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MN prend la marge et revient en septembre


Nominé aux quenelles d’or… le Bitcoin

Nominé aux quenelles d’or… le Bitcoin

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Il s’est écoulé 5 années depuis la crise des subprimes. Rappelez-vous 2008, l’éclatement de la bulle financière. La titrisation à outrance avait balayé la vénérable institution Lehman Brothers. Le monde occidental se retrouvait au bord de la rupture. Simplifions, le système financier avait fait un collapsus. Nos banquiers centraux, en manipulateurs-docteurs en chef, ont sauvé in extremis les états d’une faillite mondiale. Quelques temps plus tard, l’onde de choc empruntait le bateau pour traverser l’Atlantique. L’Europe était atteinte en son cœur révélant des problèmes de solvabilité qui avaient fait douter jusqu’aux technocrates de la viabilité de l’Union Européenne et de l’euro. Ce fut le moment où nos hommes politiques souverainistes et une poignée d’économistes transgressifs ont relevé la tête pour proposer un retour au franc, à la lire et même au mark. Depuis, beaucoup d’encre a coulé, les financiers se sont fait peur : ils ont gagné de l’argent. Quant à madame Michu, elle s’est écrié : « eh ben oui ! C’est-y pas une bonne idée de revenir au vieux franc ?! ». La réponse européenne fut d’insuffler encore plus d’Europe donc plus de réglementations. Parallèlement et presque de manière invisible une autre réponse, celle-ci anarchique et mondiale, nous a été proposée : le Bitcoin.

Le Bitcoin expliqué aux nuls


Plutôt inconnu du grand public, le bitcoin s’avère être affaire de techno-banquier centralien. Que devons-nous réellement savoir ? Le bitcoin est une monnaie virtuelle créée en 2009 par un collectif anonyme au doux nom de dessin animé asiatique Satoshi Nakamoto. Comme son nom l’indique « bit-coin » repose sur la valorisation d’une unité de mesure informatique telle qu’à chaque heure une quantité fixée est créée. Son offre est donc dépendante d’un algorithme progressant au rythme de la puissance des machines mais dont le nombre maximum d’unités émises est connu à l’avance : 21 millions dixit son créateur. Autre spécificité, vous pouvez utiliser cette monnaie de manière totalement anonyme dans le monde entier sans frais de transaction via internet. Résumons, indépendante des états, anonyme, échangeable et dont l’offre est finie et connue. Que peut-on faire avec ce machin ? Tout d’abord, il faut changer vos euros en bitcoins via une place de marché virtuelle. Ensuite, muni de ces précieux sésames, vous pouvez les utiliser pour payer des pizzas, des armes ou des call-girls ou pour effectuer des achats sur l’un des 13.000 sites marchands mondiaux acceptant ce moyen de paiement. Une autre voie envisageable serait de l’épargner à l’exemple célèbre d’un Norvégien qui, ayant acheté 9.000 bitcoins en 2009 pour une bouchée de pain, a pu se loger 5 ans après dans un luxueux trois pièces à Oslo.

Le bitcoin, héritier de la crise


Depuis quelques temps, le bitcoin apparait à intervalle régulier dans la presse plutôt bobo dès lors qu’un événement mondial financier surgit. La première fois qu’on en a parlé fut lors de l’affaire des Wikileaks et de Julian Assange. Comme ce dernier était poursuivi par les gendarmes US, ses comptes bloqués, il avait demandé de recevoir des dons uniquement libellés en Bitcoins, anonymat assuré ! Autre période médiatique, celle de la crise chypriote. Alors que tous les comptes des Chypriotes étaient séquestrés, qu’une taxe exceptionnelle était prélevée sur les avoirs, il devenait tentant d’utiliser tous les moyens pour faire fuir son argent de ce pays. L’idée, transformer ses euros inutilisables en bitcoins. C’est moins lourd que les lingots d’or ! Bien évidemment, il y a aussi la face noire de cette monnaie, celle qui consiste à acheter des biens illicites via des sites internet peu recommandables. Mais là, les grandes oreilles de la NSA devraient pouvoir faire quelque chose ! Et après tout, on peut aussi en acheter avec des dollars ou des euros. Ainsi de sauts médiatiques en sauts médiatiques, cette monnaie virtuelle s’impose progressivement dans notre vie. Le vieux rêve des économistes libéraux se réalise enfin. Celui de la création de devises mondiales concurrentes et indépendantes du pouvoir régalien des états. Elles fluctueraient seulement selon l’offre et la demande sans intervention d’une quelconque banque centrale ce qui favoriserait l’harmonie des cycles économiques. En gros plus de récession. La monnaie deviendrait uniquement un simple bien d’échanges et non plus une idole. Ne serait-ce pas l’objectif du bitcoin ?

La contre-attaque des banques centrales


Signe d’une célébrité grandissante, les banques centrales commencent à s’agiter contre le bitcoin. La première à le faire fut la banque centrale européenne au moyen d’une étude extrêmement fouillée, datée d’octobre 2012. Dans sa conclusion, cette dernière explique que les monnaies virtuelles ne posent pas de problème de stabilité des prix mais qu’elles sont spéculatives. Elles peuvent à terme engendrer un risque de réputation aux banques centrales si ces dernières n’intervenaient pas pour protéger les consommateurs des risques encourus lors de l’utilisation de cette devise. Le rédacteur de cette note souligne aussi qu’en cas de succès, ces monnaies deviendraient un vrai challenge législatif pour les états. Le 19 août 2013, l’Allemagne décide d’accepter les règlements en bitcoin, de les déclarer afin de pouvoir prélever la TVA !! Pas folle Merkel ! Du côté français, seule la banque centrale française a réagi dans une note du 5 décembre 2013. Très claire, elle avoue son impuissance. Impossible d’interdire le bitcoin mais elle annonce qu’elle va encadrer sa convertibilité dans les devises nationales tout en prévenant les consommateurs de son caractère hautement volatil et spéculatif. Le même jour la banque centrale de la Chine Populaire, sur la même longueur d’onde, autorise son usage par les consommateurs mais précise qu’elle surveillera les transactions pour prévenir les risques de blanchiment d’argent. Ainsi, par leur intervention, les banques centrales amplifient le phénomène publicitaire dont a besoin cette monnaie pour se développer et montrent à quel point la modernité de cette innovation dépasse leur possibilité d’intervention. D’après Idriss Aberkan, normalien et ancien diplomé de l’Ehess : « le système est inviolable, sauf à résoudre l’équation jamais résolue P=NP, le graal des mathématiciens » ce qui confirme l’impossibilité d’une interdiction.

Quel avenir du Bitcoin ?


Prenons un peu de recul. Cette monnaie est jeune et soumise à une forte spéculation au gré de sa médiatisation. Toutefois dans sa conception, adossée à une unité de mesure physique informatique, elle ressemble davantage à une monnaie de réserve ou d’épargne comme l’or. Elle est cependant plus moderne et attire pour l’instant les geeks, quelques financiers et certains happy few. Sa création correspond à la fois à la crise mais aussi à l’envolé de l’e-commerce. L’absence de frais de transaction inquiète les banques commerciales par le manque à gagner et intéresse au plus haut point les commerçants. Alors il est envisageable qu’en plus de monnaie de réserve, elle devienne la première monnaie mondiale d’échange à ne pas être soumise aux aléas de la manipulation des banques centrales. Mais pour cela, il faudrait voir l’émergence d’autres devises virtuelles se faisant mutuellement concurrence afin d’éviter tout risque de bulle spéculative. En attendant ce moment, le Bitcoin semble bien placé pour recevoir la quenelle d’or chère à Dieudonné tant le bitcoin glisse un grand nombre de quenelles virtuelles à tous les caciques du système. Ainsi, après les veilleurs, après les bonnets rouges, payez en bitcoins pour marquer votre opposition à cet état qui n’en finit plus de nous prendre pour des pigeons. Ce serait une façon intelligente de faire la grève de l’impôt. Pour les plus fortunés, cela parait être actuellement le meilleur outil de défiscalisation ISF.

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