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Émeric Cian-Grangé règle ses comptes avec les céliniens

Émeric Cian-Grangé règle ses comptes avec les céliniens

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Propos recueillis par Étienne Ruhaud

En 2022-2023, Gallimard publie trois inédits de Louis-Ferdinand Céline : Guerre, Londres et La volonté du roi Krogold. L’opération s’avère juteuse, comme le confirment les chiffres de vente. Très lu, très suivi, l’auteur du Voyage au bout de la nuit, mais aussi des pamphlets, n’a jamais cessé de passionner… et de diviser. Fervent lecteur, policier de profession, Émeric Cian-Grangé rend compte de ces conflits, au sein du microcosme célinien, à travers un essai autobiographique hybride, résolument anti-universitaire, mêlant lettres, textes libres et interviews, publié par les soins du peintrécrivain Jacques Cauda, dans la collection « Résonances » des éditions Douro. Lui-même directeur d’une collection intégralement consacrée à Céline (« Du côté de Céline », aux éditions « La Nouvelle librairie »), ancien membre de la Société des études céliniennes, Émeric Cian-Grangé semble ici vouloir rétablir certaines vérités, tout en évoquant son amour pour le génie – controversé – de son auteur favori. Un franc-parler qui peut déranger, certes, mais ne laisse pas indifférent. (Propos recueillis par Étienne Ruhaud)

 

Étienne Ruhaud : Comment as-tu rencontré Céline ? Comment et pourquoi est-il devenu ton auteur favori ?

Émeric Cian-Grangé : J’ai rencontré Céline en étudiant un extrait de Voyage au bout de la nuit, au début des années 90. Lycéens, nous lisions Sartre, Malraux et Aragon. Du moins, avec des professeurs de français lambda, ce qui n’était pas le cas de Jean-François Nivet. De retour d’Afrique, comme il l’explique dans la préface d’Itinéraire d’un célinien gâté, il s’est demandé comment retenir l’attention de ses futurs élèves : « Les auteurs du programme ? Bien sûr il y a des bons, des très bons. Mais ils ne bousculent plus personne aujourd’hui. Naturellement, j’ai pensé à Céline, haï, parfois à juste titre. Naturellement j’ai pensé au Voyage, le mot ne serait pas pour déplaire aux jeunes-pas-sérieux-de-dix-sept-ans, et même aux autres, les timides, les rougissants ; et ce “bout de la nuit” si intrigant, voilà une perspective pour celles et ceux qui n’attendent que le bout de l’heure, et le bout de la journée, et le bout de l’année scolaire. Oui, il faudrait affronter le regard noir et désapprobateur de beaucoup d’adultes raides et de tristes passeurs de “savoir”, mais ce n’était pas pour me déplaire ; j’aime l’adversité quand elle est loyale. » Le « jeune-pas-sérieux-de-dix-sept-ans » que j’étais fut suffisamment « bousculé » par cette lecture pour courir acheter le roman chez « Les Passeurs de Textes », avant de le dévorer dans une ivresse totalement inédite. Ce « chambouleversement », une sorte d’extase mystique, est difficilement explicable et relève probablement de l’ineffable. Je me suis pourtant échiné, une dizaine d’années durant, à interroger les raisons de pareil engouement pour l’auteur de Mort à crédit et L’École des cadavres, en donnant la parole à un très grand nombre de lecteurs, autant de témoignages regroupés dans deux gros livres (Céline’s Big Band, Pierre-Guillaume de Roux, 2015 et D’un lecteur l’autre, Krisis, 2019).

 

Étienne Ruhaud : Peux-tu nous en dire plus sur ce titre énigmatique ? Qu’est-ce qu’un « célinien gâté », et pourquoi te considères-tu comme tel ?

Émeric Cian-Grangé : Il faut prendre le titre au pied de la lettre. Le célinien en question, c’est mézigue. L’adjectif « gâté » est à considérer dans tous les sens du terme : « comblé » par les rencontres que j’ai pu faire et par les projets menés à bien ; « choyé » et « favorisé », car entouré de prévenances et d’amitiés ; « abîmé » par les revers, les déceptions, les trahisons et les petitesses ; « difficile à contenter » et parfois « capricieux », puisque perfectionniste, pointilleux et exigeant ; « altéré », parce que lessivé d’avoir pérégriné et charbonné en terres céliniennes pendant une dizaine d’années. Pour reprendre des propos d’Éric Mazet me concernant, mon « parcours au milieu des céliniens fut chaotique, plein d’espoirs trop marginaux et de déceptions bien normales. »

 

Étienne Ruhaud : On est frappé, en te lisant, par la diversité de profil des « céliniens ». La plupart ont suivi des études de Lettres, mais beaucoup (dont toi), ont des personnalités plus atypiques. Certains sont de gauche, d’autres de droite. Comment expliquer cette diversité ?

Émeric Cian-Grangé : Je me suis appliqué, dans les ouvrages précédemment cités, à mettre en valeur la diversité du lectorat célinien. Dans sa préface pour Céline’s Big Band, Henri Godard fournit quelques éléments de réponse pour expliquer pareille disparité, auxquels je souscris totalement : « Connus ou inconnus, et avec toute leur diversité, ils sont ici, à égalité, des lecteurs qui cherchent à dire ce que Céline a été pour eux lors de cette rencontre, et, pour presque tous, le reste de leur vie : non pas un écrivain pour écrivains, comme il en a périodiquement existé dans la littérature française, mais un écrivain qui, tout novateur qu’il est, et par là demandant parfois d’abord à son lecteur un effort d’adaptation, est capable de toucher quiconque, pourvu qu’il s’agisse d’un amateur de littérature. »

 

Étienne Ruhaud : Tu te définis toi-même comme un flic d’opérette. Le charme de ton livre ne vient-il pas, justement, du fait qu’il ne soit pas universitaire, donc sans doute plus « libre » ?

Émeric Cian-Grangé : Tu as raison, la principale originalité du livre réside dans sa liberté de ton. Je gagne ma vie en exerçant le métier de policier, raison pour laquelle, dans le cadre de mon activité célinienne, je n’ai jamais eu de carrière à mener, d’employeurs à satisfaire ou d’abonnements à vendre. J’ai donc pu faire preuve d’audace, d’indépendance, d’inconscience, d’irrévérence et d’impudence. Ce qui m’a valu quelques surnoms (« funambule sur corde raide » et « franc-tireur de la célinie »), pas mal de mépris, bon nombre d’inimitiés et des menaces de procès. Je suis frondeur et polémiste dans l’âme, c’est ainsi. Céline rend libre, qu’on se le dise !

 

Étienne Ruhaud : Le milieu des céliniens semble également extrêmement complexe. Ton livre fait ainsi état des nombreuses tensions qui traversent le groupe. Pourquoi ces conflits, selon toi ?

Émeric Cian-Grangé : Le milieu célinien est un microcosme, une image réduite de la société. Rien d’étonnant d’y constater les mêmes tiraillements politiques, de classes, idéologiques, philosophiques, religieux, narcissiques, sociologiques, cathartiques, etc. La situation est probablement identique chez les proustiens et chez les sollersiens. Une évidence devrait néanmoins s’imposer à tous : Céline n’appartient à personne.

 

Étienne Ruhaud : Louis-Ferdinand Destouches est mort le 1er juillet 1961. Tu parles toi-même de « comédie littéraire qui se joue autour de la postérité de Céline ». Toutes ces querelles de chapelle ne sont-elles pas un peu vaines, soixante-cinq ans après la disparition de l’intéressé ?

Émeric Cian-Grangé : Les luttes d’idées sont des querelles fructueuses. Les conflits, liés aux personnes ou aux préjugés, beaucoup moins. Ne pas être diplômé peut, par exemple, vous jouer des tours, j’en sais quelque chose. Au mieux, vous n’êtes pas pris au sérieux ; au pire, vous êtes méprisé et considéré comme « un lecteur d’en bas » (dixit Isabelle Blondiaux, en opposition aux « lecteurs d’en haut », dont elle fait naturellement partie). Et si vous n’êtes pas de gauche, vous appartenez à l’extrême droite.

 

Étienne Ruhaud : Céline était pamphlétaire. Ton livre tient aussi, pour une part, du pamphlet. Tu attaques notamment Pierre-André Taguieff, Marc Laudelout ou encore Émile Brami. Souhaitais-tu, en premier lieu, régler des comptes par le truchement de la littérature ?

Émeric Cian-Grangé : N’ayant pas la prétention d’être un écrivain ou un artiste, je ne considère pas Itinéraire d’un célinien gâté comme une œuvre littéraire. Pierre Chalmin, qui a rédigé une postface pour mon ours, le décrit ainsi : « Ce livre est un procès-verbal qui rassemble toutes les pièces de l’énergie que déploya Émeric pendant près de quinze ans au service de Céline, – pour animer les céliniens, les faire écrire de leur commune passion, les rassembler en un mot, – il renferme des entretiens précieux avec les plus intelligents des admirateurs de l’écrivain, la genèse des ouvrages qu’Émeric édita, etc. Il s’agit à ce titre d’un document littéraire du plus haut intérêt et d’une référence. » Je ne sais s’il s’agit « d’une référence », mais pour le reste, j’ai le sentiment que Pierre a vu juste, et réduire Itinéraire d’un célinien gâté à un règlement de « comptes par le truchement de la littérature » ne serait pas lui rendre justice. Mais il est vrai qu’« À force de ne pas parler des choses, par élégance, on ne dit rien, et on l’a dans le cul ! » N’étant pas un adepte forcené du perçage de rondelle, je me suis quelque peu débraillé, une inélégance que je revendique assurément. Céline vomissait les tièdes, moi aussi.

 

Étienne Ruhaud : Quelle a été, justement, la réaction de ces différents essayistes ?

Émeric Cian-Grangé : Marc Laudelout et Émile Brami, à qui mon directeur de collection, le très estimable Jacques Cauda, avait en toute confiance adressé une copie des chapitres les concernant, nous ont menacés d’un procès si des extraits de correspondance privée apparaissaient dans le bouquin. Pierre-André Taguieff ? Je n’espère aucune réaction nuancée d’un homme qui déteste Céline et les céliniens. De façon plus générale, à l’exception d’une pleine page dans la revue Éléments et d’un entretien dans la revue littéraire Livr’arbitres, mon livre n’a fait l’objet d’aucune annonce ou promotion dans les médias consacrés à l’écrivain. Rien dans Le Bulletin célinien de Marc Laudelout. Pas davantage sur les sites Internet de la Société d’études céliniennes (présidée par Régis Tettamanzi) et du Petit Célinien (dirigé par Matthias Gadret). Itinéraire d’un célinien gâté est également passé sous silence dans les Lettres d’actualité que la Société des lecteurs de Céline (conduite par Marc Laudelout, mais créée par moi en 2021) expédie à ses adhérents. Si la mise à l’index de mon livre, par des individus ne l’ayant probablement pas lu et se gargarisant d’être de fervents défenseurs de la liberté d’expression, est un procédé indigne et pitoyable, elle ne me surprend pas. Ne faut-il pas avoir le cul bien merdeux pour nous menacer de poursuites ?

 

Étienne Ruhaud : Si certains céliniens sont de gauche, Céline reste définitivement lié à l’extrême droite. Penses-tu qu’on puisse dissocier son œuvre romanesque de ses pamphlets ?

Émeric Cian-Grangé : Les étiquettes sont toujours réductrices, et je les trouve davantage à leur place sur des pots de confiture que sur des humains. Avec Céline, rien n’est jamais simple, il affole les boussoles mieux que personne. Je ne cherche pas à le défendre, juste à nuancer le propos. S’il existe des fils rouges dans son œuvre, le racisme en est probablement un. Il est déjà question d’antisémitisme dans l’acte III de L’Église, une pièce de théâtre écrite avant Voyage au bout de la nuit (1932), et publiée après le succès de celui-ci. Bagatelles pour un massacre (1937), L’École des cadavres (1938) et Les Beaux Draps (1941) sont les manifestes idéologiques et esthétiques de l’écrivain qui, pour le coup, quitte le terrain romanesque afin d’investir celui des idées, de la mystique et du combat, sans pour autant délaisser le travail stylistique qui le caractérise. Dans D’un château l’autre, publié en 1957, on peut lire : « Moi qui suis extrêmement raciste, je me méfie, et l’avenir me donnera raison, des extravagances des croisements… mais là l’Hilda, je dois admettre, c’était réussi !… » Il me semble donc que si Céline doit être « définitivement lié » à quelque chose, c’est au racisme, et non à l’extrême droite qui, pour dire le vrai, est un concept mouvant, et qui se prête aisément à l’usage qu’on en fait. Je te rappelle aussi que le racisme et l’antisémitisme n’étaient pas (et n’est toujours pas) l’apanage de l’« extrême droite ». Pierre-Joseph Proudhon n’a-t-il pas écrit : « Le Juif est l’ennemi du genre humain. Il faut renvoyer cette race en Asie ou l’exterminer… » ? Je pourrai multiplier les exemples à l’infini. Il me semble aussi que l’image de Céline est intrinsèquement liée à celle renvoyée par Voyage au bout de la nuit, un roman considéré par beaucoup comme une œuvre humaniste, pour ne pas dire progressiste. L’est-il pour autant ? Bref… Quant à dissocier l’œuvre romanesque des écrits pamphlétaires, chacun fera comme bon lui semble. Ce qui suppose néanmoins que l’intégralité de l’œuvre célinienne soit accessible, ce qui n’est pas encore le cas (elle tombera dans le domaine public en 2032), à moins de se procurer l’édition québécoise des écrits pamphlétaires (Écrits polémiques, aux éditions Huit), ou d’acquérir des exemplaires d’époque ou des contrefaçons… et de les lire.

 

Étienne Ruhaud : Désormais publié à la Pléiade, Céline sent-il toujours le soufre, selon toi ?

Émeric Cian-Grangé : D’aucuns, tels que Taguieff, travaillent avec frénésie pour le rendre illisible et l’effacer du patrimoine culturel national et international (l’œuvre « romanesque » du natif de Courbevoie est traduite dans le monde entier), en accolant l’épithète « nazi » à son nom. Peine perdue, si l’on en croit l’extraordinaire retentissement créé par l’annonce, en 2021, de la découverte de manuscrits inédits, et par le nombre d’exemplaires vendus de Guerre. Il est cependant tout à fait juste de dire qu’il ne fait pas consensus, et c’est tant mieux. Que Céline sente encore le soufre, il faut s’en réjouir, car c’est en cela que son fantôme nous bouscule encore. Ne l’avait-il pas prédit, en 1937, dans Bagatelles pour un massacre : « Je veux passer fantôme ici, dans mon trou… dans ma tanière… Je leur ferai à tous… Hou ! rouh !… Hou !… rouh !… Ils crèveront de peur… Ils m’ont assez emmerdé du temps que j’étais vivant… Ça sera bien mon tour… » ?

 

Étienne Ruhaud : Tu l’as dit plus haut : l’œuvre tombe dans le domaine public en 2032, soit dans six ans. Quelles seront les répercussions, selon toi ? Qu’adviendra-t-il des pamphlets ?

Émeric Cian-Grangé : J’ai naturellement évoqué ce sujet avec François Gibault (l’un des deux ayants droit de Lucette Destouches, la veuve Céline), alors que je l’interrogeais dans le cadre d’un entretien pour la revue Éléments. Sa réponse fut celle-ci : « Je ne renonce pas à les publier mais pas dans l’immédiat. Il est néanmoins certain qu’il y a des éléments nouveaux… D’abord, la publication des pamphlets de Céline au Canada (où les droits sont seulement de cinquante ans, au lieu de soixante-dix ans chez nous) n’a pas fait scandale. Pas plus que la publication en France des pamphlets de Rebatet et du livre d’Hitler. Par conséquent, je ne vois pas pourquoi les pamphlets de Céline, accompagnés d’un appareil critique conséquent, devraient être interdits de réédition. Pas d’urgence donc, mais une publication scientifique avant 2032. » Nous pouvons également imaginer que d’autres maisons d’édition les publieront, à leur sauce. Cela se fera-t-il sans levées de boucliers de la part d’associations subventionnées qui s’arrogent le droit, parce qu’elles pensent mieux que nous autres, de faire la pluie et le beau temps en France ?

 

Étienne Ruhaud : En 2022, donc, Gallimard publie Guerre, roman inachevé, perdu dans le trouble de la Libération, et exhumé soixante-dix-sept ans plus tard. S’ensuit la sortie de deux autres manuscrits inédits : Londres et La volonté du roi Krogold. Tu sembles ne pas avoir aimé Guerre. Peux-tu nous en dire davantage ? Comment juges-tu cette opération éditoriale ?

Émeric Cian-Grangé : J’ai, me semble-t-il, apprécié Guerre à sa juste valeur. Il s’agit d’un brouillon qui, finalisé, aurait dû, d’après les spécialistes et les épiciers au service de Gallimard, intégrer une trilogie imaginée, puis laissée en jachère, par Céline : Enfance – Guerre – Londres. De celle-ci, qui devait succéder à Voyage au bout de la nuit, sortiront Mort à crédit (1936) et Guignol’s band (1944). La guerre devait être abordée dans Casse-pipe, un roman éclipsé et mis de côté par la rédaction de Mea culpa (1936), premier des écrits pamphlétaires de Céline (et seul qui, par la brièveté de son format — 21 pages — puisse être qualifié de pamphlet). Guerre a été vendu comme un roman, ce qu’il n’est pas (ce qualificatif n’apparaît d’ailleurs pas sur la première de couverture de l’ouvrage). Je pense également que ces pages manuscrites ont été rédigées pendant la rédaction de Voyage au bout de la nuit, non pas après la publication de celui-ci, un détail qui ne questionne que les exégètes de l’écrivain. Imagine la réaction des éditeurs devant le manuscrit d’un parfait inconnu qui aurait contenu les scènes pornographiques du brouillon que Gallimard nous a présenté comme étant un roman postérieur au prix Renaudot 1932. Souviens-toi que des passages entiers de scènes de cul ont été caviardés dans Mort à crédit, alors que Céline jouissait d’un immense prestige, lié au succès éditorial de Voyage au bout de la nuit. Ce qui me laisse penser que les pages de Guerre (qui est un court format), qui devaient s’intégrer dans Voyage, ont été abandonnées (ou mises de côté), pour optimiser les chances du fort volumineux manuscrit de Voyage de retenir l’attention d’un éditeur. Ce qui expliquerait l’ellipse de la blessure du soldat Bardamu, passée sous silence dans le roman, mais expliquée en détail dans les pages du brouillon intitulé Guerre.

 

Étienne Ruhaud : Céline est donc ton écrivain préféré. Cet amour n’est sans doute pas exclusif. Quels autres auteurs lis-tu ? Tu rédiges également des notes critiques.

Émeric Cian-Grangé : J’aime Marcel Aymé, Jean Giono, Georges Simenon et d’autres. Je lis également des polars, de la science-fiction et beaucoup de livres d’histoire. Quant aux recensions pour la revue Éléments, elles concernent quasi exclusivement les publications céliniennes. 2 000 signes, espaces comprises, il faut être concis, c’est un bon exercice.

 

Étienne Ruhaud : Stéphane Balcerowiak affirme que tu souhaites te retirer des affaires. Qu’en est-il réellement ? Songes-tu à arrêter d’écrire ? Ou à ne plus te consacrer à Céline ?

Émeric Cian-Grangé : J’en ai effectivement terminé avec les céliniens. Des projets liés à Ferdine sont en gestation et sur l’établi, mais je ne souhaite plus diriger d’ouvrages collectifs. À titre d’exemple, j’ai récemment renoncé à co-diriger un dossier de cent-dix pages entièrement consacré à Céline, prévu pour une revue universitaire française de très grande qualité (Nouvelle École). C’est à l’occasion d’un repas avec le directeur de cette publication, Alain de Benoist, le 9 juin 2021, que je lui avais soumis l’idée de consacrer un numéro à l’auteur de Féerie pour une autre fois. Le temps ayant fait son œuvre, celui-ci m’a contacté pour m’inviter à mettre en branle ce vieux projet laissé en suspens, en collaboration avec Marc Laudelout. Après quelques jours de réflexion et de discussions, j’ai choisi de ne pas m’investir dans ce dossier, et ce pour deux raisons. D’une part, la perspective de reproduire ce que j’ai déjà fait pour la revue Livr’arbitres a refroidi mes ardeurs initiales. N’étant pas un fonctionnaire du célinisme, je ne parviens plus à m’engager dans des projets qui, trop standardisés, ne provoquent chez moi aucun engouement. Je n’y peux rien, je fonctionne aux stimuli, c’est ainsi. Refaire la même chose ailleurs, non merci. D’autres part, être dans l’obligation de partager la direction d’un projet avec une personne pour qui je n’ai plus guère d’estime est inenvisageable et rédhibitoire. Pour le reste, on verra bien. François Gibault attend « [mon] grand roman, [mon] Voyage, [ma] Bovary ». Mais pour ça, il faudrait que je me lance dans l’écriture. Ce qui serait nouveau pour moi.


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