Découvrez la collection Mauvaise Nouvelle, aux Éditions Nouvelle Marge.


Un premier pas pour une finance catholique

Un premier pas pour une finance catholique

Par  

Nous venons de fêter les 50 ans de Vatican II. Ce concile tant débattu a vu surgir un nouveau rite, seule la quête est restée. Oui, l’argent reste présent dans la vie du chrétien jusque dans nos églises. Même si le Pape François affirme que Saint Pierre n’avait pas de compte en banque, nous sommes obligés de constater que l’Église en a un. Pourtant l’Église entretient un tabou autour de cette question alors que paradoxalement les paraboles du Christ sont souvent illustrées par des comptes d’apothicaires. Après quelques temps de recherches, il faut bien dire qu’il existe bien peu de livres sur ce thème. J’en ai trouvé seulement trois : le livre de Pierre de Lauzun « L’évangile, le chrétien et l’argent »1, un petit opuscule de Laurent Seyer « L’argent dans nos vies de chrétiens »2 et un livre synthèse « la Finance Catholique »3 d’Antoine Cuny de la Verryère. Ces trois livres abordent des questions différentes sur le même thème. Pour l’un, ce sont les sources de l’argent dans les évangiles et la doctrine sociale de l’Église, pour l’autre, le comportement du chrétien face à l’argent et pour le plus récent, il s’agit d’un essai sur la finance catholique.

Ce dernier livre marque une étape importante sur le sujet puisqu’il propose de sortir d’une pure réflexion théologique pour déboucher sur une sorte de définition de ce que pourrait être les principes de la finance catholique. Son auteur, juriste de formation, après avoir compulsé les sources catholiques nombreuses mais très éparpillées, dessine les contours de ce qui pourrait être les préceptes à respecter pour fonder une finance catholique : prohibition des profits injustes, prohibition du court-termisme, prohibition des investissements non vertueux, obligation de partage des profits, obligation de privilégier l’épargne vertueuse, obligation de transparence, obligation d’exemplarité financière. Bien évidemment, ces concepts sont généraux et n’engagent que l’auteur. Il y aurait beaucoup à dire ! Mais nous devons le féliciter d’avoir posé une pierre, la première, à l’édifice d’une matière embryonnaire en France. Cette absence pour moi est un sujet de réflexion. Pourquoi y-a-t-il une recherche sur la finance islamique et non sur la finance catholique ? Pourquoi les catholiques français si prompts à se soulever contre l’avortement, contre le mariage gay, continuent à gérer leur argent comme s’ils étaient des païens ? Il existe pourtant nombre de chefs d’entreprises catholiques et même des banquiers ouvertement catholiques. Alors pourquoi n’existe-t-il pas de label finance catholique pour les produits d’épargne ? À cela, j’ai trouvé deux éléments de réponse.

En effet, depuis l’interdiction de l’usure, l’Église semble ne plus vouloir édicter de règles pratiques sur le sujet économique. Elle se contente d’apporter un éclairage mais non d’interdire et sûrement pas à donner un guide pratique temporel. Cette attitude dérive certainement de l’application du célèbre verset « rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » aux matières trop temporelles. C’est vrai, cette prudence évite de promouvoir des utopies (un monde terrestre meilleur) mais laisse toutefois le chrétien seul face à l’utilisation de son argent qui prend aujourd’hui une place importante dans sa vie au risque d’en faire une idole. Par ailleurs, et ceci concerne particulièrement la France, nous vivons dans l’ère de la séparation des comportements, la sphère publique-sphère privée, rejetant toute ingérence de convictions religieuses dans l’organisation sociale et économique. Cette idée est à ce point répandue, qu’il est rare que vous sachiez si votre voisin de travail est catholique. Alors comment voulez-vous voir émerger, sans l’appui de l’Église et de ses fidèles, une finance explicitement respectueuse des préceptes catholiques ? Pour la petite histoire, d’une indiscrétion d’un de mes amis banquiers, même les évêchés et autres congrégations religieuses donnent peu de directives éthiques pour la gestion de leur finance. La seule citée par mes sources est l’interdiction d’investir sur des produits agricoles pour des questions de faim dans le monde. Pour le reste, la maximisation du profit financier est de rigueur.

Mais revenons à notre deuxième raison. Elle nous concerne directement. Honnêtement, vous êtes-vous posé la question avant de placer votre argent de sa conformité avec vos convictions religieuses ? Même si vous n’avez pas d’épargne, vous êtes-vous enquis de savoir s’il y a une façon de gérer votre argent, une façon de dépenser ou de vous endetter, respectueuse de votre foi ? Non, sûrement pas. Voyez, notre manque d’intérêt et notre âpreté au gain sur la question est aussi la cause du manque d’initiative dans ce domaine. Nous sommes aussi fils de ce monde ! Ainsi notre responsabilité est lourde dans cette matière car nous devrions nous faire un devoir de nous poser la question au minimum du bien-fondé de l’utilisation que l’on fait de notre épargne.

Pour ne pas rester sur un constat d’échec, je voudrais opposer une attitude plus positive face à l’argent qui pourrait peut-être changer la donne. Soit, l’Église ne transformera pas son discours en guide pratique ou bien en loi comme pour les Hébreux, mais elle nous laisse libres d’agir. Le livre d’Antoine Cuny de la Verryere est la première étape d’une prise de conscience. Une autre plus individuelle serait celle de se poser la question de comment gérer nos finances selon nos convictions. Et son corollaire de refuser les placements de certaines banques. N’hésitons pas à challenger le banquier, à comprendre ce qu’il nous vend. Il est souvent lui-même critique envers ses propres produits. La deuxième piste serait de chercher à promouvoir toute initiative dans le sens d’une création de fonds d’investissement ou de sociétés de conseil financier ouvertement catholiques. Cela permettrait de peser sur la sphère financière et sociale. Cette forme plus « pro-active » existe déjà aux États-Unis, en Allemagne et en Italie et pourquoi pas un jour en France ?
  1. L’évangile, le chrétien et l’argent, , éditions du Cerf, 2003
  2. L’argent dans nos vies de chrétiens, , Collection du Laurier, 2011
  3. Finance Catholique – Au fondement de la finance éthique et solidaire, , éditions EMS, 2013

Démocratie, finance et banques centrales
Démocratie, finance et banques centrales
Quand la finance engendre la bureaucratie dans les entreprises
Quand la finance engendre la bureaucratie dans les entreprises
Lynchage post-léonardien pas très catholique au Royaume de Belgique
Lynchage post-léonardien pas très catholique au Royaume de Belgique

Commentaires


Pseudo :
Mail :
Commentaire :