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TETRASLIRE, le mensuel de vraie littérature pour les enfants 1/2

TETRASLIRE, le mensuel de vraie littérature pour les enfants 1/2

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Propos recueillis par Maximilien Friche

TétrasLire est le nom d’un magazine de littérature à destination des enfants. Lancé en octobre 2015, ce magazine a su trouver sa place d’autant plus facilement qu’elle était libre. Avant TétrasLire, les magazines pour les 7-12 ans ne proposaient pas réellement de la littérature mais plutôt des histoires niaiseuses de la vie courante écrites dans une langue appauvrie volontairement. TétrasLire est arrivé et la littérature est de nouveau possible, les enfants peuvent se configurer à des héros et plonger en aventure. MN a rencontré deux des responsables des éditions Alba Verba à l’origine de ce nouveau magazine.

MN : On ne se lance pas dans un projet de la sorte sans avoir fait le constat de la nécessité d’y aller. Quel est votre constat sur l’état de la littérature jeunesse ? Et pourquoi avoir décidé de lancer un nouveau magazine de littérature pour la jeunesse, TétrasLire?

AlbaVerba : Beaucoup de choses existent dans le domaine de la littérature jeunesse, mais cela prouve aussi qu’il y a, sinon un marché, un vrai sujet… Cependant ce qui existe n’est pas satisfaisant et ne couvre ni le champ des besoins, ni le champ des possibles. Le besoin de donner le goût de la lecture aux enfants n’est plus pris en charge par l’école et il doit donc rentrer dans les préoccupations des familles. L’offre qui existe à partir de 8 ans, l’âge auquel les enfants ont acquis la lecture fluide et auquel ils ont envie de lire, est nulle. On leur propose des premiers romans qui sont vraiment anémiques. La littérature jeunesse aujourd’hui se veut une lecture miroir où les personnages des histoires ont le même âge que les lecteurs, les mêmes vies ordinaires, les mêmes préoccupations du quotidien. On leur raconte l’histoire d’écoliers qui vont à l’école, mangent à la cantine etc. Les intrigues sont donc anémiques, les personnages sont inintéressants et pour couronner le tout, la langue est d’une pauvreté affligeante. D’ailleurs, ces premiers romans ne sont pas écrits par des écrivains mais par des orthophonistes avec des phrases courtes, simples et un vocabulaire qui ne dépasse pas 50 mots. On s’interdit tous les effets de style car on considère que les enfants sont incapables de les comprendre. On arrive ainsi au degré zéro de la littérature avec un langage quasiment oral, c’est tout simplement de l’anti-littérature.

Au contraire, chez AlbaVerba, avec TétrasLire, on considère qu’à partir de 8 ans, les enfants ont une vraie soif de lire. Et il faut nourrir cette soif de lire avec de la vraie littérature, c’est à dire des textes qui les font progresser dans la maîtrise du langage, qui leur font comprendre la richesse, les subtilités de la langue, la saveur d’un style. Et nous cherchons plus particulièrement des textes qui ont plusieurs niveaux de lecture. Prenons par exemple Les Trois Mousquetaires. Le lecteur commence par suivre l’intrigue, puis il va comprendre l’implicite de l’intrigue, accéder à la psychologie des personnages, et enfin goûter à l’humour de Dumas. Et c’est ça qui est intéressant, l’enfant va pouvoir progresser dans sa lecture sur le même texte. Cette offre-là n’existait pas. C’est une offre qui avait disparu jusqu’à ce que l’on lance TétrasLire.

Pour ce qui est des illustrations, le constat est le même. Il y a beaucoup de choses pour les petits de 3 à 8 ans et beaucoup d’autres pour les ados, en revanche pour cet âge, appelé par les médecins l’âge de latence, on a l’impression que les maisons d’édition ne savent pas s’adresser aux enfants. Les illustrations sont souvent un peu simplistes, bêtes, dénuées de profondeur et de matière et encore plus de références culturelles. On s’adresse à eux soit comme à des ados soit comme à des bébés et on ne sait pas entrer dans leur univers.

MN : Votre magazine commence toujours par un édito qui fonctionne un peu comme une mise en imaginaire, une sorte de sas pour rentrer dans l’imaginaire, se laisser porter. L’édito agit un peu en promesse. Est-ce toujours utile ce genre de sas aujourd'hui pour lâcher les écrans, les bavardages et le zapping permanent ?

AlbaVerba : 8-12 ans est l’âge par excellence de l’imaginaire. Les enfants ont une véritable soif d’autonomie au sortir de la petite enfance et, à cet âge où l’on dépend encore de ses parents, l’autonomie ne s’acquiert que grâce à l’imaginaire. C’est un âge fascinant du fait de la richesse intérieure et intellectuelle qui est sans limite grâce à l’imaginaire. La littérature est donc extrêmement intéressante à cet âge-là pour acquérir une structure mentale et permettre la construction de chaque personnalité.

Avec TétrasLire, on est totalement conscient que l’on est en contradiction avec tout ce qui leur est proposé aujourd’hui. Vous évoquez la nécessité d’un sas pour rentrer en littérature… ce n’est pas tellement notre intention, en revanche, pour accéder à l’imaginaire que nous proposons, il faut avouer qu’il est nécessaire d’« habiller la mariée » ! Il y a besoin d’entrer dans une démarche de séduction aujourd’hui pour proposer de la littérature aux enfants plutôt que des jeux vidéo, plutôt que des films, plutôt que… rien. Le but est de leur faire comprendre que c’est accessible pour eux, que la littérature n’est pas réservée à des plus grands, à des plus cultivés, des plus intelligents. Il y a besoin de leur mettre le pied à l’étrier et de combattre toutes leurs représentations. Non, Dumas, ce n’est pas seulement un gros pavé difficile à étudier en 5ème, … c’est aussi et surtout de l’aventure, des écrits drôles. Il faut donc éclairer de façon particulière les auteurs que l’on propose. Cette démarche de séduction est importante pour les enfants et également et surtout, pour les parents qui achètent le magazine ! Sans édito, sans illustration, … les parents s’effraieraient que l’on propose à leurs enfants Tolstoï, des auteurs inconnus, des auteurs datés et marqués comme George Sand…

MN : Justement concernant l’illustration, est-ce aussi sa fonction, séduire ? N’est-elle pas parfois une entrave à l’imaginaire en proposant un univers aux enfants ? Quels sont vos critères de choix des illustrations ?

AlbaVerba : La première fonction de l’illustration et de l’iconographie en général est de créer un bel objet, donc oui, l’objectif de l’illustration est de séduire un public pas forcément habitué à la littérature. Les enfants à cet âge sont encore très sensibles à la beauté, ils n’ont pas encore atteint l’âge du concept qu’est le nôtre. Un bel objet, on a envie de le prendre, de le manipuler, de le feuilleter et de se l’approprier.

Une illustration est là également, bien sûr, pour révéler l’atmosphère du texte et plonger l’enfant dans une ambiance et dans l’univers de l’auteur. C’est clairement le critère de sélection de l’illustrateur. Pour le texte de Gustave Aimard que nous avions choisi, un texte sur le Grand Ouest racontant une histoire de western avec des héros ambigus à la Sergio Leone, ni complètement gentils, ni complètement méchants, il nous fallait un illustrateur capable de donner ce côté un peu sombre des personnages. Ce n’est pas du tout le même travail pour George Sand, où il nous faut des choses plus légères et plus épurées. Tous les illustrateurs ne sont pas capables d’illustrer le Grand Ouest et tous les illustrateurs ne sont pas capables d’illustrer George Sand. Ils ne peuvent pas tout faire. Qui va révéler l’atmosphère d’un texte ? Voilà la question que nous nous posons à chaque numéro pour sélectionner un illustrateur.

 

A suivre…


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