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MN prend la marge et revient en septembre


Tout est travail. Tout est loisir.

Tout est travail. Tout est loisir.

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⁂ Diffusion initiale : 3 mai 2015 ⁂

Sous notre latitude, il serait séant d’éviter de « faire la gueule » en toutes occasions, au travail comme en vacances. Faisons le point. Il existe incontestablement des activités physiquement pénibles. Et si les mineurs de charbon ont disparu de la nomenclature, le quotidien des chaudronniers, mécanos, et autres intervenants du bâtiment ou des hauts fourneaux ne peut se confondre avec celui des jours de fête…

Ce ne sont là que quelques exemples de ces travaux qui méritent respect et considération. Ils participent, souvent dans des conditions très difficiles, au développement économique du pays. Dès lors, ces travailleurs seront mis à part de l’observation tout comme ceux qui connaissent une phase pénible tenant entre autres à la perte d’un être cher, d’un emploi, d’un divorce. Reste ensuite une grande majorité d’individus qui semblent frappés d’un mal mystérieux. La plupart se remarque aux péages de l’autoroute, par la fenêtre du chauffeur. L’attitude ne trompe pas. Il s’agit de l’homo-coincé-nerveux. Il part en vacances. La tête en avant, les mâchoires sont bloquées, les doigts serrent ou tapotent la direction. On peut même envisager le pire : il est déjà en vacances ou en revient ! Dans tous les cas, il vous montre les merveilleux effets de cette période de congés sur son moral… Le sourire est pour lui un très très vieux souvenir. Sur une aire d’autoroute, à l’aéroport, dans un train, au restaurant, dans l’hôtel choisi pour la halte de la nuit ou pour passer quelques jours, ce vacancier présente ces mêmes signes de bonheur !

Sincèrement en le voyant ainsi, on ne sait plus très bien si son insatisfaction tient à son travail ou à ses vacances. Il est vrai que certains réservent pour leurs vacances des travaux appliqués et assidus. Ceux-là font des stages, suivent des visites scientifiques, historiques, linguistiques. Bref, autant de contraintes qu’ils s’imposent pour le plus grand plaisir des organisateurs de ces séminaires de vacances qui eux… sont en plein travail !

Sans compter les magasins de bricolage. Ils sont bondés par ces amoureux de la truelle ! Ils feront parfois les beaux jours des artisans locaux qui devront, à la rentrée, reprendre l’œuvre entreprise par ces galériens du bricolo-loisir. Il faudra rattraper le carrelage mal posé, restaurer cette prise sans électricité, mettre vraiment une évacuation au lavabo…!

Peu importe le résultat, puisque toutes ces activités choisies devraient remplir de joie ces fameux « forçats des vacances ». Que nenni ! Ils ont des doutes, des craintes, des regrets. Ils aimeraient faire autre chose. Ils manquent de temps, trouvent que d’autres font mieux qu’eux en se mettant au vert ou en se dorant sur une plage… Bref, ils ne sont pas contents de leur sort. Il en est de même lorsque ces « travailleurs, travaillent ». Ils commencent par vous dire généralement : « je n’aime pas ce que je fais », voire « je n’aime pas travailler ». Ils vous jettent à la figure cet anathème au terme duquel ils sont condamnés au travail. Et avec l’humour qui les caractérise ils vous précisent que s’ils avaient plus de temps libre, tout serait bien différent. Il fait toujours beau ailleurs et ici rien ne va plus.

S’il est vrai que « le travail, c’est la santé », les sirènes syndicales de ces dernières décennies – encouragées par des politiques complaisantes – se sont opposées au principe même de la valorisation du travail. Chacun doit défendre son fonds de commerce, c’est bien connu ! Que la situation soit claire : au travail comme en vacances, tout se trouve dans le cœur et dans l’état d’esprit. Cela est tellement vrai qu’on rencontre de plus en plus souvent des retraités frustrés d’être subitement inoccupés. Au point qu’ils organisent leur agenda sans y laisser le moindre blanc. Et que dire de tous ceux qui sont à la recherche d’un emploi ? La motivation première est sans conteste alimentaire, mais la reconnaissance sociale qui naît de l’exercice d’une activité n’est pas étrangère à ce besoin humain – voire animal – d’être utile au groupe au sein duquel on est intégré à un moment donné. Il est également notoire depuis des lustres que les vacances ne sont pas la solution à tous les maux. William Shakespeare (1564-1616) le disait déjà :

« Si l'on passait l'année entière en vacances, s'amuser serait aussi épuisant que travailler. »

C’est la joie de vivre qui est essentielle. Car à peu de chose près et pour le plus grand nombre dans nos sociétés, « tout est travail, tout est loisir ».


Le déni de la science : tout un programme !
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