Il était une fois Jacqueline de Roux
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Il était une fois Jacqueline de Roux
Entretien conduit par Frédéric Andreu
La brochure Il était une fois Jacqueline de Roux est née d’une série d’entretiens menés avec Jacqueline de Roux, figure discrète mais centrale de la vie littéraire et intellectuelle française de l’après-guerre. Fille de résistant, épouse de l’éditeur et écrivain Dominique de Roux, actrice de l’aventure des Cahiers de l’Herne puis des Dossiers H, elle a traversé plus d’un demi-siècle d’histoire culturelle, politique et spirituelle.
Ce témoignage, nourri de souvenirs précis et d’expériences vécues, ne prétend pas à l’exhaustivité biographique. Il relève plutôt d’une parole transmise — d’une mémoire en mouvement, attentive aux êtres, aux lieux et aux œuvres qui ont façonné une époque. Jacqueline de Roux a rencontré André Malraux, Ezra Pound, Henri Michaux ; mais en l’écoutant, on a parfois le sentiment qu’elle a également croisé Cendrillon, Blanche-Neige — et, qui sait, les sept nains. Chez elle, le réel et le conte ne s’opposent pas : ils se répondent.
Le témoignage de Rémi Soulié : Si, selon Aurore — l’arrière-petite-fille de Jacqueline — son arrière-grand-mère est une fée, il y a de solides raisons de prendre cette affirmation au sérieux. Les enfants sont, par nature, plus proches de l’origine. Leur proximité intuitive avec ce qui commence n’a pas encore été altérée par les pesanteurs qui peu à peu paralysent les grandes personnes. On songe à Bernanos, qui voyait dans l’enfance une fidélité au royaume perdu.
Pour ma part — grâce ou privilège ? — je crois n’avoir jamais tout à fait quitté cet état de veille enfantine. Lorsque j’écrivais Les Châteaux de glace de Dominique de Roux, mon cœur battait, depuis Albi, à la seule évocation du nom de Jacqueline de Roux, « la femme mythologique », écrivais-je alors, du grand écrivain et éditeur.
La fée et le mythe appartiennent au même registre du réel. Ils ne relèvent pas de l’illusion, mais d’une densité accrue de l’existence. Jacqueline de Roux — comme Pierre-Guillaume de Roux — m’apparaissait dotée d’une présence dont la consistance était d’abord littéraire, au sens le plus haut : non pas celle des « êtres de papier », mais celle des êtres qui, par la langue, accèdent à une intensité d’être. Le verbe, le logos, pour reprendre le terme ancien, s’y incarne pleinement.
On se souvient d’ailleurs que Jacqueline et Dominique de Roux traversent certaines pages du Carnet arabe et du Journal de Matzneff : non comme silhouettes, mais comme présences.
Une voix révélatrice : Lorsque le livre fut achevé, Jacqueline de Roux devint pour moi une voix. Une voix qui révélait, comme celles des oracles — mais sans emphase.
« Comment ? Vous ne savez pas que Pierre-Marie Sigaud vit à Albi ? »
J’ignorais en effet que l’éditeur, proche de la famille de Roux et auteur d’un texte important dans le Dossier H consacré à Dominique de Roux, fût mon voisin. De telles révélations se multiplièrent ensuite, au fil des années : l’écrin de la rue de Bourgogne, la visite à la ferme fortifiée des Bourines, dans le Rouergue natal, puis le plateau de l’Aubrac — autant d’étapes qui prenaient valeur de signes.
Ces dernières années, Jacqueline de Roux m’est apparue plus lumineuse encore, presque transfigurée. Comme si le temps avait épuré la présence pour n’en garder que l’essentiel. Je serai discret — la fidélité à certaines choses exige le silence. Disons seulement que les profondeurs ne sont pas cachées : elles affleurent. Encore faut-il des antennes pour en percevoir les vibrations. Ou, si l’on préfère, une baguette magique.
« La fée, vous voyez bien », répète Aurore.



