Découvrez la collection Mauvaise Nouvelle, aux Éditions Nouvelle Marge.


Le plus grand : Saint-Simon !

Le plus grand : Saint-Simon !

Par  

Je n’en vois qu’un au XXe siècle écrivant à la diable, avec une telle force, une telle beauté. Parlant de la sorte du pouvoir, défendant à sa manière, avec grand-style, une certaine idée du pouvoir, de la tradition, de la grandeur d’une antique noblesse. Qui donc ?! Mishima ! Mishima dans la lignée de Saint-Simon ? Non, je ne vois pas les choses ainsi. Mishima, défenseur du Tenno. Saint-Simon, défenseur du Monarque. Mishima-Saint-Simon, cela résonne d’une belle manière dans mon esprit. Et naturellement, j’en viens à Saint-Simon.

Louis de Rouvroy, Duc de Saint-Simon. Depuis hier soir, cette nuit, sainte nuit, je ne lis que lui. Huit tomes me regardent de travers sans compter le beau neuvième, ses Traités politiques et autres écrits. Il est l’un de nos plus grands écrivains. Je le dis matin, midi et soir, sur tous les tons depuis des années. Il est d’une clarté, d’une splendeur, d’une puissance, parfois même d’une méchanceté. Un peintre, un moraliste, un styliste, un penseur, un singulier alchimiste, un terrifiant musicien. Musicien ? Quiconque écrit, compose. Bon sang ! Plus je lis Saint-Simon, plus j’écris sur lui. J’écris sur lui ? Oui ! Ne vous ai-je pas dit que multipliais les textes comme des pains ? Il est l’un de mes maîtres. Il est mon Maître. Il est ce que Joseph de Maistre, Poe, étaient pour Baudelaire. Lisez Saint-Simon !

Et pourquoi le lire ? Pourquoi le lire, lui ? Pourquoi s’embêter la vie à lire des Mémoires ?! Entrer dans les Mémoires de Saint-Simon. Ne plus en sortir. Goûter un styliste sans complaisance, un génie d’une furie incroyablement lucide. Il dit tout sur le pouvoir, la vilénie du pouvoir, de l’homme de pouvoir, de l’élite pleine d’elle-même qui ne sert qu’elle-même. Il dit tout sur l’homme, cet être fondamentalement mauvais, enchaîné à sa tragique existence. Saint-Simon est un tenant de la Tradition, de l’antique noblesse, de la foi sans bigoterie aucune et admirablement sincère. Saint-Simon est un portraitiste, un moraliste, un styliste, un écrivain, un très grand écrivain, l’un de nos plus grands écrivains. Stendhal, Chateaubriand, Balzac, Proust, Cioran, Sollers le lisaient, en faisaient leur délice et votre Joan les comprend. Lire Saint-Simon, mes amis, ne lire que lui. Le lire et être naturellement heureux. Le lire est une joie.

Oui, une joie ! Une joie, une folie, un devoir de vouloir l’intégralité de ses Mémoires. Une joie, une folie, un devoir de les lire. Joie, devoir, folie d’aimer Louis de Rouvroy, Duc de Saint-Simon. S’il écrivait à la diable, s’il barbouillait le pouvoir de merde, d’anathèmes, de mille malheurs, s’il était volontiers méchant, pure ardeur, pluie torrentielle, c’est qu’il avait la foi. Il avait en son cœur un amour de la tradition. Il avait une certaine idée de la noblesse, qu’il défendait. Il avait sous les yeux une noblesse tombée plus bas que terre, tournée vers elle-même, sillonnant les cercles de l’enfer. Il n’allait pas rester sans rien faire. Il était l’espion par excellence, le grand peintre, l’admirable témoin. Il était au cœur de la divine comédie française. Quoi donc ?! La Cour. La Cour donc le pouvoir, donc la comédie, donc l’Homme. Il avait, j’insiste, une certaine idée de la Monarchie, la vraie, du monarque, du divin, de la verticalité, de la foi. Il tenait cela de son père. Son père, Claude de Rouvroy, qui vécut sous le beau règne de Louis XIII. C’était lui, la tradition, le vrai monarque, celui que le Duc voulait revoir !

Le cher Duc. Ils l’ont tous lu. Chateaubriand, Stendhal, Balzac, Michelet. Proust, Cioran, Sollers. Plus près de nous, Millet. Moi, petit Joan, plus modeste, j’entre, à mon tour, dans son œuvre, la grande œuvre, l’une des plus grandes de notre langue, de notre littérature. Avec la Comédie Humaine, A la recherche du temps perdu. On ne lit pas Proust sans remonter à Balzac sans remonter au Duc. Il en est ainsi de la littérature. C’est une filiation, longue filiation, une boucle d’infini. Je vous parle, bavarde, radote, mais où en suis-je ?!

J’en suis au premier tome. Premier tome de la Pléiade. Page 576. Dignité de duc et pair de Brissac. Année 1699. Un tome sur huit. Un tome sur huit. C’est peu. Je ne devrais même pas la ramener. Je devrais me taire. Je devrais lire. Je devrais écrire. Ce que je fais. Je le lis, j’écris sur lui. J’écris sur l’homme, le mémorialiste. J’écris sur l’œuvre, l’histoire d’un style, d’un sang, d’une âme, d’une personne, d’un puissant désir, d’un pouvoir, tous les pouvoirs. J’écris sur l’Histoire qui s’écrit.

Voici, voilà mon petit texte ! En attendant le grand ! Mon petit texte bourré d’impératifs. Il en est un, le plus important, sacré même. Lire Saint-Simon. Lire ses Mémoires. Lire le plus grand.


Tantièmes : un roman d’anticipation à nos portes
Tantièmes : un roman d’anticipation à nos portes
Saint Benoît : Est plus fort celui qui aime plus
Saint Benoît : Est plus fort celui qui aime plus
Le Commentaire du De Trinitate de Boèce
Le Commentaire du De Trinitate de Boèce

Commentaires


Pseudo :
Mail :
Commentaire :