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Éternel présent

Éternel présent

Par  

Poème extrait du recueil Le Pyrophone

I

Sous le regard naissant, ils apparaissent, se composent, ils s’imbibent des lueurs de l’aube toute de vernis moirée, ils se lovent, s’enroulent et se déroulent, se nichant au creux des brises, ils bondissent, ils disparaissent, ressurgissent en ellipses enchevêtrées, défiant les lois cryptiques de la créativité. Craintifs, ils s’emmitouflent de grands mystères, puis, rejetant leur castorine, se fendillent, se craquellent, se fissurent, se fendent, se lézardent, se crevassent et enfin s’ouvrent, se fondent, se livrent, s’effondrent tels des vagues émergeant d’un ciel fougueux fouetté à sang. Grands dragons somnolents aux naseaux vaporeux, ils reflètent mille soleils aux crépuscules vainqueurs. Laiteux,  ils s’amalgament en bouillonnements et tourbillonnent à satiété dans des discours grandiloquents que leur soufflent les bourrasques. Ils nous  parlent et nous racontent, ils nous avouent leurs secrets, nous annoncent leurs espoirs, devisent sur le temps qu’il fait, ils nous murmurent la nuit des temps, ils nous susurrent le temps retrouvé, ils chuchotent le temps perdu, ils hurlent aux temps bénis; exaltés, ils chantent à pleine peine d’inénarrables temps sacrés. Ils circonvolutent en fumée brumeuse, ils grandissent, vieillissent, font peau neuve, se déguisent, se modifient, ils se bouleversent, ils se malmènent, ils chahutent indisciplinés. Légitime troupeau des Dieux, ils se disputent ; se bousculant, ils chancellent, ils s’éparpillent en éventail et, s’égrènent en un instant pour rejoindre le néant.

 

II

Ils s’entredévorent dans les dunes du ciel, se déchirent en sarabandes affolées sur les lunes brûlées. Ils s’embrassent, ils s’étreignent, ils s’étirent, ils s’envolent, ils se dissolvent ; filets neigeux des insaisissables immensités. Leurs doigts crochus crayeux lacèrent les horizons inquiétés où se réverbèrent lointaines, éphémères, les réminiscences des passés. Ils s’immiscent dans l’azur qui ne peut les repousser, le violentent, le labourent, le dissimulent et l’absorbent, le masquent et le dérobent.  Ainsi, ils éjaculent en trombe et fécondent océans, champs et marées. Satisfaits, ils se mirent dans les lacs et se fondent aux banquises. Exagérément, incoercibles, ils chavirent menaçants, transforment les plus cordiaux profils en des masques grimaçants. Épuisés, ils se teintent de damassés chatoyants, annoncent les soirées de bal.  Ils courent sur les ors, valsent sur les aciers, balayent sans vergogne de graciles cicatrices dans les arcs-en-ciel des bleus embués et, doucement s’évaporent en brumes légères, disséminés par les explosifs couchants.

 

III

Là, c’est une cavalcade sanglante, où les crinières opalines affriolantes, les queues ivoires ébouriffées se mêlent aux sabots éculés fumants. Tels des hordes blafardes échevelées, ils dévalent à pleines courses, les déclins blêmes, ils se frottent aux gratte-ciels, se rejoignent derrière les tours, se séparent. Las, ils se retrouvent en des volutes d’acanthe lactescentes de langueur dépravée, se poussent, se bousculent, rient à buée déployée ; plus loin encore, des tourbillons blanchâtres indécis et rageurs, naissent des êtres fantomatiques dans des fantasmagories délirantes de beauté carnavalesque, percutant dans leur force de pantomime burlesque des pantins désarticulés virevoltant dans le plomb de l’acier grivois. Ils démantèlent les sommets, frôlent les clochers ; ces grands oiseaux livides aux envergures pâmées de madrures, traînent leurs ailes crème décapitées et sèment leurs plumes de perles patinées au zénith déchiqueté : virginal duvet jeté à l’envolée.

 

IV

Faciliformes repaires des aspioles, ils se déchaînent aux grandes malines, s’amadouent, se séduisent, ils s’enchantent, se guettent, se tyrannisent, se courtisent, se chevauchent. Ils s’enfourchent, ils s’accouplent, ils s’empalent par-devant, se décapitent, se crucifient pour l’amour d’un petit vent. Infatigables réseleuses, ils batifolent, offrent et présentent leurs dentelles éthérées, écume moussante d’une aube de levant. Ils se suggèrent, ils se touchent, ils se frôlent, ils se caressent, ils frémissent, ils s’enlacent au gré d’un souffle papillotant. Ils tremblent, ils tressaillent, ils sursautent, ils s’évanouissent tels des vierges, en voiles de faille parées, au tournoi de leurs amants vaincus. Pareils à des obélies délaissées sur des berges bafouées, ils s’étiolent alors à devenir transparent. Ils s’effilochent, ils s’embobèchent, jouent à cache-cache, tête-bêche se découvrent au firmament. Ils papillotent, ils s’étourdissent en longs écheveaux se dévidant, ils se colorent de lamés ambrés, ils se souviennent d’images troublées de vérité immaculée.

Les nuages strapassent l’appel du mystique, l’étalent en fil d’argent, traçant des signes cabalistiques dans le mercure pâlissant.


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