Penthièvre serait de retour chez lui
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Penthièvre serait de retour chez lui
« Je suis Conan Léonard Théodoric de Penthièvre, de retour chez moi, en Bretagne ! » est-il possible que cet homme courtisé par des motards, des gilets jaunes, des bonnets rouges, des bretons bretonnants, des tarés et des paumés, et de ceux qui cherchent simplement à se distraire et provoquant le grand tout, soit réellement le descendant du roi Arthur ? Voilà la question qui obsède le narrateur de ce premier roman signé Bertrand Duguet : La terre ou les illusions retrouvées.
Le narrateur est pigiste dans le magazine Ma santé d’abord et va se voir hissé au rang de scribe de la vie du roi de Bretagne. C’est bel et bien une promotion. Son objectif est d’enquêter et son enquête se transforme en quête peu à peu sous le regard critique d’Elyne. À l’approche purement scientifique de cette dernière, le héros oppose des rapprochements poétiques et critique les historiens qui agissent selon lui comme des médecins légistes du passé : « avec vous, toutes les meilleures histoires finissent sur une table de dissection, plus mortes que vives ! »
La réalité est que l’homme, qui se prétend descendant du roi Arthur soulève les foules et devient le porte-parole des oubliés de la politique. Il rend la justice et accorde son pardon aux motards tout de même. Quelle différence entre un imposteur ou un homme providentiel si tout le monde y croit ? « Le bel autrefois habite le présent. » nous dit le roi. Sait-on voir ce bel autrefois, le saisir comme une épiphanie et ainsi échapper à la vanité de l’actualité. Pour faire advenir le cerf blanc, la recette est simplement littéraire et merveilleuse, il faut attendre et surtout, y croire. Il n’y pas de quoi faire trembler les puissants, le projet politique de l’homme est quasiment d’ordre métaphysique : « Rêver d’un duché au fond des bois, comme les enfants y rêvent de cabanes. »
L’aventure, c’est ce qui advient, et elle commence toujours dans la forêt, pas sur le littorale mais au centre, c’est la revanche de la campagne sur la rive vendue aux touristes, du pays profond sur l’appel du large. Penthièvre marche avec son scribe, parler et marcher était pour lui une seule et même activité. Ils marchent dans la forêt de Paimpont… La forêt de Paimpont ? n’importe quoi ! Brocéliande bien-sûr ! « Brocéliande n’est pas comme vos forêts domaniales ou vos espaces verts, ce n’est pas une délimitation, c’est un mystère. C’est la forêt où l’on se perd. La forêt des merveilles… »
En lisant La terre ou les illusions retrouvées, on songe à Raspail et son rêve patagon bien sûr, et aussi un peu à L’anneau du pêcheur sur la légitimité d’une lignée ancestrale. Dans ce roman on comprend que la Bretagne a en elle une puissance assez forte pour déchaîner des sentiments au premier degré et engendrer de la littérature. La Bretagne est restée une terre épique autant dire, une sorte de village gaulois (enfin celte) résistant à toute globalisation. « Les Bretons sont un peuple à la mémoire longue ».
Quant à notre héros auquel on s’identifie, e pigiste devenu scribe, il a découvert la littérature et donc une autre façon d’épouser la vie. « Connaissez-vous les romans médiévaux, monsieur le chroniqueur ? », lui avait demandé le roi. C’est ainsi qu’il s’était mis à lire Erec et Enide, premier roman de Chrétien de Troyes qui s’ouvre sur une chasse au cerf blanc. Erec ne trouve pas le cerf mais son amoureuse. L’amour est la grande aventure offerte à tous. Génial usurpateur ou véritable descendant d’Arthur, peu importe si le héros trouve sa femme.
La terre ou les illusions retrouvées, Bertrand Duguet, Baribal éditions, 202 pages, 20€



