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Eugénie Bastié et la guerre des idées

Eugénie Bastié et la guerre des idées

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Eugénie Bastié publie La guerre des idées dont le sous-titre est aussi l’objet de l’ouvrage : enquête au cœur de l’intelligentsia française. La jeune journaliste au Figaro s’interroge pour savoir si le pouvoir intellectuel possède encore « une capacité à peser sur la société française par la diffusion d’idées. » L’âge numérique où nous sommes concourt à la balkanisation du débat qui n’est plus l’apanage de quelques-uns situés dans leurs chaires universitaires, mais la possibilité offerte à tous, par horizontalité et grâce aux réseaux sociaux, de contribuer aux sujets d’actualité.

Péguy affirmait : « Il faut toujours dire ce que l’on voit ; surtout il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l’on voit. », figurant, lui qui était socialiste et catholique, cette posture chère aux conservateurs de droite, s’enraciner et faire sien le principe de réalité, par opposition à l’abstraction et au monde des idées dans lesquels se complaît le plus souvent l’homme de gauche. Mais voilà, patatras. Les positions se sont radicalisées et le débat a disparu sous les coups de boutoir des anathèmes réciproques, et dans cet exercice la gauche est championne toutes catégories : « Nous avons accompli le rêve nietzschéen de destruction des idoles, nous dit Eugénie Bastié. Le marteau de la critique a réduit en pièces le Vrai, le Beau, le Bien, et nous nous retrouvons hagards et tâtonnants à ramasser les morceaux brisés d’anciens idéaux. Certains de ces débris sont érigés en nouvelles divinités par des sectes ayant moins le souci de convaincre que celui de faire taire. Dans l’arène où s’affrontent les points de vue, ce n’est pas celui du plus fort qui l’emporte, mais celui du plus faible, du plus habile à faire valoir sa blessure narcissique aux grandes enchères de la victimisation. »

L’auteur explique comment le pouvoir intellectuel « est passé des mains des prêtres à celles des professeurs, puis des écrivains, et enfin des journalistes », comme symbole combiné de déchristianisation et de déculturation. Cette évolution a conduit à une atomisation des idées qui se caractérise par « l’horizontalité totale d’un débat public auquel chacun, désormais, participe, et la défiance envers toute médiation, accélérées par l’essor d’Internet et des réseaux sociaux. » Nous vivons à l’ère du relativisme et de la subjectivité. Nous avons abdiqué la recherche de la vérité, du beau et du juste, toutes choses jugées obsolètes par la majorité de nos contemporains influencés par les déconstructeurs de tous poils.

Point saillant du livre de Bastié, le retour de la dure réalité s’invite dans le paysage alors que nos démocraties libérales avaient cru un temps à la fin de l’histoire tragique. Que nenni. Crise financière, attentats islamistes, poussée migratoire, montée des populismes (c’est-à-dire réaction des peuples qui ne veulent pas mourir face aux injonctions diversitaires) et des réflexes identitaires. « Les positions se sont durcies, les clans se sont reformés, les empoignades se sont multipliées sur des sujets aussi brûlants que l’identité, la laïcité, l’islam, le terrorisme, la bioéthique, le féminisme. Nous vivons le retour de l’Histoire et, avec lui, celui des intellectuels. Les idées gouvernent à nouveau le monde. » Les conservateurs et les progressistes se partagent la même scène pour des jeux antagonistes, souvent hystérisés, où l’invective et la disqualification de l’adversaire sont monnaie courante.

Les intellectuels de retour ont-ils donc un impact sur l’avancée des affaires du monde ? On hasarderait volontiers l’hypothèse que le tout-économique ainsi que le tout-intersectionnel (convergence des luttes des « minorités » racisées, musulmanes, féministes, LGBT)  sont une lame de fond puissante et incontrôlable en Occident. Ceux qui se revendiquent de ces mouvements, ou mieux les portent idéologiquement et médiatiquement, ressemblent à s’y méprendre à des fossoyeurs de notre civilisation. Leur hégémonie culturelle ne laisse que peu de place aux conservateurs attachés au respect des limites physiques (les frontières), anthropologiques (altérité sexuelle et prédominance de l’être humain sur les autres espèces), et à la cohabitation harmonieuse entre nature et culture.


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