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Ardeurs de l’idéalisme

Ardeurs de l’idéalisme

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Ah, ces philosophes, ils chérissent les idées, nourrissent les concepts, distribuent les définitions, jouent de tautologies mais quand il s’agit de penser l’idéalisme confronté au réel, voilà qu’ils ont recours aux dieux, aux poètes et à l’être aimé. Et c’est heureux de réconcilier à leur suite les élans de la pensée avec les aspirations profondes de l’être, d’assumer toutes les contradictions de la pensée et de l’être, de revivre presque sans cesse les vertiges de toutes les utopies, le désir de toutes les fausses pistes. Ardeurs de l’idéalisme est un recueil de textes réunis sous la direction de François Danze et Guillaume Dreidemie. Ces textes sont les actes d’un séminaire de l’université Jean Moulin Lyon III sur l’idéalisme allemand, cherchant à penser cet idéalisme, confronté au réel à travers le prisme de la Philosophie. Quinze textes, treize auteurs, et une figure pivot : Hegel. Les textes sont réunis en cinq grandes parties.

Dans Logiques de l’absolu, nous nous approchons à tâtons de l’idée de Dieu. Encore faut-il le définir comme concept. Leibniz dénonce l’anthropomorphisme. L’absolutisme de Dieux antiques est, au passage, interrogé, « un soleil qui ne se confronte pas à l’ombre demeure dans une espèce de vanité suprême et d’abstraction infinie. » Notre raison ne peut jamais se satisfaire de l’écrasante irrationnalité, idéalement donc il faut comprendre que « La volonté et la puissance de Dieu ne sont pas absolues mais régulées par une sagesse. »

Dans Autour de la révolution, Rousseau prend toute sa place. Le désir de liberté est confronté au désir paradoxal de s’attacher à un être aimé. « L’amour vient simplement soutenir la capacité que chacun possède de se parfaire. » Au final, la liberté de l’être resterait irréductible, et au travers du contexte amoureux, nous comprenons que l’attachement nourrit une expansion de l’être.

Dans Modernité et Histoire, l’idéalisme est confronté au cours de l’Histoire, à son aboutissement. Hegel permet de saisir les oppositions entre le développement de l’Histoire et la rationalité. Nous croisons un dialogue entre Goethe et Schoppenhauer dans une réflexion entre l’abstraction et la matérialité des organes de perception. Dans cette partie du livre, la pensée s’aventure à « Dépasser l’opposition entre raison et sensibilité. »

Dans Mort de Dieu, dernier Dieu, nous nous régalons. Dieu est confronté à l’avancé du savoir, de la science. « Recourir à la puissance de Dieu pour expliquer les phénomènes, cela signifie recourir à l’asile de l’ignorance. » Dieu est un gros mot insuffisant à l’être doué de raison pour aspirer au-delà de lui-même. Et pourtant, si : « Dieu n’est pas tout puissant, il est ce qui rend la vie possible. » Et le climax de cet ouvrage semble être atteint autour de la réponse de Heidegger à la question de Nietzsche (« Wer kann uns noch retten ? ») : « Seul un Dieu peut encore nous sauver. » Il ne s’agit pas ici d’aller déterrer des anciens Dieux, mais d’être pleinement conscient de la nécessité pour l’homme d’être orienté pour devenir. « Nous venons trop tard pour les dieux et trop tôt pour l’être, l’homme est un poème que l’être a commencé. » Le dieu futur nous sauverait du nihilisme, son prophète ne peut être qu’un poète.

Dans Existence et émancipation, on croise Merleau-Ponty et Sophocle, et la dialectique hégelienne est reprise par Walter Benjamin. Si « chaque idée est image du monde », elle se doit d’assumer les contradictions, les contraires, de « cristalliser les contradictions, sans les résoudre ni les annuler, pour exalter des extrêmes. » Dans l’ordre du symbole, les contradictions se résolvent dans la prise de conscience de « comment la vie d’un individu tient dans une de ses œuvres, un de ses faits ; comment dans cette vie tient une époque entière ; et comment dans une époque tient l’ensemble de l’histoire humaine. »

Les textes d’Ardeurs de l’idéalisme nous font donc entrer dans une aventure de la pensée en orbite autour d’Hegel et nous maintiennent « en tension vers un idéal indéfiniment reporté. »


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