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Napoléon : à lui l’avenir !

Napoléon : à lui l’avenir !

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Max Gallo nous manque. Cet amoureux de la France était un bel historien et un incomparable conteur. En relisant le tome 1 de Napoléon, on se plonge avec délice dans les eaux glorieuses de notre cher roman national et on a l’impression très réaliste de côtoyer familièrement le héros.

Napoléon naît à Ajaccio le 15 août 1769, le jour de l’Assomption de la Vierge Marie comme un pied de nez joué par le destin à cette grande figure révolutionnaire.

Doué pour les études, en particulier les mathématiques, il est nommé au grade de lieutenant en second, le 1er septembre 1785. Il a seize ans et quinze jours. Il est le premier corse à être sorti de l’Ecole Militaire, qui plus est dans l’arme savante de l’artillerie. « L’artillerie, dit-il, est le meilleur corps et le mieux composé de l’Europe. Le service est tout de famille, les chefs sont entièrement paternels, et les plus braves, les plus dignes gens du monde, purs comme l’or, trop vieux parce que la paix a été longue. Les jeunes officiers rient d’eux parce que le sarcasme et l’ironie sont la mode du temps, mais ils les adorent et ne font que leur rendre justice. » Passionné par Rousseau, il lit ses œuvres et connaît par cœur des passages des Rêveries d’un promeneur solitaire, des Confessions, de La Nouvelle Héloïse. Il se nourrit insatiablement de nombreuses lectures : L’Histoire philosophique du commerce des deux Indes de Raynal, les œuvres de Corneille et de Racine, une Histoire des Arabes de Marigny, les Considérations sur l’Histoire de France de Mably, La République de Platon, les Mémoires du baron de Tott sur les Turcs et les Tartares, une Histoire d’Angleterre, un ouvrage sur Frédéric II, une étude sur le gouvernement de Venise, la vie des héros de Plutarque, mais aussi les Institutes de Justinien, ses codes et toutes les décisions des légistes romains. Par une sorte de préscience de ce destin qui se dessine, hors-normes s’il en fût, il récite les vers de Pope, le plus grand poète anglais du début du XVIIIème siècle : « Plus notre esprit est fort, plus il faut qu’il agisse. Il meurt dans le repos, il vit dans l’exercice. »

Dormant très peu, il prend des notes, écrit des contes, rédige ses réflexions sur la monarchie et aussi sur l’amour, ce sentiment qui le taraude : « Qu’est-ce donc que l’amour ? Observez ce jeune homme à l’âge de treize ans : il aime son ami comme son amante à vingt. L’égoïsme naît après. A quarante ans, l’homme aime sa fortune, à soixante, lui seul. Qu’est-ce donc que l’amour ? Le sentiment de sa faiblesse dont l’homme solitaire ou isolé ne tarde pas à se pénétrer… »

Pur révolutionnaire, insulaire dévoré par l’ambition, attendant son heure à partir de 1789, il condamne violemment les privilégiés : « Par toute la France, le sang a coulé mais presque partout cela a été le sang impur des ennemis de la Liberté, de la Nation et qui depuis longtemps s’engraissent à ses dépens. » Il est capitaine-commandant, il a vingt-quatre ans. Il est républicain, montagnard, partisan de la Convention contre ceux qui mettent en péril l’unité de la République. Le roi a été décapité le 21 janvier 1793. La Terreur s’installe. Bonaparte accepte que les têtes roulent, que la machine du docteur Guillotin à un rythme infernal accomplisse chaque jour son office.

Il prend le commandement de l’armée d’Italie, la plus démunie des armées de la République. Elle doit jouer un rôle mineur en fixant une partie des troupes autrichiennes tandis que celles, bien pourvues, des généraux Moreau ou Pichegru remporteront contre Vienne la victoire décisive. Enchaînant les batailles successives jusqu’à soumettre la République de Venise, Napoléon s’installe au château de Monbello près de Milan. De retour en France, ne sentant pas son heure arrivée de jouer un rôle politique majeur, il préfère repartir, cette fois en Egypte, afin d’affaiblir et de tenter de détruire définitivement l’Angleterre. Il part en conquérant, tel Alexandre, telles ces figures antiques entrées triomphalement dans les villes mythiques que furent Alexandrie et Jérusalem. Malgré les immenses dangers et les incertitudes de ce périple, Napoléon pourra fouler cette terre où se sont croisés les pharaons, Hérodote, César et Pompée. Il appareille au sein d’une flotte composée de plusieurs dizaines de milliers d’hommes. Très vite, il s’empare de l’île de Malte qui ne se défend guère. « Il est désormais le maître de ce qui est un Etat. Rien ne peut résister à sa volonté, et cela excite son imagination. Il dicte des codes, des décrets, réorganise toute l’administration de l’île. Lorsqu’il va et vient dans la grande salle de l’Ordre, il s’arrête parfois devant l’un des blasons de chevalier. Durant quelques minutes, il ne dicte plus. Il avait fallu des siècles pour bâtir cet Etat. Il lui suffit de quelques heures pour en construire un différent. Et mettre en place, en seize paragraphes, toute l’administration de l’île, en finir avec les titres de noblesse. Il sent que ses aides de camp l’observent, figés dans une admiration respectueuse. Un homme, du haut du pouvoir, il l’a déjà pressenti en Italie en créant les Républiques cisalpine et ligurienne, peut changer tout l’ordre des choses. Un homme commandant à des soldats en armes peut autant, plus qu’un peuple en révolution, qu’une populace et son désordre. Cette idée l’exalte. Il est fier de son œuvre. » Cette guerre, alors qu’il aurait pu choisir de s’enfouir dans les intrigues du Directoire, dans les salons où bavards et femmes se meuvent, c’est l’épreuve que depuis les temps antiques on impose au héros. Il sait que son heure sonnera bientôt.

A l’aube du 11 novembre 1799, il devient consul. Il lit le décret : « Le corps législatif crée une commission consulaire exécutive composée des citoyens Sieyès, Roger Ducos, ex-directeurs, et de Bonaparte, général, qui porteront le nom de consuls de la République. » Puis Napoléon prend place dans le cortège qui conduit les consuls jusqu’à la salle de réunion où ils vont prêter serment de fidélité « à la Souveraineté du Peuple, à la République française une et indivisible, à l’Egalité, à la Liberté et au Système représentatif ».

Il est parvenu au sommet, il a trente ans. Il peut se dire, in petto : « Oui, la Révolution est finie. Je suis celui qui ferme un temps et ouvre une autre époque. Enfin, enfin ! Le jour se lève ! A moi l’avenir ! »


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