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Le réel ne peut mourir

Le réel ne peut mourir

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Propos recueillis par Maximilien Friche

MN : Vous ponctuez votre essai d’interludes. Ces derniers puisent dans l’actualité quelques exemples de notre société en ruines. Dans ces interludes, vous êtes comme en narration, et on goutte votre texte comme on gouttait l’humour, l’esprit de Muray. La société moderne est-elle un matériau si proche de la fable ?

MB : Merci du compliment. Dans ce Voyage au bout des ruines libérales libertaires, j’associe le fait de penser intellectuellement ce qui se produit sous nos yeux avec, en effet, des cas d’école directement tirés de l’actualité. La société française craque de toutes parts, au point que nous ne nous en rendons parfois même plus compte. Le délitement est devenu la norme, les dernières années le montrent : nous vivons entre attentats et jacqueries, qui plus est dans un contexte de violence quotidienne, violence dont les lycées professionnels et les « quartiers » sont devenus un symbole. La foi en l’illimité de l’idéologie du Progrès s’est insinuée à toutes les échelles, pas seulement à celle de la question écologique. L’autorité du professeur ou du policier est un gros mot. Il en va de même de celle des parents. Tout ce qui poserait une limite est considéré comme une forme d’oppression en une société où la liberté des mœurs est devenue inséparable, économiquement parlant, du libéralisme économique et politique. Vouloir qu’un pays ait une frontière ? Que les migrations soient contrôlées ? Que les enfants de CM2 ne traînent pas dans les halls d’immeubles ? Que cannabis et cocaïne ne soient pas vendus à la sortie des lycées ? Que nos enfants sortent de l’école en sachant écrire trois phrases correctement et pour cela que les enseignants aient de l’autorité ? Que les « jeunes » issus de l’immigration, à la violence desquels nombre de quartiers sont abandonnés, soient désignés culturellement ? Que nous évitions d’avoir 14 % des accouchements dans le 93 qui sont accouchements de jeunes femmes excisées ? Tout cela est jugé oppressif alors qu’il s’agit du simple bon sens. Pour trouver des solutions à un problème, il convient de d’abord poser le problème. Concernant les « jeunes » que j’évoquais ? Posons la question de l’autorité dans la famille : quelle est la place de la femme musulmane face à un jeune adolescent ? Et du coup, quelle sera celle de l’enseignante face à ce même adolescent ? Les exemples pourraient être multipliés. Un dernier exemple ? Il faut vraiment n’avoir pas mis les pieds dans une petite ville préfectorale de province, en un mot vivre dans Paris intra muros, pour ne pas se rendre compte que la population de notre pays est en train d’être bouleversée, depuis la langue utilisée dans la rue jusqu’à la culture exogène en passe de devenir dominante. Le multiculturalisme n’existe pas. Il y a transformation culturelle de la France, et dans une moindre mesure d’autres pays européens. Reste que, vu d’ailleurs, la situation française est proprement hallucinante et que cette situation n’incombe pas aux défenseurs des limites. Qui exerce le pouvoir depuis 40 ans ? Qui est comptable de ce que nous vivons ? Dans quel autre pays riche du monde voit-on une telle violence que celle que nous connaissons depuis des années ?

MN : Vous dites que le réel ne peut mourir et vous y puisez votre espérance. Est-ce vraiment possible ? La vérité de ce qu’est un homme peut éventuellement disparaître. Et l’avenir de l’humanité enracinée est peut-être de vivre en camp, dans une réserve, comme dans le meilleur des mondes ?

MB : Je ne le pense pas. Nous sommes naturellement enclins à envisager la perte, ne serait-ce que du fait de la nature humaine de l’homme. Pourtant, nous ne sommes pas que matière. Nous sommes cette partie de la vie qui porte en elle la conscience, l’esprit ou l’Esprit avec majuscule, appelons cela comme on le voudra. Cette particularité est ancrée en nous. Et cet ancrage est ce qui est relié à l’ensemble de la vie, à commencer par notre écosystème. Que nous soyons autres que de simples animaux explique le développement actuel de violences militantes, vegans, animalistes, antispécistes et autres, qui voudraient nous réduire à cela. Un argument particulièrement drôle consiste à dire qu’il n’y aura qu’un gène ou que sais-je entre nous et la mouche… oui, et alors, justement, un gène ce n’est pas rien. Sérieusement, pour que le réel profond de l’humain disparaisse, il faudrait que ce dernier soit anéanti. Nous en revenons toujours à nos racines, il suffit de vieillir un peu pour le comprendre.

MN : Cher Matthieu, avec cet essai, vous vous faites prophète. Au-delà de l’analyse, vous donnez votre vision et vous conférez une énergie pour espérer et même agir. C’est ça la politique ? C’est ça ce qui manque à nos politiques, savoir être prophète ?

MB : J’avoue que j’aime peu ce mot, prophète, mais je ne vous en veux pas. C’est dans l’ordre des choses avec un pamphlet en forme d’essai. Ce qui manque ? Une vision claire, la capacité de refuser, la volonté de diriger et de gouverner, le respect des principes démocratiques, si le système devient une démocratie réelle, la décision de cesser de confondre politique et économie, le recours aux limites, que demandent d’ailleurs tous ceux qui sont au-delà et qui expriment violemment combien ils en souffrent, le goût du Bien commun, un projet réellement politique en somme et non plus managérial. Macron est l’entrée dans un nouveau cycle, la dernière étape de la société libérale-libertaire. La France n’est pas une start-up mais une nation et cela réapparaît au grand jour, tout comme elle est un pays aux racines chrétiennes, ce que Notre Dame vient de rappeler à tout un chacun.


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