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MN prend la marge et revient en septembre


Iran, le pays des Roses noires – 27 mai 2015

Iran, le pays des Roses noires – 27 mai 2015

Par  

Carnet de bord de Luc Le Garsmeur en voyage en Iran – Jour 12
mercredi 27 mai, Tchoqâ Zânbil, et d’Andimechk à Kermânchâh

 Le lendemain, il est déjà près de huit heures quand nous nous réveillons. Il nous faudrait partir sur le champ, mais le linge n’est ni sec ni même lavé. Il nous est tout de même nécessaire, et il nous suffirait dans un taxi de le tirer trempé du sac pour le sécher aussitôt. Toutefois, la grande débrouille va son cours. Je descends voir le réceptionniste pour m’enquérir de mes polos et chaussettes, monte au sixième étage pour fouiller dans la buanderie, redescend consulter Marc. Entre-temps, une main invisible a porté le linge de la réception à la machine. Et une demi-heure plus tard, tout nous est remis propre, quasi-sec et apte à servir en tout lieu. Nous ne prenons pas même le temps de voir le tombeau de Daniel à Suse et montons dans un taxi pour Tchoqâ Zanbil puis Andimechk.

Les fouilles ont été menées par des archéologues français 

Il n’est pas de premier tour d’Iran sans découverte de l’Élam. Tchoqâ Zanbil est la plus ancienne et la mieux conservée parmi les ziggourats mésopotamiennes. Mais contrairement à celles de l’actuel Irak, elle est faite d’étages emboîtés, non empilés. Les fouilles ont été menées par des archéologues français. L’un d’eux, Jacques de Morgan, a laissé un “château” à Suse, construction destinée à protéger du pillage le fruit des recherches. Dar Ountach - ou Al Ountach - fut occupée du xiiie au xiie siècle avant notre ère, et voulue comme capitale religieuse par le roi d’Élam Ountach-Napiricha (anciennement Ountach-Gal). Le dédicataire en était le dieu sumérien Inchouchinak. La ziggourat y a été insérée lorsque le Roi joignit à ce dieu de Suse le dieu d’Anchân, Napiricha. Il reste aujourd’hui trois (25 mètres) des cinq étages initiaux (60 mètres de hauteur). L’abandon de la Cité - où la ville ne fut jamais construite - se fit au bénéfice de Suse. Au viie siècle avant Jésus-Christ, le roi assyrien Assourbanipal détruisit Tchoqâ Zanbil après avoir pris Suse. Nous faisons le tour de l’édifice par un soleil de plomb, apercevant notamment ce qui n’est pas un cadran solaire mais un temple. Comme le tombeau de Cyrus II, le site est l’exemple même de ces ruines que l’on ne veut avouer avoir manquées de retour au pays, mais qui présentent trop peu de relief pour susciter l’enthousiasme des profanes.

 

Ziggourat de Choqâ Zanbil

 


Mes meilleures photographies, à travers la vitre de l’autocar

À la gare routière d’Andimechk, nous faisons la connaissance d’un employé de la Compagnie des autocars, Mohammad. Il juge les Français endurants et gentils ; fainéants, aussi, car leurs consonnes finales sont muettes. Je ne sais ce que trafique ce garçon qui fume de bonnes cigarettes, arbore un téléphone portable dernier cri et diffuse sur Instagram la photographie de tous les touristes rencontrés. Encore nous a-t-il montré ces clichés. Il est quasiment le seul à n’avoir aucun mot contre les autorités, alors qu’il est visiblement le plus laxiste parmi nos connaissances iraniennes. En tout cas, la route que suit l’autocar entre Andimechk et Kermânchâh à l’ouest du massif du Zagros, à travers les provinces du Lorestân et de Kermânchâh, est de toute beauté. Je suis un piètre photographe et mon appareil à bas prix n’a que dix jours. Mais je me demande si je n’ai pas réalisé là mes meilleures photographies, à travers la vitre de l’autocar. Un gentil voisin me rappelle que je ne dois photographier, ni installations industrielles, ni forces de l’ordre. Un autre, d’une tape sur la tête, me signale que nous nous engageons dans une gorge. Je trouve là les paysages dont je rêve depuis tant d’années : de vastes plaines plantées de montagnes à pic, des champs de blé vert et de pâles pâturages. Jusques au bord de la route, des pasteurs mènent des troupeaux de moutons et de chèvres, plus quelques vaches. Trop de poteaux télégraphiques, mais quelques ruisselets. Aucun paysage ne m’a autant touché depuis les Highlands… Dans l’autocar, nous devisons avec un Azerbaïdjanais employé à la Compagnie des pétroles, ainsi qu’avec un jeune Kurde.

Paysage du Lorestân

 


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