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MN prend la marge et revient en septembre


La politesse : sève issue de nos racines chrétiennes

La politesse : sève issue de nos racines chrétiennes

Par  

Saynète :


Un soir vers 19h30, le silence fait une apparition bienvenue dans un open space. Là, des dizaines d’écrans éclairent de leur lumière pâle quelques visages fatigués par une journée de labeur. Enfin une pause. Joseph Lebrun savoure ce moment rare. Son collègue, dos opposé est parti. Étonnement, il a laissé sa veste. Vers 19h45, le voilà de retour avec, oh surprise, dans ce cadre terne, son fils âgé de 12 ans.
– « Joseph, je te présente mon fils qui revient d’une visite chez le médecin. Hippolyte voici Joseph »
– « Ah, bonjour jeune homme » répond Joseph un peu interloqué par la rapidité et la simplicité de la présentation
Ce collègue fait partie de ces arrivistes, le visage portant la réussite. Son fils, mignon, est habillé à la mode. Non catholiques, ses parents ont réussi à le faire rentrer dans un prestigieux lycée catholique parisien sur la fausse promesse d’un éventuel baptême. Paris vaut bien une messe ! L’enfant travaille pendant que son père finit d’écrire un mail. Quelques minutes plus tard, il s’approche de Joseph, lit par-dessus son épaule l’écran d’ordinateur et lui dit :
– « Tu fais quoi ? »
– Un peu surpris, Joseph répond : « Euh, je travaille… »
Faisant un effort pour s’intéresser au gamin, Joseph pose une question :
– « Tu veux faire quoi plus tard ? »
– « Ah, la même chose que mon père et ma mère, banquier. »
– « Allez Hyppolite, on s’en va ! » dit son père, nous coupant au milieu d’une conversation qui s’apprêtait à être passionnante…
– Tout en lisant l’écran, Hyppolite dit : « Alors, au revoir Robert, je crois. »
– « Non », répond par réflexe Joseph, « c’est Joseph mon prénom … à bientôt Hyppolite »
– « À bientôt alors Joseph. »
Ils s’en vont et laissent un Joseph choqué par cette scène. Cet enfant, peut-être futur membre de l’élite lui a parlé du haut de ses 12 ans comme à un copain, en le tutoyant. Son père lui a montré l’exemple par une présentation lapidaire de son responsable hiérarchique…

Joseph s’abime dans ses réflexions. Qui suis-je pour être traité par cet enfant comme un de ses copains ? Qui suis-je pour être présenté par ce collègue comme un vulgaire péquin dont le nom est tu et le prénom proclamé ? Laissons Joseph avec son orgueil blessé. Nous tenons là un sujet révélateur de l’état de barbarie de notre société. Attention, nous ne sommes pas confrontés à une racaille de banlieue qui, par un vocabulaire inapproprié, aurait manqué de respect. Nous sommes en face des réalités profondes de la société bourgeoise. L’absence d’usage de ce garçon et de son père nous amène à réfléchir sur le sens de la politesse.

Pourquoi cette absence d’usage ?


Il ne faut pas en vouloir à ce père qui n’a rien appris à son fils. Depuis au moins deux décennies, le monde est aplati par la mondialisation. La hiérarchie sociale a suivi ce phénomène physique. Telles les frontières, la politesse disparait progressivement. Les «  bonjour Monsieur », le vouvoiement sont devenus des ovnis. Les enfants sont habitués dès le plus jeune âge à ne pas respecter ces vieux codes. Les parents y veillent. En effet, pour réussir, il faut être vrai, mal élevé et impoli. Nous sommes tous égaux… Les parents et les enfants sont au même niveau, alors pourquoi donc vouloir mettre des aspérités sur cette surface plane des relations sociales? Prenons l’usage du prénom à la place du nom de famille. De l’école à l’entreprise l’individu n’existe plus que par son prénom ce qui peut engendrer des scènes cocasses. La confusion des personnes peut arriver mais ce n’est pas grave. Le nom est effacé. Peut-être la disparition de la famille traditionnelle en est la cause. L’individu est devenu un être nu, solitaire, sans racine familiale. Il n’y a plus de clan… Et la société le préfère car la manipulation en est facilitée. En ce qui concerne le vouvoiement, il serait le signe d’une fausse autorité vous répondront les parents convertis au tutoiement. Il marque une différence dont on ne veut plus. D’ailleurs, observez que la relation enfant-parent est de plus en plus proche. On fait tout pour eux. On est toujours avec eux, alors quelle distance voulez-vous mettre? En somme votre rejeton est votre meilleur copain, il est votre double narcissique… Alors adieu vouvoiement, adieu la politesse d’usage. Résultat, Hyppolite, non responsable de ce qu’il dit, ramène Joseph à son niveau ce qui forcement le vexe car il vit dans l’ancien temps. Pauvre de lui.

La politesse pré requis pour la naissance d’une morale


L’usage fait partie des codes de la politesse, son absence est un vrai marqueur de notre société. Je rejoins là le professeur de philosophie et vulgarisateur André Comte Sponville qui fait de la politesse une vertu mineure, condition nécessaire à l’apparition de la morale. C’est un sujet que notre ministre de l’éducation nationale devrait méditer. Sans le rétablissement des usages, pas de vraie autorité de maitre. Pas d’autorité, pas de possibilité d’enseigner une morale. Et oui, la forme bien que dissimulatrice des vraies sentiments permet un entrainement au bien. Car au nom des faux semblants on a jeté par-dessus les orties les usages. Et c’est triste ! Kant disait « Par le fait que les hommes jouent des rôles, les vertus dont, pendant longtemps, ils ne prennent que l’apparence concertée, s’éveillent peu à peu dans leur manière. » Ainsi, l’apprentissage de la politesse permet l’apparition de la délicatesse condition nécessaire pour créer une civilisation pérenne.

La politesse loi divine ? Forme faible de la charité

Allons plus loin. La politesse française est imprégnée de catholicisme. Elle est une forme faible de la charité. Bien évidemment, on s’éloigne de l’exemple précédent. On est dans la généralisation de la politesse : les « merci », « s’il vous plait », le fait de faire passer les dames en premier… Pourquoi tous ces principes auraient un sens catholique ? Pour répondre, voici quelques exemples : dire « Monsieur » montre le respect de la hiérarchie divine, de la loi naturelle. Un enfant n’est pas un adulte. Dieu n’est pas un copain. Dire « merci » est un acte de louange déguisé, un premier pas vers l’amour du prochain. Dire « s’il vous plait » est reconnaitre la liberté individuelle, l’individu dans son intégrité. Même passer en premier dans un restaurant pour réserver une table est une forme de protection du plus faible. Voici on peut multiplier à l’infini… Ainsi notre politesse française est la sève de l’arbre formé par nos racines chrétiennes dont elle irrigue les branches, les vertus. C’est pour maintenir la possibilité de reformer d’autres belles civilisations qu’il faut transmettre coute que coute, la politesse, au risque de finir par dessécher complètement cet arbre multi-centenaire.

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