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Italie : Euro ou croissance, il faut choisir…

Italie : Euro ou croissance, il faut choisir…

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Contrairement à une croyance répandue, l'euro n'est pas une monnaie unique ; chacun des Etats constituant la zone euro continue de posséder la sienne[1]. Cependant, toutes ces devises portent le même nom et sont convertibles à un taux fixe de 1 pour 1.

Ce taux de change administré ne tient aucunement compte des déséquilibres commerciaux entre Etats membres. Il en résulte que l’économie allemande n’est pas récompensée de sa productivité en voyant sa monnaie s’apprécier. À l’inverse, un pays en difficulté ne voit pas ses exportations – et donc son activité – soutenue par un taux de change plus compétitif. N’offrant par essence aucune souplesse, ce système est en sursis comme un pont trop rigide qui menace de tomber à chaque tempête ; qu’un séisme survienne et sonnera le glas de cette monnaie dite unique.

Les déséquilibres commerciaux dans la zone euro ne sont cependant pas sans conséquence monétaire : chaque transaction transfrontalière entre banques commerciales est l’objet d’une contrepartie entre banques centrales. C’est-à-dire que, lorsqu'un armateur grec transfère sa fortune dans une banque Allemande ou quand un Italien importe une berline bavaroise, le bilan de la Bundesbank voit son bilan s'accroître de dettes auprès des banques centrales respectivement grecques et italienne.

Malheureusement, ce système d’échange de dettes entre banques centrales ne permet nullement de lutter contre les déséquilibres : en effet les pays du Sud voit croître sans cesse la dette de leurs banques centrales auprès leur homologue allemande. Les montants de ces dettes ont d’abord crû à la faveur de chocs importants : la crise des subprimes, la faillite de Lehman Brother puis les tensions sur la dette grecque. Depuis, la divergence est devenue tendancielle, rien ne semble pouvoir l’arrêter et la Bundesbank continue de grossir comme une baudruche[2].

Les banques centrales portant seules les conséquences des disparités de productivité, les industries de toute l’Europe périclitent cependant que l’économie allemande se renforce à l’accès. Dans le sillage de ces délocalisations intra-européennes, les pays latins peinent à maintenir leur déficit à un niveau raisonnable pendant que Madame Merkel présente des comptes en excès.Le sergent-chef Moscovici et son capitaine soûlard pourront aboyer autant qu’il leur plaira contre l’Italie, son gouvernement n’est pas le responsable du déficit.

Si elle veut tenir ses promesses de croissance, la coalition au pouvoir en Italie ne pourra pas faire l'économie d'une sortie de la zone Euro. En a-t-elle cependant la conviction, l'assise nécessaire et la résolution ? Rien n'est moins sûr mais, qu'on se rassure, si la zone Euro ne se fissure pas cette fois-ci, ce n'est que partie remise.

 

Notes

[1] À ces monnaies nationales subsistantes s’en ajoutent deux autres pour constituer le périmètre de la zone euro : les espèces et la dette de la BCE.

[2] La situation est proche de celle qu’a connu la Banque Nationale de Suisse en 2015 lorsqu’elle a décidé d’abandonner le taux plancher de conversion entre le Franc Suisse et l’Euro. En effet, pour éviter une trop forte appréciation de sa monnaie, la banque centrale suisse rachetait massivement les dettes européennes jusqu’à ce que la trop forte croissance de son bilan la contraigne à mettre fin à cette convertibilité artificielle.


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