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J’aime lire

J’aime lire

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J’aime lire. Lire ! Quel plaisir, quel bonheur, quelle splendeur ! Je ne vous apprends rien. J’enfonce de belles portes ouvertes. Je m’en fiche. J’aime lire. Que ceux qui aiment lire lèvent la main ! Ils sont peu nombreux. Beaucoup d’appelés, peu de lecteurs ! Tant pis pour eux ! Moi, je lis.

Pourquoi je lis ? Pourquoi les livres ? Pourquoi les livres papier ? Tant de questions ! La Gestapo se porte bien. Qu’elle aille au diable ! Qu’elle s’occupe des bateleurs politiques baveurs et emmerdeurs ! Moi, je lis.

Je lis tout, je ne m’interdis rien, je suis un singulier libertin. Le libertinage de l’esprit, coucou Nietzsche ! Je lis, frères et sœurs ! Je lis Bloy, je lis Sollers. Je lis le Zohar, je lis Rebatet. Je lis la Bible, je lis Bataille. Je lis Bret Easton Ellis, je lis Marc-Édouard Nabe. Je lis Bossuet, je lis Fénelon. Je lis Richard Millet, je lis Maxence Caron. On dit que j’étale ma confiture de lectures. J’emmerde tous les On de la Terre.

Je lis. Lire, c’est respirer. Lire, c’est fuguer. Lire, c’est vivre. C’est ne rien attendre du monde, de la foule, de l’Homme, du bavardage. Lire c’est aimer, espérer, rire. Aimer au sens noble du terme. Espérer au sens chrétien du terme. Rire au sens célinien du terme. Ma phrase est lourde. Céline m’aurait bien engueulé. Qu’il me pardonne !

Je lis pour ne pas déchanter. Je lis pour réenchanter. Je lis parce que le monde ne suffit pas. C’est un mauvais James Bond que je vous vends là. Ce n’est pas un James Bond du tout. Je ne suis pas un bellâtre plein de gadgets. Je suis un plouc qui lit. Je suis un Faulkner anonyme. Je lis dans l’ombre, le retrait, le secret. Je suis un prolo lettré.

Le lecteur est voyeur, demandeur. Je suis dans le besoin permanent. Il en est des nobles. Il me faut penser autrement. Ne point me contenter du réel. Ne point le nier, ne point l’imiter. Lire, c’est se fermer au monde pour un autre monde. C’est être taiseux avec les vivants, bavard avec les morts. Lire, c’est chérir le silence. C’est prier la bouche close. C’est aimer sans le dire. C’est rire en sa barbe. C’est se promener sans le hurler sur tous les toits. Lire, c’est se taire.

Se taire et écrire. Lire pour écrire. Je lis pour écrire. J’écris pour lire. Je lis beaucoup pour écrire comme il faut, ne faut pas. Lire c’est un faux-pas. C’est cacher quelque chose, une faute, une honte, je vous rassure, je me fais l’avocat du bourgeois. Lire est mal vu. Lire c’est être merdeux, arrogant, c’est faire son intéressant. La pensée du monde est petite-bourgeoise. Lire, c’est bien autre chose.

Lire, c’est aller, laisser aller, gentiment voguer. Lire et ne rien faire d’autre. Lire, chantonner, somnoler. Lire sous un olivier, lire sous son toit, lire pour soi. Soi, le meilleur compagnon du monde. Soi et un livre. Un livre et un Je et une journée bienheureuse. Lire, c’est une béatitude. Lire, c’est se désengager, déshonorer les prétentieux impératifs. Lire et ne pas se payer de mots, de maux, de sots. Sot est Légion. Mot aussi d’ailleurs. Il n’est rien de mieux que lire.

Je vous laisse. Saint-Simon s’impatiente.


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