éternité – ma chambre Sur la terrasse, le blanc des voisines fait danser des pieds sombres

Sur le rouge frappant des pavés du septième, un carillon

– comme une anamorphose – s’incruste sur l’aquarelle générale

         Je fume toujours en apprenant – à huit heures – la          brusque chute des martinets

 

 

« LES ÉPARGES »

 

Ceux qui naissent sur un plateau ne savent pas les montagnes

Qui font rater l’horizon

Leur langue abrupte, l’épaisseur de leur mer

J’ai toujours aimé les forêts, la lande

Les rivières, leurs gravures, leur courage

Leur fétidité, leurs tourments, leur vase

La sagesse d’une aile qui pointe Les patios de Mançanne

sont recouverts de râles

L’amertume sert de décor aux pays évidés

Personne ne mange plus dehors

Qu’un toi et moi qui s’ignorent

Face au calvaire de pierre Sculpté par un ancien

Parfois, une pierre tombe

Sur une tête qui dort

 

 

LA VIE DEDANS

 

Une espèce de tristesse par terre près du lit, te regarde,

peindre les lignes sur du papier filigrané au pinceau à lavis – Une trame de tapis rampe en silence entre les lames

–           là gisent les monstres, forêts de noms qui grignotent les placards

dans le soir des recoins agités par le souffle dépenaillé d’une poule qui court, pieds écartés, ayant perdu la tête, elle s’arrête saignante 

–           seule à te voir seule dans le noir

 

 

DOIGT SUR LE BOIS

 

C’est une tristesse particulière

Qui apprend à marcher

Dans les nœuds des bois, du bout des doigts

Un horizon de laine

Que personne, jamais, n’a défriché

Le temps, parfois, comme un hoquet, a du mal à passer

Il s’étend maintenant – là, devant toi, coloré périphérique

La nuit

À l’intérieur du soi où poser Une tête rouge

Tout au bord de la langue Il servira plus tard, un vieux retard qui pend du lacet à un clou

Marianne se rattrape aux mots en homme ivre qui apprend à marcher

Elle est une hypothèse qui s’avance sur un fil

 

 

Extraits de La pampa secondaire de Gaëlle Fernandez Bravo, éditions Sans Escale

https://www.sansescale.com/a-acheter/la-pampa-seconde-de-galle-fernandez-bravo

 

Couverture : image de Myriam Mechita - les matins de braise - 55 x 70 cm. Serigraphie editee par tchikebe et artotheque intercommunale metropole


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