Qu’est-ce qu’une nation ?
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Qu’est-ce qu’une nation ?
Dans Histoire de la nation française, l’historien Eric Anceau raconte la longue suite d’évènements et de mythes qui ont fait la France.
Dans sa conférence Qu’est-ce qu’une nation ? à la Sorbonne en 1882, Ernest Renan nous avait légué sa célèbre analyse : « Une nation est une âme, un principe spirituel… Une chose est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis. » Comment mieux dire les choses ? Renan poursuivait : « L’existence d’une nation est (pardonnez-moi cette métaphore) un plébiscite de tous les jours, comme l’existence de l’individu est une affirmation perpétuelle de vie. »
Marc Bloch a aussi rappelé en son temps qu’il fallait tout prendre de la France et s’émouvoir à la fois du sacre de Reims et de la fête de la Fédération, comprendre comme l’affirmait de Gaulle que la France n’est exclusivement ni la gauche, ni la droite, mais les deux et bien plus encore, ou comme le soulignait le poète Aragon dans La rose et le Réséda qu’il faut lorsqu’on parle d’elle être en mesure de commémorer conjointement « celui qui croyait au ciel et celui qui n’y croyait pas. »
Eric Anceau insiste sur la difficulté qui est celle des Français, peuple très politique, de parvenir à concilier des aspirations diverses et parfois opposées : « De par leur histoire, les Français accordent une importance plus grande que la plupart des autres à l’intérêt général, à l’Etat social et au service public dont ils ont le sentiment qu’ils sont nécessaires au bien commun, mais dont ils voient également qu’ils se portent très mal. Il ressort des différentes enquêtes d’opinion que la majorité des Français souhaitent également plus de justice sociale, convaincus comme Jean Jaurès que la grandeur d’une nation se mesure à la façon dont elle traite les plus faibles de ses citoyens. Ils sont aussi favorables à une solidarité avec les étrangers, mais estiment dans le même temps que les flux migratoires doivent être mieux contrôlés et qu’une différence de traitement doit être faite entre les nationaux et les non-nationaux. »
Cette culture du dilemme permanent trouve vraisemblablement sa cause, dans les pages récentes de notre Histoire, à travers le régicide de Louis XVI. Cet acte criminel a fondé les temps modernes par l’élimination de la figure incarnant l’autorité légale. Il est donc probable que l’inconscient collectif des citoyens soit fortement marqué par cette tâche, sorte de péché originel de la République.
Alors qu’il faudrait œuvrer à consolider le roman national vis-à-vis des générations actuelles, tout un courant idéologique s’applique à l’inverse à prôner la repentance et la détestation de soi. La plupart des hommes politiques français, des milieux culturels et universitaires sont les tristes acteurs de cette œuvre de savante déconstruction. Les lois mémorielles, la folle déclaration de Macron sur « la guerre d’Algérie, crime contre l’humanité », l’attirance insensée pour le wokisme et son « combat éveillé » contre la nation, contre la culture française et contre le christianisme sont autant de coups violents et irréversibles portés à l’identité nationale.
Relisons en contrepoint l’exhortation tout en équilibre d’Albert Camus : « Il est bon qu’une nation soit assez forte de tradition et d’honneur pour trouver le courage de dénoncer ses propres erreurs. Mais elle ne doit pas oublier les raisons qu’elle peut avoir encore de s’estimer elle-même. Il est dangereux en tout cas de lui demander de s’avouer coupable et de la vouer à la pénitence éternelle. »
Prenons donc soin de notre France, s’il est possible, car Paul Valéry avertissait déjà en 1919 : « Nous autres, civilisations, nous savons désormais que nous sommes mortelles. » A l’heure où les menaces extérieures se précisent et où les menaces intérieures (violences, consommation endémique de drogue, installation sur le territoire de contre-cultures islamistes…) ne sont pas endiguées ni fermement combattues du fait de la pusillanimité des gouvernants, il semble audacieux de croire encore en un hypothétique sursaut. L’ouvrage d’Éric Anceau a l’indéniable mérite d’y aider.



