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Tour du vieux monde d'un anarchiste espérantiste

Tour du vieux monde d'un anarchiste espérantiste

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Tour du vieux monde d'un anarchiste espérantiste
1928-1938 Gassy Marin

C'est le journal d'un belge Gassy Marin, un partisan et propagateur de l'espéranto et aussi un pionnier des communautés anarchistes comme celle de Stockel-bois. Ainsi pendant dix ans il a sillonné l'Afrique, l'Europe et surtout l'Asie. Dans la préface on se demande tout de même comment il a pu financer ce voyage car il loge dans des hôtels, se déplace en train.

Peu d'impressions personnels, cela ressemble presque à un journal touristique, peut-être le défaut de ce livre, mais l'intérêt de ce journal, c'est que Gassy Marin a assisté aux événements les plus riches des années de ce début du 20éme siècle : couronnement de l'empereur Haïle Sélassie, l'avènement de Hitler en Allemagne, la grande révolte arabe en Palestine, l'URSS de Staline. On y apprend aussi à la date du 16 juillet 1935 qu'à Pékin « les remparts ont été attaqués pendant la nuit par des troupe armées (…) il y eu paraît-il des centaines de morts de part et d'autre. » Assez étonnant cela n'a pas l'air de l'affoler.

Ce qui me semble inconcevable aujourd'hui, c'est de pouvoir voyager en toute tranquillité, ainsi en Éthiopie il se déplace accompagné d'ânes chargés de ses provisions contenant entre autres 10 kg d'argent.

Quelques observations sur les habitants des pays visités, toujours valables de nos jours, il me semble.

« Tandis que l'Européen passe sa vie à se tracasser pour le passé et l'avenir, et à critiquer ses semblables, l'Africain vit heureux dans le présent. »

« Les Khmers ne sont pas un peuple entreprenant (…)C'est un peuple qui préfère travailler et obéir plutôt que de prendre de l'initiative. Il est timide, poli, confiant, artiste, on ne peut s'empêcher de l'aimer. »

« Ce qui rend si agréable un séjour au Japon, ce sont surtout les qualités de ses habitants, propres, artistes, honnêtes, toujours de bonne humeur qui partagent leur douceur de caractère avec les autres peuples d'Extrême-Orient. »

« De même que la religion pénètre toutes les manifestations de la vie sociale et privée de l'Arabe, l'esthétique entre dans tous les domaines de la vie japonaise. »

Bien qu'anarchiste il s’intéresse beaucoup aux phénomènes religieux et rencontre donc des responsables religieux en Inde, Vaswani que « beaucoup considèrent comme le troisième saint de l'Inde après Ghandi et Tragore » qui transmet un message impliquant le développement des forces corporelles, mentales et morales et aussi la liberté et visite de quelques sadhu comme Svani Kaivalyananda qui l'initie aux principes du védantisme « Dieu seul existe. Le monde est une illusion. L'âme est identique à Dieu. »

Les sites religieux le fascine comme le Temple doré, le « Vatican » des sikhs. Il en a l'air très impressionné : « un bijou architectural ».

 

Il se retrouve dans l'ancienne Cochinchine en 1935 et nous fait découvrir une religion que je ne connaissais pas : le caodaisme où Jeanne d'Arc et Victor Hugo figurent au nombre des saints. L'auteur est étonné d'y trouver « la militariste Jeanne d'Arc. » Je suis surpris de lire que « La diffusion de la nouvelle religion a eu pour résultat la fondation de nombreuses colonies communistes et végétarienne. »

Il a rencontré les Chams et a constaté que « Aujourd'hui, ce peuple est en voie de rapide disparition. " Les Cham "ont conservé la culture de l'Inde, d'autres pratiquent une sorte d'islamisme »

Au Japon il va visiter le siège d'une nouvelle religion : oomoto ainsi que la demeure du maître Onisaburoo Deguchi, « fondateur aussi d'un groupe espérantiste et de la Ligue des religions, à laquelle sont affiliés l'Association du svastika rouge de Chine, la Fraternité blanche de Bulgarie, le drapeau blanc d’Allemagne. » Ces noms étranges me font toujours rire.

Par contre, à Moscou, en 1936, il visite le musée anti-religieux établi dans une ancienne église. Il a l'air d'être enthousiasmé par ce pays et « ce peuple qui a su vaincre les plus effroyables obstacles avec le monde entier contre lui. »

Il est déçu par la Palestine où il constate que « Nulle part, je n'ai vu l'Orient et l'Occident se toucher de plus près sans se mêler. » Le seul incident qu'il relate pendant ce périple est justement en Palestine où un arabe aurait été prêt à le tuer s'il avait été juif.

Quelques fois ces réflexions me semblent étonnantes, provenant d'un anarchiste, en contemplant le rivage septentrional du lac de Tibériade il note que « C'est elle que la tradition identifie, non sans vraisemblance, avec la montagne sur laquelle Jésus prononça son fameux sermon des Béatitudes. »

Il visite la kvoutsa (colonie communiste) de Degania, selon lui elle se rapproche plus des colonies communistes libertaires. « Mais celles-ci n'avait donné jusqu'ici que des résultats peu encourageants (…) afflux de parasites »

Naplouse pour son hôtelier « c'est le paradis de la Palestine (…) pas un seul juif » Le 2 avril 1937 il remarque que « sur beaucoup de maisons on trouve le svastika, l'emblème de Hitler. » A Naplouse en 1937 on y apprends qu'il ne restait plus que 230 Samaritains ; en consultant Wikipédia, j'ai appris qu'ils étaient 712 en 2007.

Lors de son retour en Europe en passant par Budva, il ne manque pas d'assister à un vestige de culte solaire.

En somme l'anarchiste Gassy Marin a bien perçu les limites de l'anarchisme et l'importance de la religion en parcourant le monde, et c'est ce qui rend, entre autres ce journal si intéressant.

Tour du vieux monde d'un anarchiste espérantiste 1928-1938 Gassy Marin, Éditions Artisans-Voyageurs


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