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MN prend la marge et revient en septembre


Betsch, la vie apprivoisée

Betsch, la vie apprivoisée

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Revoilà la voix détournée, revoilà cette voix de feutre qui nous déchire l'âme en la consolant. La bouche pleine d'un poème qui dit que ça valait la peine. D’écrire, de chanter, de vivre. Respirer chanter, disait un vieux chanteur à la mélancolie d’avant (Yves Simon). Et la voix nous revient, maintenant sûre de sa fragilité, avec des chœurs davantage pour l’escorter que pour l’accompagner. Même pas peur de faire lyrique ! Même pas peur de faire chorale ! Ce n'est pas parce que l'on vient de la musique minimaliste que l'on ne peut pas investir tout le champ du chant ! B/B avance à découvert. Revenu de tout, il n’a plus peur de lui.

La vie apprivoisée. Voilà le titre de ce nouvel album de Bertrand Betsch. La vie apprivoisée. C’est barré. Ecrit et raturé. Il n’existe pas d’annule et remplace dans la vraie vie. Toutes nos erreurs, tous nos pêchés, tous nos faux espoirs, toutes nos trahisons sont à l’air libre, aux yeux et aux vues de tous. On se promène avec les clochettes à notre bonnet, le fou du roi, le fou de nous même. Nous ne pouvons rien faire d’autre qu’assumer notre pathétique. B/B sait se livrer en brouillon, sans rancune aucune. C’est ainsi qu’il peut encore laisser agir la grâce.

Pourquoi avoir barré le titre ? Parce que l’homme a cru avoir apprivoisé la vie et s’aperçoit finalement devoir recommencer le lendemain ? Après écoute, on aurait plutôt envie de remplacer le mot vie par le mot mort. Cet album est celui de l’homme qui a apprivoisé la mort. De l’homme qui est déjà mort plusieurs fois et qui est prêt à mourir encore pour le vivre… Juste un sourire, un rictus, une ride de plus au milieu du front pour dire que l'on est toujours en vie, que l'on a toujours envie, toujours en colère, toujours amoureux… Un homme qui en a pris suffisamment conscience pour accepter de vivre encore, un homme qui est revenu de la passion, tombant trois fois et se relevant trois fois, de l’homme que l’on peut mordre car il est déjà mort plusieurs fois, ayant su se projeter au-delà, il est revenu avec la joie du mortel qui se paie le luxe d’espérer, de croire que le meilleur est à venir ! C’est ce que disent toutes ses chansons. Du moins, c’est ce que j’en ai retenu…

Si le titre de l’album est raturé, c’est que la crise est encore possible, cette difficulté à accepter de vivre malgré tout. Une parenthèse s’ouvre au cœur de l’album, comme une soupe à la grimace, j'en ai assez de toi, assez de moi, … Ce chant d'avant que la vie soit apprivoisée, pour que l'on comprenne d'où l'on vient, que l'on comprenne que l'on n'a pas chassé la crise métaphysique, bien au contraire, on a pris appui sur elle, sur cette mauvaise nouvelle, pour s’élever plus haut. La crise est la source, le lieu de pèlerinage.

La supplique de la dernière chance est une prière même pas dissimulée, juste en sourdine. Ce n’est pas compliqué, c’est aussi simple qu’un catéchisme : "On veut être aimé pour ce que l'on est." On y a droit. Puisqu'on en revient, de la mort, de notre propre misère, on peut réclamer le paradis ! La chanson qui a donné le titre à l’album, la dernière, nous fait partager la joie d'un homme qui a traversé l'épreuve et qui ne goûte au reste de sa vie que comme un bonus. L'autre est ce bonus. Il faut qu'il reste, qu'il me vise, qu'il me cause, qu'il me caresse. Et que jamais ne cesse cette délicatesse, et que l'on écoute en boucle cette vie apprivoisée. On est rassuré "je reviendrai" sonne le glas de la vie apprivoisée.


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