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Jean Biès, Le livre des jours

Jean Biès, Le livre des jours

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La vie est faite de rencontres, et le plus souvent de belles rencontres. Il y a quelques années, je suis tombé sur un article publié dans Sources, d'une grande clarté, d'une étonnante profondeur, d'une grande exigence, d'un auteur pour moi presque inconnu, Jean Biès. En même temps était annoncé la parution de son dernier livre « Orientations spirituelles pour un temps de crise », un livre qui m'avait profondément bouleversé.

Lorsque la parution de son journal spirituel recouvrant cinquante-sept années fut annoncé, je ne pouvais qu'être intéressé par celui-ci.
Admirable préface de François Chenet qui considère comme d'autres que « Jean Biès fut l'un des penseurs et essayistes les plus originaux de son temps, et l'un des meilleurs écrivains de la seconde moitié du siècle dernier et du début du présent siècle ».

Il note au fil des années ses rencontres avec des maîtres spirituels, des écrivains: Virgil Gheorghiu, Louis Pauwels, Armel Guerne (il «est anti-universitaire, anti-littéraire, anti-Église moderne»), Jean Phaure («Il hait toute la modernité, et en crève) Arnaud Desjardins, Frithjof Schuon, Jacques Brosse, Jean Hani, Alexandre Douguine, Christiane Singer,Gabriel Matzneff…

Ainsi la littérature tient une grande place dans sa vie mais il déplore que ce monde littéraire ne reconnaisse plus les talents : « Un chef-d’œuvre est une œuvre qui fait non l'unanimité de ses contemporains, mais celle des siècles. »
Ce journal s'adresse plutôt aux curieux en attente de découvertes.

De belles notes sur des écrivains méconnus mais non dénoués de talent

« Ces hommes des cimes, dont on fait des auteurs semi-clandestins. Le degré de silence et d’indifférence des lettrés eux-mêmes à leur égard prouve à quel point l'obscuration de l'intelligence et la lâcheté intellectuelle sont plus avancées qu'on croit.
Luc-Olivier d'Algange fait partie de ces écrivains ignorés parce que non rentables. Discret comme caché, il dispense sur un rythme régulier, dans quelques revues choisies, des pages pleines de pertinence sur la poésie et l'art sacré. Il concilie la profondeur, l'orthodoxie doctrinale et le souci du style - ce qui est ma tentative. »

Et celle-ci daté du 20 octobre 1992

« Henry Montaigu est mort. Il n'a pu supporter plus longtemps la machine qui le broyait, la pauvreté qui l'étreignait, la solitude morale et intellectuelle dans laquelle il vivait. Il m'était apparu comme le douloureux frère de tous les exclus, qui se refusent à tout compromis avec la société qu'ils condamnent. Elle le lui a fait payer en le tuant à l'âge de Nerval. Ses écrits, dont l'admirable Cavalier bleu, ne devaient pas être lus par plus de cent personnes. »

Sur la poésie « la part spirituelle de l'écriture (…) si peu lue aujourd'hui, c'est , entre autres raisons, parce que les esprits sont imprégnés de cette prose disloquée, incohérente et plate, que la lecture quotidienne des journaux leur a inculquée, et dont ils sont imprégnés. »

Ce livre est un journal spirituel, nous suivons donc l'évolution spirituelle de Jean Biès, son choix de l'orthodoxie. « Parce que je suis occidental, je reste dans le christianisme; parce que je suis oriental, je dis oui à l'orthodoxie, et parce que je suis homme du XXème siècle, je m'ouvre à la catholicité des différentes spiritualités. »

René Guénon l'a « fait sortir de la nuit où baigne l'adolescence quand ne la gouverne aucune structure rituelle , aucune référence initiatique.

Guénon apporte de l'eau à notre moulin, du feu à notre lampe, de l'air à nos poumons; mais il apporte aussi de la terre à notre tombe si nous ne veillons à compléter son œuvre théorique par une pratique personnelle. »

Il reproche au catholicisme de vouloir rentrer dans la modernité et narre cette anecdote à l'occasion de la préparation de l'enterrement de son père avec le curé, « Comme je lui disais la tolérance dont mon père avait toujours fait preuve, il s'exclama : "On pourrait parler des Droits de l'homme !" Je lui fis comprendre que nous attendions autre chose de sa bouche d'or. J'ai finalement rédigé moi-même et donné à lire au prêtre l'éloge funèbre de mon père. »

Sur les fausses élites: « La fausse élite des sportifs, des chanteurs – nouveaux riches – issus de mafia de toutes sortes, achetés, échangés, revendus, personnages décorés par les gouvernements, et qui n'ont que mépris pour le reste du genre humain » il écrivait cela en 1976, depuis cela s'est plutôt empiré.

Sur Pauwels : je pense avec lui, à la suite de Wells, que « la prochaine lutte des classes se fera moins contre les riches que contre les intelligents. » Là aussi c'était en 1976 depuis avec l'enseignement de l'ignorance pour reprendre un titre de Michéa, cela est devenu de plus en plus flagrant et d'ailleurs Jean Biès confirmait que le niveau baissait et qu'on «aura bientôt affaire à des illettrés. Toute la littérature ne sera bientôt plus que du journalisme, avant de mourir par impuissance, reniements successifs, barrage à tout talent.»
Petite anecdote François Bayrou fut son élève et ensuite son collègue de travail, il avait l'air de l’apprécier. (« intelligence précoce (…) doué sur le plan littéraire et politique »)

Ce que l'on peut reprocher à ce genre littéraire, c'est l'absence d'index. Les dernières années concernant la maladie de sa femme sont des passages que l'on a plutôt envie d'abandonner, cela contraste trop avec le reste de son journal.

À propos de l'affaire Rushdie qui est encore plus d'actualité avec l'attentat contre Charlie-Hebdo : « S'il faut dire oui à la liberté d'expression, l'on ne peut dire oui au blasphème qui heurte dans leur foi l'ensemble des croyants. »

Jean Biès, Le livre des jours, Éditeur : Hozhoni, 2014


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