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Pauvre Goupi-Mains Rouges

Pauvre Goupi-Mains Rouges

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Sous Pétain, Vichy attribuera à la ville la responsabilité de la défaite de 1940 et de la « démoralisation » de la France. Fleurissent les œuvres à la gloire de la ruralité, d’une paysannerie sans cesse idéalisée comme dans « la Terre qui meurt » de René Bazin, livre ne m’ayant jamais inspiré qu’un ennui profond, sans parler du « Ravages de Barjavel, passionnant ouvrage de Science-Fiction qui finit en utopie réactionnaire. De manière curieuse, ce seraient les écologistes actuels qui seraient les plus nostalgiques de cette période, du moins pour certaines choses. Sans parler du pétainisme de retour dans les mœurs entre les sexes et dans la manière de considérer le rôle des femmes.

Parmi les œuvres célébrant une paysannerie rêvée, on se souvient de Goupi-Mains Rouges, film de Jacques Becker sorti en 1943. Un Parisien caricatural, Goupi-Monsieur, fine moustache de séducteur hollywoodien, cigarette de voyou à la bouche, costume de prix sur le dos, pétri de mauvaises habitudes de citadin perverti, est accusé d’un crime qu’il n’a pas commis. Il finit par rentrer dans le droit chemin et ne retournera pas vers la ville lumière si malfaisante, incitatrice des pires vices, il se marie avec une fille du pays, une bonne « pondeuse » comme il se doit qui lui donnera de beaux enfants pour repeupler la France en portant les « saines » valeurs du Maréchal Pétain.

Nota Bene : Ami lecteur, au cas où cela ne serait pas compréhensibles les phrases précédentes sont ironiques.

Ils sont tenaces les clichés qui collent aux paysans, pardon aux habitants de la ruralité, pardon aux habitants des territoires (on ne sait plus comment dire). La vie rurale serait plus saine, l’être humain y serait plus moral, plus droit qu’ailleurs. Par ailleurs bien entendu on entend la ville, et par ville on entend souvent Paris à la campagne (Nota Bene : on ne doit plus dire ça non plus parait-il car considéré comme péjoratif), un Paris vu comme forcément tentaculaire, écrasant les petits, un Paris peuplé de gens méchants ne songeant qu’à ridiculiser les petites gens si sages, à entendre l’opinion flatteuse qu’ils ont d’eux-mêmes.

On se dit encore « paysans » avec fierté alors qu’on est devenu la plupart du temps des employés des grosses multinationales céréalières et, ou laitières. Les agriculteurs se sont « prolétarisés » depuis le remembrement et la mécanisation des cultures qui les a précipités dans une spirale d’endettements sans fin. Ils ne « nourrissent » plus vraiment le pays car leur production est exportée en grande partie. Mais vivre dans le déni du réel semble être rassurant. Ce sont pourtant des salariés comme d’autres, soumis à une atroce pression.

 

La nature humaine est tout aussi lamentable dans les campagnes qu’en ville. Les rancœurs tenaces, parfois sur plusieurs générations, y sont banales, sans parler des ragots viciés et autres commérages visqueux, jalousies diverses et variées, calomnies abominables, qui sont un sport rural encore très pratiqué. Et je jetterai un voile pudique sur les complexes d’infériorité vis-à-vis des méchants « parigots » dont on aime bien cependant palper les espèces sonnantes et trébuchantes. Ils ont aussi plus de sens esthétique que la plupart des habitants de nos provinces, ce qui nous évite de plus depuis quelques décennies les toits en tôle remplacés par des toits en chaume ou les bâches plastiques sur le foin.

De plus c’est le plus souvent grâce à eux et des initiatives enthousiastes que des traditions locales, des artisanats renaissent de leurs cendres un peu partout. Alors que les locaux pour les plus jeunes rêvent souvent de Netflix (TM), de jeux vidéos et de vie dans les grands ensembles des banlieues. Faire son jardin devient à leur yeux un loisir trop fatiguant, il faut se baisser continuellement, c’est traumatisant (sic). Et puis des « légumes comme ça msieur, y’en a plein les supermarchés » comme m’a dit un jour l’un d’eux me voyant planter des potimarrons. Je parie que le même se lamente lui aussi de l’exode rural…

Malheureusement les cours de fermes laides et sales, crasseuses, sont encore nombreuses. La précarisation du mode de vie des exploitants n’est pas en soi une excuse pour mal tenir leurs maisons et jardins. La plupart incriminent les « bobos parisiens » de leurs manques d’hygiène, c’est plus pratique que de se remettre en question.

Si je suis venu y vivre, dans notre îlot, ce n’est plus par idéalisation de la paysannerie, mais pour me sauver de la « vie sociâââle » dans une société malade de ses « plaisirs trist


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