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Le Passeur de Miroir

Le Passeur de Miroir

Par  

De Henri d’Orléans

« Si on nous a, depuis notre naissance, rabâché qui nous étions, on n’a pourtant pas répondu à l’essentiel, car la réponse d’autrui est un leurre qui nous empêchera toujours d’apprendre à franchir le miroir. S’efforcer d’éclaircir le mystère peut exaspérer ton entourage chez qui la satisfaction obèse et impuissante du bien acquis par naissance – certains diront par droit divin – pourrait être remise en question. »

C’est par ces mots que le Prince Henri d’Orléans, s’adresse à son fils Jean dans son livre À mes fils, paru l’année du bicentenaire de la Révolution française, alors qu’il avait été dégradé cinq ans plus tôt au rang de comte de Mortain par son père Henri VI, suite à son divorce avec Marie-Thérèse de Wurtemberg. Éduqué sous l’impitoyable autorité de son père, l’auteur du Passeur de miroir poursuit :

« Petit, on me disait en effet que "noblesse oblige", mais jamais on ne m’a expliqué la signification de cette phrase. […] Si on nous avait expliqué la différence entre l’être et le paraître, mon père, absorbé par sa politique, nous laissait sans le savoir dans le désarroi et la solitude. » Enfin, « Traverser le miroir oblige finalement à casser cette image lisse de la bienfaisance que la bonne conscience morale du jour vous renvoie. »

Invitant le lecteur à transcender les carcans éducatifs stéréotypés imposés aux enfants, en particulier à ceux des familles royales, le Prince Henri d’Orléans, au travers de ce conte initiatique inspiré par les drames de son enfance et de notre société consumériste, considère que l'être humain s’est oublié et a perdu l’une de ses composantes essentielles : l'âme. Sans être réactionnaire, et écartant l’utopie de chercher à vouloir recréer un monde ancien et figé, il nous invite à prendre conscience de l’état de notre Terre-Mère et de nous-mêmes, de la nécessité de nous engager durablement pour la construction de l'avenir avec l’instauration d’une écologie "divine" respectant l'ordre de la nature. Et il y a urgence ! Par ailleurs, notre époque n’a eu de cesse d’étouffer la liberté sous un jargon aseptisé, assaisonné de sophismes fallacieux. Tout est à revoir.

Prônant la mise en place d’un mode d’éducation basé sur la connaissance du sacré… et du secret, des arcanes de son moi intérieur, en nous invitant à nous engager sur un chemin jalonné d’initiations, le discours est loin d’être lisse et politiquement correct. Il est parfois surréaliste, bien au-delà des jalons préétablis de la pensée unique et en réponse à un mode d’éducation erroné dont découle la cécité de notre regard et de notre vision du monde. Tout conte étant un "conte-nant" initiatique, ces pages, imprégnées de symboles et d’ésotérisme ont de quoi étonner, interpeler. Vers quelle autre vérité cachée le Prince veut-il nous conduire si ce n’est vers nous-mêmes ? Ses personnages, en premier lieu son héros, ce jeune prince Yguel en quête du sens caché des choses, n'ont visiblement aucun lien avec notre réalité quotidienne. Pourtant, de l'autre côté du miroir, au-delà des symboles, ils font résonner en nous un langage familier, nous montrent la voie sacrée pour que notre vie devienne une véritable symphonie ; chaque être humain étant une note dans la partition de l’univers, son rôle n’est-il pas d’apprendre à la jouer juste ? L'humanité n’est-elle pas invitée au travers de ces pages à accéder à cette harmonie cosmique, à cette musique divine qui se joue à travers nous ?

Héritier d’une longue lignée de souverains, le Prince Henri d’Orléans considère que le roi a pour mission de permettre à chacun d’atteindre sa verticalité et donc de l’aider à prendre conscience de sa responsabilité dans notre monde, quel que soit son niveau, et dans la mesure de ses talents. De même que Prouesse, Courtoise et Honneur sont les valeurs intemporelles de la chevalerie, Ecoute, Compassion et Justice sont les qualités essentielles d’un souverain grâces auxquelles chacun pourra trouver sa place. « Qui nous enseigne ces principes ? Personne, ou presque. Au cours de notre éducation, on nous assène des « permis/défendu » à tout va, sans rien nous dire de la responsabilité individuelle, ni de l’écoute des autres, du don d’amour qui nous est accordé pour toute création divine, qu’il s’agisse de la terre, des plantes, des animaux… ou de notre prochain. Rien ! » Ex nihilo nihil !

Dans un langage regorgeant de symboles, le Prince nous explique que l’homme est constitué des cinq vents de l’esprit universel auxquels s’ajoutent, entre autres, le contrôle et la circulation du souffle. Le prana est plus que le cycle de la respiration ; c'est l'énergie qui se manifeste dans l'univers et qui permet cette invisible communication, cet échange permanent entre l’homme et la Création d’où procède toute vie. Inspir, expir, flux, reflux, le rythme du monde est rythmé par ce hàm số, alpha et oméga de notre relation au divin.

À travers les prises de parole des différents personnages, le Prince dresse un constat douloureux sur le monde d’aujourd’hui, sans omettre de rappeler la richesse de l’homme s’il revient aux respect des règles fondamentales dont le Créateur en a fait le dépositaire. « L’être et les valeurs qui l’imprègnent n’ont jamais varié avec le temps, et le temps n’est pas un flux et un reflux : ce sont des vagues semblables aux motifs peints par les Grecs pour encadrer les frises qui poussent les ères et les êtres. » Nous sommes invités à retrouver cette connaissance qui est de préserver la fraîcheur de notre regard et l’innocence de notre cœur. La Co-naissance se dévoile comme l’union de la Connaissance divine et de la Nouvelle naissance. Mais si cette union doit résulter d’une même Connaissance, d’une même Nouvelle naissance, elle l’est dans un partage universel.

Le message du Prince est clair lorsqu’il écrit : « Afin de réaliser l’unité à l’extérieur, apprends à être toi-même […] Il te faudra également dominer ton corps et ton esprit, non en le brimant, mais en les exaltant pour qu’ils demeurent à leur juste place tout en exprimant leur puissance et leur étendue. » En retrouvant le lien avec notre univers intérieur, de l’autre côté du miroir, le changement sera perceptible. Et il est essentiel de redresser en nous ce qui peut l’être pour changer le monde qui nous entoure et notre rapport à lui. Le Gnothi seauton de Platon, qui est loin d’être l’expression-paradigme d’une culture antique, tout juste bonne à être reléguée dans les tiroirs des méthodes d’éducation poussiéreuses, nous permet d’accéder aux connaissances fondamentales liées à notre royauté intérieure. Ces civilisations, qui nous ont précédés, possédaient encore la science du sacré et la clé permettant d’accéder à la source divine en soi.

Dans son ouvrage Un prince français, le Prince Jean, actuel Comte de Paris, alors Duc de Vendôme, aborde l’éducation en ces termes : « Nous vivons une époque de parcellisation des savoirs et nous risquons par là de perdre en humanité […] "éduquer", c’est e-ducere, c’est-à-dire conduire l’enfant d’un état parfait à un état plus parfait, si l’on peut dire. C’est donc construire une personnalité en la tirant vers le haut ». Puis, citant Jules Ferry : « Vous ne toucherez jamais avec trop de scrupules à cette chose délicate et sacrée, qui est la conscience de l’enfant. »

Dans Le prophète, Khalil Gibran traite lui aussi de l’enseignement :

« Alors, dit un Professeur : "Parlez-nous d'Enseignement".
Et il dit :
Aucun homme ne peut rien vous révéler sinon ce qui repose déjà à demi endormi dans l'aube de votre connaissance.
Le maître qui marche à l'ombre du temple, parmi ses disciples, ne donne pas de sa sagesse mais plutôt de sa foi et de son amour.
S'il est vraiment sage il ne vous invitera pas à entrer dans la maison de sa sagesse, mais vous guidera plutôt au seuil de votre propre esprit. […]
Et de même que chacun de vous se tient seul dans la connaissance de Dieu, de même chacun de vous doit rester seul dans sa connaissance de Dieu et dans sa compréhension de la terre »

Intérieur, extérieur, mondes incarnés ou désincarnés, tout est lié. Toute recréation ici-bas doit être une louange à l’incréé. Tout n’est que le reflet de son image inversée. Dans Le Passeur de miroir, l’initiation du Prince Yguel aux cinq sens lui permet de prendre conscience du monde, je dirais même des mondes qui l’entourent et dont nous sommes tous constitués. Notre cœur et notre conscience sont la porte sacrée permettant d’accéder du monde extérieur au monde intérieur. 

Après la découverte des parfums liés au sens olfactif, ce sont les couleurs et la vue… celle du troisième œil et du cœur. Ce regard nouveau permet appréhender le mouvement des astres dans un miroir car ce qui est en haut est ce qui est en bas, mais à l’envers. L’Univers est un reflet de l’endroit. Tout s’imbrique avec l’enseignement des correspondances des lettres et de leurs sons avec les sept planètes, les sept métaux, les sept couleurs, les sept notes de musique, les quatre éléments et les quatre points cardinaux… une véritable mathématique du sacré !

Le contrôle du souffle et de la voix aborde à nouveau l’inspir et l’expir, connotant la dilatation et la rétractation des univers au cours des cycles de vie du cosmos. La voix aborde les sons, la vibration des phonèmes créateurs puisque tout procède du Verbe. Nous sommes nous-mêmes des créateurs car façonnés à l’image de Dieu… d’où l’importance de notre responsabilité face à l’évolution du monde et de ce qui en résulte depuis notre déconnexion d’avec Dieu. La chute ! Le péché, au sens premier du terme, est non pas la mauvaise action – le mal étant à l’origine une énergie qui n’est pas à sa juste place – mais celle de se détourner de Son Amour, de ne plus être dans l’axe, dans la verticalité de cette royauté intérieure qui nous permet d’être en communication avec la Source primordiale. Le Logos, emprunté à la philosophie hellénistique, « parole » au sens premier, mais aussi « raison », « intelligence », est ce qu'on traduit par Verbe dans les textes anciens. Le Logos n’est-il pas donné à Jésus par saint Jean dans le prologue de son Évangile ?

« Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu.
Elle était au commencement avec Dieu.
Toutes choses ont été faites par elle, et rien de ce qui a été fait n'a été fait sans elle.
En elle était la vie, et la vie était la lumière des hommes.
La lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont point reçue. […] »

Quant au mouvement, qui est l’écriture sacrée du corps sollicitant toutes nos cellules, dépositaires de la mémoire de l’univers, expressions de l’infiniment petit, le Prince Henri d’Orléans écrit : « Le bond de la danse te permet de retrouver l’unité première où corps âme, créature et Créateur se retrouvent, se sondent hors du temps en une extase unique. La danse clame et célèbre l’identification à l’impérissable. » Son évocation des derviches tourneurs, incarnant une danse sacrée, véritable dialogue avec le divin, n’est pas sans rappeler notre valse qui, par son mouvement circulaire, rotatif et répété, évoque le mouvement hélicoïdal du Cho Ku Rei, le premier des trois symboles Reiki, la révolution des planètes, la rotation des galaxies, le trajet elliptique des comètes qui reviennent à intervalles réguliers, comme l’orchestration sublime et infinie d’une partition cosmique née sous les doigts de Dieu. Et, contrairement que l’on croit, la lumière se déplace en ligne courbe.

Puis vient l’enseignement lié au respect dû aux quatre éléments – Eau, Air, Feu, Terre –, aux énergies et aux trois règnes, minéral, végétal et animal. L’alarme est lancée sur notre gestion calamiteuse des ressources naturelles. « Vos semblables et antécédents n’ont réussi qu’à torturer la fleur de lys en lui ôtant peu à peu ses pétales […] Mais si les pétales ont été arrachés, le bulbe, lui, demeure et refleurira, soyez-en-sûrs. » Par-delà le symbole de la Terre-Mère violentée, on voit apparaître le rapport au sacré de la royauté meurtrie mais sous-jacente. Car c’est au Lieutenant du Christ qu’on a voulu s’en prendre en essayant de trancher, par la décapitation de Louis XVI, le maillon qui unissait la hiérarchie divine à celle de l’homme. La fleur de lys n’est-elle pas le symbole de l’infiniment grand et de son reflet inversé dont le roi est l’intermédiaire, la jonction… le passeur de miroir ?

« Une société d’homme est comparable à une portée de musique […] qui comprend cinq lignes, de même que l’homme possède cinq sens. […] Il faut essentiellement vibrer par l’esprit. » écrit Henri d’Orléans. La symbolique des chiffres est clairement abordée : par exemple le sept, sens d’une transmutation après qu’un cycle est accompli. Le renouvellement sanguin chez l'être humain et la modification du psychisme et des "humeurs" s’opère tous les sept ans ; les enfants, eux, accèdent à l’âge de raison à sept ans. Sept jours de la semaine, sept chakras, sept couleurs, portée de sept notes, les sept têtes du monstre de l’Apocalypse, les sept nains etc. À cette mathématique s’ajoute la géométrie du sacré avec la grande pyramide, lieu d’initiation, celle à trois pans représentant les trois ordres, puis le sceau de Salomon, constitué de deux triangles équilatéraux et inversés s’interpénétrant, dont les branches symbolisent les différents éléments.

Dans Le passeur de miroir, le chemin initiatique d’Yguel lui permet de mieux comprendre la structure du Temple incarnant l’équilibre entre ordre et chaos ; le fronton triangulaire à la grecque repose sur les trois piliers de la Rigueur, de l’Équilibre et de la Miséricorde, dont le seul ciment est l’Amour.

Là est l’équilibre, l’unité du monde. Henri d’Orléans précise que « La véritable unité se fait par le haut. Tandis que […] l’uniformité égalise par le bas. L’unité ne peut être que d’essence spirituelle car elle n’est ni physique ni formelle. L’uniformité ne se conçoit que matérielle et suppose l’évacuation de toute sacralité. » Tout est dit.

Pour réaliser cette unité, le Prince nous invite à être nous-mêmes, à rentrer en nous-mêmes : « Descends au plus profond de toi-même et trouve le noyau insécable – évocation de l’atome – sur lequel tu devras bâtir ta personnalité ». La pierre d’angle en somme.

Sous les traits d’esprits de la nature, des différents règnes et des énergies telluriques, les personnages qui apparaissent au fil des étapes de ce chemin initiatique sont imprégnés d’ésotérisme indien, arabe, chrétien, celte – salamandre à la fontaine de Barenton ; symbole du triskel –, grec et égyptien. Au cours de ses initiations, le jeune prince Yguel devient Haakon. La lettre H, huitième de l’alphabet, correspond au devoir non encore accompli. On voit que Henri d’Orléans n’a rien écrit au hasard. Le passeur de miroir est en quelque sorte un conte de l’universel, s’adressant à tous, de quelque culture, latitude et longitude que l’on soit.

« Conduis ton esprit avec force et souplesse, comme tu le fais avec ton attelage, en gardant les rênes courtes. Ainsi tu pourras guider le char de l’Esprit. » La maîtrise de la puissance qui est conférée au futur roi est aussi abordée avec l’enseignement de la matière, de la foudre et du tonnerre, feu de la vie et de la mort, chemin de la voie royale. Que l’on soit roi ou non, nous devons nous efforcer d’être le canal des énergies divines.

À propos du travail, l’auteur écrit : « Le grand mystère, c’est l’amour du travail bien fait. Le don de soi à autrui, c’est redonner le sens de la valeur. […] Servir, c’est retrouver sa propre identité au travers d’un métier qui exalte l’âme. Ce n’est plus une servitude, c’est une plénitude dans l’accomplissement. » Pour faire écho à ces lignes, je cite ces paroles du poète Khalil Gibran : « Lorsque vous travaillez, vous êtes une flûte à travers laquelle le murmure des heures se transforme en musique. […] Et aimer la vie à travers le travail, c’est être initié au plus intime secret de la vie. »

Au terme d’un parcours initiatique de plusieurs années, Yguel, devenu Haakon puis Roi des Lys, est enfin un « initié ». Dans notre occident chrétien, le Roi n’est-il pas le lieutenant du Christ, le Verbe ? Dans une phrase, le verbe ne devient agissant que s’il existe un sujet. Et le sujet rend la phrase opérante. Le lien d’amour entre le verbe et le sujet transforme toute phrase en harmonie. Or, le verbe n’existe que par ses sujets. La construction de la phrase, densification visuelle du verbe, garde aussi le sens du sacré. En somme, « La royauté est le ciment de la tradition et de la civilisation. »

En conclusion, je cite le Prince Henri d’Orléans dans son livre La royauté de l’homme : « Dès mon enfance, j’ai su très vite qui j’étais. Mais je me sentais aveugle et inconscient en ce qui concerne ce que j’étais et ce que je serais capable d’accomplir. […] La connaissance nous rapproche de cet infini que certains appellent notre Créateur. C’est pour ce dessein que l’enseignement et l’éducation sont si importants ; ils permettent aux enfants, bourgeons d’une fleur en devenir, de se passionner pour ce qu’ils ne connaissent pas encore. L’enseignement comme l’éducation sont indispensables à la cohésion et à la survie de toute société. Apprendre, c’est acquérir suffisamment de force mentale et physique pour être capable d’affronter la vie et de construire ce dont chacun aura un jour à rendre compte. »

Roi ! Que ton armure soit la Paix, ton bouclier la Vérité et ta bannière la Justice !


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