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MN prend la marge et revient en septembre


Iran, le pays des Roses noires – 17 mai 2015

Iran, le pays des Roses noires – 17 mai 2015

Par  

Carnet de bord de Luc Le Garsmeur en voyage en Iran – Jour 2

 

Marc a fait la connaissance de Roham, photographe, sur le site de Couchsurfing. Ce dernier ne nous a quasiment pas dit un mot, et il regarde une partie télévisée de balle au pied en ce moment-même dans ma chambre, pardon son salon. Mais à cheval donné on ne regarde pas les dents, et il nous loge tout de même trois nuits.

 

L’église catholique romaine de Sainte-Jeanne d’Arc, non loin du Grand bazar

Nous en étions à deux nuits blanches pour l’un, et une pour l’autre, et nous nous sommes donc accordé quelque repos. Déjeuner ensuite dans un restaurant du centre, à la décoration fort laide, mais au personnel très gentil. Je me suis servi de mes souvenirs de la chaîne de restauration irano-indienne présente à Paris pour commander du riz polo, plus des côtelettes d'agneau. Leur tapenade est un régal, leur viande un peu terne. Nous sommes arrivés avec retard, par méconnaissance de l’heure exacte, à la messe dominicale célébrée à l’église catholique romaine de Sainte-Jeanne d’Arc, non loin du Grand bazar. Le célébrant, un Iranien parfaitement francophone, ancien lazariste aujourd'hui séculier incardiné dans le diocèse d’Iran, doit être aussi curé d’Ispahan. L’une des religieuses, iranienne d’Orumieh, nous a accueillis avec chaleur, de même que la soeur libanaise, qui se plaint de ne pas parler suffisamment français, alors même que c’était aujourd’hui la langue liturgique. Nous avons même chanté l’Ave Maria de Lourdes avec le premier couplet en persan ! Elles nous ont offert notre premier thé. Il y avait également là d’anciennes élèves de l’école Sainte-Jeanne-d'Arc, aujourd’hui fermée, notamment une ungaro-iranienne qui m’a parlé du chômage des jeunes Iraniens.

 

Le profil du chah

Nouvelle longue marche ensuite, notamment jusqu’au musée du Verre et de la Céramique, installé dans un ancien palais qâdjâr devenu ambassade du Liban avant délégation de service public à des muséographes italiens. Chaque objet y est présenté pour lui-même, avec un cartel laconique. On vend à l’échoppe des pièces de monnaie authentiques frappées du profil du chah.

Nous nous sommes rendus ensuite au pârk-e Laleh "jardin des Tulipes", pour une promenade ombragée. Quelques couples sur des bancs, voire des rochers ; presque silencieux et immobiles, à quelques centimètres l’un de l’autre. Cette délicatesse n’est pas celle des bidasses, avec ou sans casquette (à visière ridiculement longue). Ils sont couchés dans l’herbe, ou déambulent les doigts entrelacés, ou encore alpaguent les jeunes femmes.

Dans un boui-boui, nous prenons ce qu’a pris le voisin, ce que nous avons pris la veille et reprendrons le lendemain: un peu de viande désossée, deux tomates braisées, quelques pelures d’oignon, du riz au safran. Sur toute table, on trouve la poivrière, la salière et la safranière. Une Delster, bière sans alcool mais tropicale, égaie un peu le zinc des plats. Mais le jus de fruits rouges frappé est plus mémorable. En sortant de l’échoppe, nous saluons l’homme au braséro sur le trottoir, et une cliente me fait remarquer qu’un billet sort de ma poche. Ils ont dû s’y mettre à trois pour me faire comprendre de quoi il s’agissait…

 

Otobus, metro et circulation effrayante

La circulation à Téhéran me semble effrayante. Les feux tricolores y sont résiduels, la plupart affichant imperturbablement un pusillanime orange clignotant. Et les véhicules, outre qu’ils sont divers (la 206 qui joue en Iran le rôle de la Golf dans la France des années 1990, le taxi 406 vert pomme, la motocyclette Volga familiale ou façon frères Aymon, le savari "minibus" ou "taxi collectif" plein comme un oeuf, etc.), dépassent par la droite, ne s’arrêtent jamais, frôlent piétons et berlines; d'autant plus que les larges avenues invitent à la vitesse. Les passages aériens sont rares, et traverser demande habileté, expérience et fermeté. Il est surprenant que les Iraniens ne klaxonnent jamais. Le bruit vient des moteurs, souvent vétustes.

Auomobile Téhéran

Le quartier de Vélandjak où nous logeons est décidément très éloigné du centre, a fortiori du Sud où se trouvent le Bazar-e bozorg "Grand bazar" et la mosquée Emâm-Khomeiny, fermée le vendredi comme l’ensemble du premier, qui l’enclôt. Nous prenons donc alternativement l’otobus ou le metro. Ce dernier, commandé à la France peu avant la Révolution, n’a été achevé qu’ensuite. Il compte trois lignes, les 4 et 5 étant encore en voie de creusement. Il est vaste, profond en raison des 800 mètres de dénivelé que compte la ville du Chomâl "Nord" au Djonub "Sud", et élégant; bondé aussi, de six à sept heures du soir. Les femmes ont leur voiture, en tête et en queue. À l’exception de quelques jeunesses délurées aveugles à la campagne d’affichage qui vante la ségrégation, celles qui circulent dans les voitures des hommes sont les épouses. Dans la première catégorie, l’une nous a demandé son chemin. Man fârsi balad nistam, man faransâvi am! "Je ne parle pas persan, je suis français, lui ai-je répondu!" Cela nous arrive une fois par jour d’être pris pour des autochtones, mais beaucoup nous devinent français. Soit parce qu’ils sont de plus en plus nombreux à venir après des années de flopées d’Allemands, soit prestance naturelle, soit du fait que nous portons des vêtements reconnaissables…

Le métro compte d’autres campagnes d’affichage intéressantes, notamment une en faveur du golfe Persique, soit pour le maintien du nom - au-delà d’Oman, il n’est pas question de rejeter la mer d’Arabie -, soit pour développer un impérialisme perse. Ainsi la rive méridionale, pourtant principalement sous souveraineté séoudienne, est-elle colorée de rouge, la troisième couleur du drapeau de la République islamique d’Iran, et auparavant, avec un motif central différent, de l’Iran royal.

Campagne Golfe persique              Affiche Golfe persique

Les chiffres arabes sont peu employés ici

Je sais à présent compter jusqu’à dix (sans le zéro, pour l’heure); mais comme un euro vaut 3 700 tomans - ou 37 000 rials -, je suis peu avancé pour annoncer ou vérifier des sommes. J’avais eu la naïveté le premier jour de tracer de l’index un montant sur le pare-brise d’un taksi. Mais les chiffres arabes sont peu employés ici. Je ne sais comment appeler les leurs, en usage également je crois dans certains pays arabes: indiens? islamiques? iraniens? Le chech "six" me cause encore quelques difficultés. Parfois, son montant inférieur, diagonale en fuite en bas à gauche, se courbe pour former un 3 inversé selon une symétrie axiale verticale. Voici en tout cas les translittérations françaises, de un à dix: yek, do, seh, tchahâr, pandj, chech, haft, hacht, noh, dah. Do se prononce plutôt "dou" - à Téhéran du moins -, tchahâr m’évoque le tchetiri russe, pandj et haft rappellent respectivement les penta et hepta grecs, etc. Langues indo-européennes, mon amour…


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