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S’entourer toujours

S’entourer toujours

Par  

Au septième texte, Joan se reposa.

Pas longtemps ! Je ne me repose jamais. Quand je me repose, j’abandonne le clavier, mon clavecin personnel et je lis. Quand je n’écris pas, je lis. Celle-là, je vous l’ai faite mille fois. Je devrais changer de refrain.

Le septième texte clos, le huitième ouvre son œil droit et le gauche. Mais pour les besoins du réel, du célèbre site, le laboratoire du Verbe, cela attendra un peu. Et ce n’est pas plus mal. Il faut un peu respirer. Respirer, prendre le large, voguer comme il se doit. Voguer sur un petit lac, façon impressionniste. Je préfère la manière lamartinienne. Je donne tout l’or de l’impressionnisme pour Lamartine. Et je vous emmerde. Les snobs !

Je me repose. Derrière mon clavier, sous le saint regard de Mishima. La dernière fois, des noms ont échappé à ma fièvre. Qu’ils me pardonnent ! Le Zohar, par exemple. Quelle merveille ?! Est-ce un nom ? Et non un livre ? C’est un Livre-Nom. Un Livre d’Or pur. Un joyau que tout mystique devrait lire, réciter, mastiquer, matin, midi et soir. Moïse de Leon soit béni ! Pour l’œuvre accomplie. En l’an 3000, nous en reparlerons encore. Quand nous aurons oublié tous les Carrère et les Michon du monde. Que je suis mauvais ! Le Zohar, donc ! Ce Livre d’Or m’est très cher, il l’est autant que la Bible, le Kalevala, l’Edda, L’Enéide. La traduction de Mopsik m’est chère. Un diamant, une boussole, un océan de douceur, du miel mystique. Charles Mopsik est un grand. C’est un grand, parti trop tôt, immensément cultivé, au verbe pur et délicat.

Le Zohar, le Kalevala et Karl Kraus ! Ah ce Karl ! Le seul Karl avec un K qui a toute mon estime, mon amitié, mon admiration et mes dettes. Karl Marx ? Nul et non avenu ! Karl Barth ? Pitié ! Vade retro, les parpaillots littéralistes ! Karl Kraus, le seul, le grand, l’ignoble, le méchant, le glacial, le tonitruant. Tous ses livres sont à lire. Je ne vous donne aucun conseil ni porte d’entrée. Je ne vous en fais aucune critique. Attendez mes romans ! Et Carl Schmitt ?! Mais enfin c’est un c ! Je pinaille. Carl Schmitt est un grand. Il est des nôtres. Il est des miens. Sa pensée est concrète, de la terre et de la mer et d’une réelle splendeur, d’une singulière hauteur. C’est un poète, un penseur, un mystique, l’homme éternel pur. Je lui ai même adressé un petit texte, gardé secret, prisonnier de l’ordinateur, verrouillé de l’intérieur. Je reprends.

Chesterton ! Gilbert Keith Chesterton ! Le contraire de Bloy mais tout aussi grand. Rondouillard, sympathique, moins bourru et farouchement pertinent et antimoderne. Son œuvre est là. Elle maintient le cap, elle souffle encore, elle conquiert des cœurs et des âmes, des corps et des consciences. C.S Lewis ? Nul et non avenu comme le Marx. Il n’y a que Tolkien et Chesterton en terre hérétique d’Angleterre.

Baudelaire, bien sûr ! Hugo, hélas et surtout le poète. De ses romans, je ne garde que Les travailleurs de la mer, Notre-Dame de Paris et je prends et bois toute sa poésie, de ses débuts fleur-bleue, royaliste à ses dernières salves républicaines, pré-panthéoniennes. Rousseau, mon cher Rousseau mais attention, l’écrivain, pas le philosophe, l’écrivain délicat, touchant, turbulent, le pré-romantique, l’annonciateur du beau XIXe. N’en déplaisent à Daudet, Muray et Sollers ! Chateaubriand, l’Aigle malouin, que Maurras, qui n’est pas un nul, a mal compris.

Un qu’on ne lit plus et qui m’est cher, qui est grand cru, Alfred de Vigny, le seul Alfred qui me restaure, me grandit, m’assagit. Charles Nodier, dont personne ne parle, excepté Rémi Soulié. Parlons un peu des maudits ! En disant le plus grand bien de Maurice Sachs, qui fait les délices d’Asensio et de Nabe et les miens. Ils ont raison. J’ai raison. Maurice Sachs, une vie, une œuvre, la singularité crasse au sommet. Je profite d’être en Hyperborée pour recommander un nordique. Le singulier et revigorant Knut Hamsun. Je ne puis rien dire. Commencez par La Faim !

On siffle dans la salle. Je n’ai rien dit sur Baudelaire. Mais enfin, je suis lecteur de Barbey et Joseph de Maistre. Cela devrait suffire à vos méninges. Non ?! Oui ?! Peut-être ?! Vous m’emmerdez. J’ai sacrifié un paragraphe pour vos simagrées de petiots démocrates. Je reviens à mes amours.

Paul Morand, Kawabata, la noble Sei Shonagon, le sage Cioran, le très grand Leopardi. Zibaldone, cette somme d’or, éternelle, ce pays de lait et de miel. Lisez Leopardi ! Nom de César ! Et puisque nous sommes en Italie, lisez d’Annunzio ! N’oubliez pas Barrès ! Oui, je quitte, subito, l’Italie, pour la Lorraine, pour le grand écrivain ! Barrès ne vieillit pas. Sa langue ne vieillit pas. Comme Gobineau ! Oui, Gobineau ! Le grand Gobineau que Barbey et Cocteau recommandaient. Cocteau bien sûr, l’un des maîtres de Mishima. Tout ce que Mishima recommande est à lire. C’est comme ça ! Huysmans, que le Nippon lisait, que je lis aussi, outrepassant les ordres du vieux de la Montagne, Messire Bloy.

Et j’en oublie encore. Et ils me reviennent à l’esprit, pour mon plus grand bonheur. Qui cela ?! Les nobles Seigneurs ibériques. Je parle bien sûr de Juan Donoso-Cortès et de Nicolas Gomez-Davilà. Il faut les lire, les boire, les pratiquer et rendre la vie de nos Modernes proprement irrespirable. Et ensuite ?!

Ovide, Virgile, Horace ! Pétrarque, bien sûr et le bonjour à Laure !  Changement de siècle et de langue. Le grand Ernst von Salomon. L’Allemagne est la patrie pure des écrivains, donc des poètes. Et puisque que l’on est en terre sainte, Stefan Georg. L’Allemagne secrète, l’Allemagne des bardes, la seule qui nous est chère. Georg Trakl, le Salzbourgeois, le grand Celan, jamais assez lu, qui est immense et Messieurs Rilke et Zweig !

Des Russes, un peu, quand même ! Dostoïevski, le plus grand, à mes yeux et le dernier de leurs géants, Soljenitsyne. Mais j’en oublie ! Tolstoï, Boulgakov, Gontcharov, Leontiev. Et la pupille, le premier, le grand Pouchkine ! Tchékhov, Tourgueniev, j’en oublie ! Gogol, l’immense mystique, jamais égalé. 

Je vous ennuie, je le vois. J’étale, égotistement, ma confiture de kultur. Je suis comme ça. Il faut que je parle, écrive, stylise. Me taire ?! Impossible ! C’est le défaut quand l’on est entouré. « Il n’y a que des morts, dans ton texte, où sont les vivants ?! » Ces morts sont plus vivants que les vivants. Ils sont plus vivants que toi, insecte ! Et moi, petit Joan, marseillais de mes deux, je le suis encore grâce à eux. Ils soufflent encore, ils nous inspirent, ils nous enivrent. Et cela seul compte. Je vous invite, moi l’Aixois anonyme, à les lire.


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