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MN revient en septembre, en attendant, fouillez dans nos 8 ans de textes


Supprimons l’avenir

Supprimons l’avenir

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Manquer d’avenir… mais pourquoi pas au fond. Après tout, ce serait bien de supprimer l’avenir. Oh non pas à la façon culte de l’apocalypse, No futur, mais simplement dans une logique de sanctuarisation de notre être, de célébration de l’existence. L’idée m’est venue simplement l’autre jour quand ma fille confrontée à la question du post bac, me sortit spontanément : ça me saoule tous ces gens qui n’arrêtent pas de penser à leur avenir. Effectivement, elle a raison ! La jeunesse est faite pour l’insulter, l’avenir. Et si nous nous mettions tous à l’insulter, le monde serait alors éternellement jeune. Ce serait un bon début de commencer par insulter l’avenir pour être à nouveau présent immédiatement. « Vas te faire enculer l’avenir ! » Et puis il faudrait aller plus loin et supprimer le concept même d’avenir. Nous n’aurions besoin d’aucune technique, aucun artifice, aucune science-fiction juste un peu de volonté. Après tout, c’est bien nous qui avons inventé le concept, on peut bien parvenir à le désinventer.

Il nous faudra donc cultiver un état d’esprit, celui d’être là ici et maintenant. On commencera par étape. Tout d’abord, on ne demandera plus aux enfants : qu’est-ce que tu veux faire plus tard ? Qu’est-ce que tu veux faire quand tu seras grand ? Mais à quoi veux-tu jouer ? Et imaginer seulement l’onde de choc énorme de ce changement d’état d’esprit. Fini les journées portes ouvertes de telle ou telle grande école, fini les stages de 3ème à regarder les grands s’emmerder à faire des mails toute la journée, fini les CV où on s’invente des loisirs porteurs de savoir être.

Quels sont tes projets ? Mais vivre tout simplement. Vivre toute la journée d’aujourd’hui jusqu’au sommeil. Je ne veux plus me projeter, ressentir je ne sais quelle urgence d’enchainer des séquences de vie comme si l’agonie était un examen final et la mort le diplôme. Il nous faut arrêter de développer des plans de vie, arrêter d’être son propre gestionnaire de carrière, son propre agent, la pute de soi-même. Revendiquons de n’avoir aucun avenir et on sera présent l’un à l’autre. On ne regardera jamais derrière l’épaule de son interlocuteur pour voir qui il n’y a pas quelqu’un de plus intéressant qui passe. Le quotidien ne sera plus le tombeau des couples, mais le temps de leur jouissance, le temps de la mise en commun.

Un monde sans avenir, ce serait tout de même extraordinaire. Bien sûr il nous faudrait quelques lois au début pour interdire la météo. On se fout du temps qu’il fera demain. Il nous faudra rendre illégal les horoscopes, les diseuses de bonne aventure, les prophètes de malheur. Fini les plans sur la comète, l’idée d’aller conquérir la lune une fois notre planète épuisée.

Sans avenir, on naitra forcément sous la bonne étoile et on se lèvera toujours du bon pied. Le jour nouveau sera inouï, la preuve que la nuit n’a pas gagné. On sera dans un éternel présent, on aura goûté à l’éternité de notre vivant.


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