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Bifurquer après Bernard Stiegler

Bifurquer après Bernard Stiegler

Par  

"On ne se baigne pas deux fois dans le même fleuve"

(Héraclite)

 

J’ai aimé et défendu la pensée de Bernard Stiegler dès que j’en ai eu connaissance, en particulier son livre paru aux Éditions Les liens qui libèrent en 2018, Qu’appelle-t-on panser ? — 1. Au-delà de l’entropocène, dans un texte paru dans la revue TK-21, Bernard Stiegler, par-delà Heidegger. M’avait particulièrement intéressé sa critique néo-heideggerienne de la Volonté de technique et de calcul. Puis j’avais rapidement noté que ses nouvelles obsessions étaient l’alarmisme climatique en la figure de Greta Thunberg (il y a consacré le volume 2 de Qu’appelle-t-on panser ?, « La leçon de Greta Thunberg ») et la notion de post-vérité dont il faisait en la personne de Donald Trump première version le chantre négatif absolu. Je dois dire que je n’ai pas eu envie de lire ses derniers livres, mais que, dans certaines périodes de désœuvrement, je l’ai pas mal écouté dans ses diverses interviews, en particulier sur Thinkerview. C’est en écoutant/regardant plus particulièrement cet entretien avec Thinkerview du 17/01/2018, Bernard Stiegler : mutations sociales, politiques, économiques et psychologiques, que m’est venue l’envie d’écrire ce texte non pas contre lui, mais après lui. Puisque penser, c’est bifurquer avec une vitesse infinie, supérieure même à celle de la lumière, c’est-à-dire plus vite que toute IA, tout calcul et tous algorithmes, alors on doit bifurquer après celui qui est mort trop tôt pour voir qu’il commençait à sérieusement se tromper par excès de croyance toute religieuse – hors de toute raison : Greta Thunberg n’est qu’une autiste gourou d’une cause au doigt mouillé en rien scientifique (l’équivalent pour la science du climat de la Terre d’une jeune fille qui aurait vu la Sainte Vierge pour la théologie, mais pas plus ; Donald Trump, pur impulsif, n’a qu’une chance sur deux de se tromper lorsqu’il s’exprime sur un quelconque sujet, alors qu’un Emmanuel Macron, par exemple, est un champion machiavélique du mensonge permanent : il ment tout le temps, et nous/se trompe aussi souvent. Par ailleurs, Bernard Stiegler n’a pas eu le temps (je rappelle  ici qu’il s’est suicidé le 5 août 2020) de voir que la post-vérité est devenue essentiellement l’apanage de la presse mainstream (celle qu’Elon Musk qualifie de Legacy Media, et contre laquelle il lutte vaillamment, tel un Robin des Bois des temps numériques modernes, raison principale à mon avis de la haine qu’il déclenche assez systématiquement dans la caste médiatique, soit dit en passant) et que son dernier sujet de prédilection, l’alarmisme climatique, est devenu LE sujet chaud du moment, qui a remplacé le Covid au centre des peurs contemporaines, avec tout aussi peu de place laissée au débat scientifique contradictoire : ceux qui sont vite nommés climato-sceptiques, équivalents au « complotistes » du Covid, sont éjectés du système médiatique, et l’on n’entend plus, sur les chaînes autorisées, qu’un seul son de cloche – exactement celui de la dernière obsession du philosophe. Dommage que Stiegler, qui défendait le premier Web comme outil nouveau de démassification contre la télécratie, n’ait pas vécu assez longtemps pour voir et expérimenter le mouvement lancé par Elon Musk sur X, « We’re the Media », contre toute médiacratie : condition nécessaire bien que non suffisante pour une bifurcation vers un cerveau collectif[i]. Ah, peut-être même eût-il alors désiré lire mon Tweet n°1 et philosopher dans le carré !?…

Sans vouloir particulièrement défendre Donald Trump seconde version (sa politique en Iran est catastrophique), je dois froidement constater ceci : quand il défendit un moment l’hydroxychloroquine comme possibilité de traitement du Covid, il fut plus proche de la raison scientifique et médicale (puisque ce fut le seul médicament qui fonctionna, in fine, contre la première souche du virus SARS-CoV-2) que Le Monde ou Libération pris dans leur ensemble depuis 6 ans ; quand il déclare de façon abrupte que le réchauffement climatique anthropique est un canular, il n’a qu’une chance sur deux de se tromper, puisque celui-ci, et je suis une fois de plus d’accord avec le professeur Didier Raoult sur ce sujet, n’a jamais été formellement prouvé ou démontré. Tout ça pour dire que Donald Trump » est un mauvais sujet pour le philosophe : il n’est ni pire ni meilleur que la plupart des présidents américains depuis disons Richard Nixon ; il gère le déclin de l’Empire américain, qu’il semble, malgré ses prétentions et diverses promesses, incapable d’inverser[ii].

Karl Popper l’écrivait, « une théorie est scientifique si elle est réfutable, c'est-à-dire si on peut imaginer une expérience ou un fait qui prouverait qu'elle est fausse. S'il est impossible de la contredire, la théorie n'est pas scientifique ». Quand l’on sait que la directrice de France Inter, Adèle Van Reeth, a déclaré en avril 2024 sur France-5 que sa station de radio avait fait le choix de « ne pas donner la parole à des personnes qui contesteraient la fait même du réchauffement climatique anthropique », cela laisse rêveur quant à la scientificité de cette « théorie » vite devenue un dogme aussi infaillible apparemment qu’une bulle pontificale.

Nous voici donc pourvus d’une sainte qui aurait vu la Vierge d’un côté ; et d’un pape infaillible de l’autre… Triste tropique pour la science, fille du doute !… Il est urgent, en prenant Bernard Stiegler à ses propres mots (« penser, c’est pas calculer, c’est bifurquer » à une vitesse infinie ; quand nous ne pensons pas, « nous répétons des choses que nous croyons »), et avec ses propres armes, comme dans les arts martiaux, de bifurquer à notre tour pour rester philosophe, c’est-à-dire et selon l’étymologie, (re)chercher (« philein » en grec) la sagesse (« sophia ») : jusqu’à preuve du contraire, le CO2 n’est pas un poison, mais une nourriture pour les plantes. Par exemple, une récente publication (mais les photographies de la Terre par la NSA depuis 40 ou 50 ans le montrent aussi) dans la revue Nature vient de montrer un verdissement record de notre planète en 2025 depuis au moins l’an 2000. De toute façon, d’une façon instinctive, considérer que notre expiration puisse être un poison ne me paraît pas très sage : ne serait-ce pas un point de vue pré-génocidaire ? Si ma respiration, ou celle de ma vache, pollue, qui va-t-on commencer par supprimer ?… On tire au sort ? Les gros pollueurs d’abord ? Ou bien… ou bien… Pas plus que je n’ai pu imaginer et/ou admettre qu’en 2020 j’allais contaminer puis tuer l’autre – mon frère, ou mon parent – en respirant, je n’arrive à imaginer que je puisse détruire la Terre (son climat) en expirant… Quelle idée démoniaque !… Pour la crise-Covid, l’on sait maintenant que j’ai eu raison, puisque nous nous sommes in fine, et exactement comme depuis Adam et Ève, immunisés les uns les autres en nous embrassant. Pour combattre la période de réchauffement actuelle, et surtout quand l’on sait que dans l’histoire naturelle de la Terre (c’est-à-dire avant l’Anthropocène, pour reprendre le terme mêmes de Bernard Stiegler) les périodes de réchauffement, comme le montre le projet EPICA, ont toujours été suivies de périodes d’augmentation du CO2, et ceci largement à cause du phénomène de dégazage des océans (un peu, si vous voulez bien de cette image, comme une bouteille de Perrier ou de Coca-Cola qui dégaze bien plus si elle est chaude que froide), il va falloir inventer d’autres défenses – l’adaptation semblant inévitable. Non au nihilisme anthropologique ! L’homme a toujours su s’adapter, augmenter ses rendements agricoles, capter l’eau pour irriguer, se protéger du froid comme du chaud. Contrôler le climat ressemble beaucoup à l’hubris qui consista à vouloir arrêter un virus.

 

Qu’on regarde cette courbe issue du projet EPICA (European Project for Ice Coring in Antarctica), comparant la concentration de CO2 et les températures à Vostok :

Comment, ensuite, ne pas redevenir scientifique, c’est-à-dire douter de l’exacte influence de l’homme sur toute cette machinerie hyper-complexe, c’est-à-dire in fine « climato-sceptique » ? Didier Raoult, toujours très cash, dit lui qu’il faudrait une deuxième planète, c’est-à-dire un groupe contrôle, pour pouvoir comparer les modèles du GIEC au réel… et tout comme il l’a fait avec son célèbre traitement du Covid à l’IHU de Marseille. Ce n’est hélas pas exactement possible… Pas de planète B… Que faire ? Déjà, et pour commencer, s’occuper de restaurer autant que possible la biosphère (et là je suis entièrement d’accord avec le concept de Néganthropocène du philosophe : réparation locale des dégâts causés durant l’Anthropocène) : cultiver collectivement et localement son jardin, lutter contre les îlots de chaleur, arrêter de détruire les forêts, etc. Mais franchement, prendre pour égérie et modèle une autiste qui se voudrait sainte, sans même citer le livre fondateur d’Emmanuel Le Roy Ladurie, Histoire du climat depuis l’an mil[iii], qui montre les variations dans les deux sens des glaciers dans le monde depuis le Moyen Âge (c’est-à-dire lorsque les températures sur la Terre étaient à peu près les mêmes qu’aujourd’hui), ne m’apparaît pas très sage — et donc peu philosophique.

Toute philosophie doit nuire à la bêtise, sous peine de n’en être pas une. Français, encore un effort pour être laïcs et scientifiques[iv] ! Le ciel vous tombera sur la tête quand bien même vous vous couvririez le chef d’un bouclier… Quant à nous, nous nous efforcerons de tendre vers un athéisme toujours plus radical en matière politique[v].

 

[i] Je me permets de renvoyer ici le lecteur à mon entretien à ce sujet paru sur le site D-Fiction : Une nouvelle machine textuelle : le tweet au carré.

[ii] Peut-être tout au plus arrivera-t-il, avec son ministre de la Santé Kennedy Jr, à améliorer la santé de ses compatriotes, inversant ainsi une tendance de fond défavorable.

[iii] Histoire du climat depuis l’an mil, Eugène Le Roy Ladurie, Flammarion, coll. « Champs – Histoire ».

[iv] On pourra lire dans ce but la Déclaration de Clintel contre l’alarmisme climatique.

[v] Étant entendu que politiser un médicament (voir à hydroxychloroquine pendant la crise Covid) ou une science est totalement déraisonnable.


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